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Yves JAMAIT - Le Coquelicot (2006)
Par RAMON PEREZ le 4 Décembre 2021          Consultée 411 fois

Avant de parler du Coquelicot, revenons un instant sur son prédécesseur, De verre en vers. Il y a un petit mystère autour de cet album et de sa date de parution ; plusieurs sources tout à fait sérieuses en donnent au moins trois années différentes. Beaucoup d’artistes, avant de percer, ont dans leurs bagages des disques ou autres productions du genre, enregistrés avec les moyens du bord. Des œuvres préhistoriques dont on garde une trace dans les archives mais qui ont rarement les honneurs des rééditions. Il semble que ce disque aurait dû connaitre ce sort. Autoproduit, rapidement épuisé, il aurait pu rester dans l’oubli. Mais des quelques exemplaires fabriqués dans un premier temps, l’un d’eux a réussi à parvenir aux bonnes oreilles. En l’occurrence à celles de Jean-Louis Foulquier, le grand parrain médiatique de la chanson, qui passe le CD à son collègue Patrick Sébastien. Celui-ci, véritablement touché, tombe en grande admiration pour l’inconnu dijonnais et saisit son téléphone pour le lui dire. Le reste appartient un peu à la légende, mais il parait que dans la conversation le corrézien a demandé au chanteur ce qu’il pouvait faire pour lui. Ce dernier pense alors de suite à son album que le public ne peut plus écouter, puisqu’à ce moment il n’existe tout simplement plus - en dehors des étagères de quelques privilégiés. Sébastien aligne les billets pour faire une réédition aux petits oignons (en 2005) puis assure à l’artiste quelques passages télé. Enfin, il produit dans la foulée le deuxième album, qui est donc ce Coquelicot. Un sacré coup de pouce quand même.

Autant De verre en vers était un très bon disque de chanson, autant celui-ci en est un excellent. Pour sa première télé, l’animateur-producteur est assez concis en présentant JAMAIT : il a des tripes. C’est plutôt bien trouvé. Car il est clair qu’il y a une vraie matière, une vraie profondeur, quelque chose d’éminemment personnel dans ce que fait ce chanteur. Quelque chose qui fait que l’on accroche très vite, dès cette intro vivante et chaleureuse, chanson d’amour plutôt optimiste et gourmande. On se laisse ensuite guider par les variations d’émotions saisissantes au fil d’un recueil particulièrement bien construit. Il y a une vraie gestion du rythme, des contrastes d’un titre à l’autre qui nous permettent de descendre l’album avec à peine un coup ou deux de pagaie pour la forme.

Une belle diversité qui est sans doute le grand progrès par rapport au premier disque. Déjà au niveau musical, qui se trouve dans la droite ligne sonore de ce que l’on avait déjà entendu mais en mieux encore. En plus subtil et fourni. Auparavant, il y avait un orchestre qui enregistrait avec de petits moyens. Cette fois-ci les conditions de production permettent d’aller plus loin. C’est ainsi qu’on perçoit de nouvelles couleurs dans la palette, notamment quelques touches électriques ou un accordéon bien plus important ; pas simplement un instrument de coloration mais bien une base de l’orchestration, avec des usages et effets très différents, bien loin de l’image musette poussiéreuse qu’on lui colle souvent. On reste fréquemment dans la chanson classique, sur une base jazzy, mais il y a quelques élargissements qui ravissent l’écoute. Des passages très swing, d’autres plus pesants, quelques incursions vers du tzigane ou du trad (dont l’étonnant final à la vielle à roue). L’oreille attentive pourra déceler une technique diablement efficace, à savoir introduire piano (pas l’instrument) et dépouillé avant d’augmenter plus tard l’ensemble (l’orchestration, le rythme, la mélodie, la nuance). Ficelle régulièrement utilisée qui participe largement au relief de ce Coquelicot.

La diversité de l’album concerne aussi les thèmes abordés. De verre en vers portait bien son nom, puisqu’il chantait le bistrot sur une bonne partie des titres. Il en est certes toujours question ici, avec le remarquable "Jean Louis", quatre minutes d’un monologue enlevé, philosophiquement abouti, avec des mots taillés au cordeau et ce refrain savoureux : "on parle, on parle, mais il se fait tard : c’est bientôt la fin du monde et j’ai plus rien à boire !". Plus loin il y a "La salle et la terrasse" dont j’apprends en préparant cette chronique que c’est une reprise d’AZNAVOUR. J’en suis scié car depuis le temps que j’écoute cet album, l’idée qu’elle pouvait ne pas être de JAMAIT ne m’avait jamais effleuré l’esprit tant elle lui va bien, tant il semble qu’elle a été faite pour lui. Le texte, la mélodie, l’accompagnement, c’est cet homme tout craché et elle me parait bien plus naturelle dans sa bouche que dans celle du vieux Charles. Je m’aperçois que je voulais dire qu’il n’y avait pas beaucoup de chansons de bistrot sur le disque et les deux qui y figurent m’auront fait écrire un paragraphe entier… une preuve de l’importance profonde de ces lieux pour le chanteur sans doute !

JAMAIT traite, au cours de ce recueil de textes très bien ciselés, des thèmes certes classiques (surtout pour lui) mais néanmoins importants. L’amour beaucoup, au sens assez large. L’irrépressible désir avec le très drôle "Testostérone émoi" ; le bonheur de l’entente sur le morceau titre ou plus loin avec "Le Soleil coule", bel exemple de chanson heureuse ; la jalousie dépeinte avec une grande honnêteté (« Qu’est-ce que tu fous ») ; le doute avec le saisissant "Carrousel" ou la rupture avec un "Adieu merdeux" plein de dépit. L’autre grande thématique tourne autour du temps qui passe (mots qui constituent d’ailleurs le refrain de la quatrième chanson), donc de la nostalgie, du regret mais aussi de la mort qui pointe à l’horizon. La lucidité de la plupart des chansons, couplée parfois à un humour très particulier, adresse ces textes en plein cœur. D’autant plus que la voix du chanteur véhicule parfaitement ces sentiments, de même que les mélodies ni trop faciles ni trop difficiles, pour marquer sans perdre.

Et puis l’album se termine sur deux chansons qui sonnent différemment à mes oreilles. Si ce que dit l’auteur dans les autres est assez universel et le concerne autant que tout un chacun, il n’y semble pourtant pas parler particulièrement de lui, malgré nombre de textes écrits à la première personne du singulier. Il paraît plutôt incarner des personnages, tandis qu’avec ces deux textes dont je vais parler, il me semble au contraire qu’il s’agit personnellement de lui. Ce sont les deux chansons qui ont pour titre des noms de villes. "Dijon", superbe exposition de l’attachement de l’homme à sa cité, de l’évolution de ses ressentis vis-à-vis de sa "bourgeoise", excellente conclusion de cette heure d’écoute. Mais la vraie grande chanson se passe 280 km à l’ouest, à Vierzon. Comme BARBARA découvrait Nantes, JAMAIT découvre la sous-préfecture du Cher dans des circonstances funèbres et en tire un morceau incroyablement beau, une introspection d’une sincérité confondante sur ce que lui inspire ce père disparu depuis longtemps et désormais éteint. Vraiment, c’est quasiment de la peinture tant le texte, la mélodie, l’accompagnement et l’interprétation sont pleins d’une matière profonde. C’est pour moi le sommet de cet album par ailleurs impeccable de bout en bout.

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   RAMON PEREZ

 
  N/A



- Marc Descloitres (basse)
- Hervé Faizandas (batterie)
- Laurent Delort (guitares)
- Christophe Marozzi (accordéon, piano)
- Yves Jamait (chant)


1. Le Coquelicot
2. Qu'est-ce Que Tu Fous
3. L'adieu Merdeux
4. Passe
5. Le Carrousel
6. Le Soleil Coule
7. Les Rires Et Le Clown
8. Testostérone émoi
9. C'est La Vie
10. Jean-louis (ou Le Monologue Du Client)
11. L'Équilibre
12. La Salle Et La Terrasse
13. Vierzon
14. J'ai Marché
15. Dijon



             



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