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- Membre : Caravan, King Crimson

CAMEL - Stationary Traveller (1984)
Par MARCO STIVELL le 21 Décembre 2010          Consultée 2133 fois

The Single Factor a - pas besoin d'un rappel mais pourtant je le redis - fait un bide, et le contrat avec Decca touche à sa fin pour CAMEL. Ce ne sera pas le chant du cygne de ce groupe tenace malgré les déconvenues, mais même quand il s'agit de la fin des haricots (si l'on peut dire) pour une maison de disques, le groupe est arrivé néanmoins à nous régaler d'un dernier chef-d'oeuvre... jusqu'à la prochaine fois.
Nous voici en présence d'un nouveau concept-album, trois ans seulement après Nude. Ici cependant, le fil conducteur d'une histoire liant tous les morceaux est moins marqué. On parlera plutôt d'ambiances.

D'ailleurs, rien qu'en regardant la pochette, on est en plein dedans. Cette femme dans le froid, la froidure même de ces rues grises et sombres, tout à fait sinistres, et ces typographies germaniques sur l'affiche en haut à gauche, ainsi que pour le nom du groupe lui-même... Pas besoin de remonter jusqu'à l'Allemagne de la Seconde Guerre Mondiale, il s'agit plutôt ici de Berlin et de son mur. Avec donc une partie d'histoire, un couple d'amoureux séparés par le mur. C'est le premier album réellement sombre du groupe, mais n'oublions pas qu'il s'agit de CAMEL, et donc que même si le triste succède au joyeux (certains titres de The Single Factor en étaient un premier exemple), il n'y a que du bon qui nous attend en perspective.

Et qu'est-ce que l'on pouvait imaginer de mieux comme introduction ? Hé ben en fait vous avez le choix. Soit vous avez la première édition CD et vous avez droit à "In the Arms of Waultzing Frauleins", soit vous tombez sur le vinyle original ou la remasterisation CD de 2009 et c'est "Pressure Points". Dans les deux cas ça fonctionne. "Pressure Points" est l'un des deux titres du disque sur lequel le groupe a pu disposer du synthétiseur Fairlight CMI de Kate Bush, ce qui lui a permis de travailler sur une palette de sons assez grande (avec la guitare déchirante d'Andy), et quand on connaît le thème du disque, on ne peut que s'incliner. Mais j'avoue conserver un faible pour l'introduction par "In the Arms of Waultzing Frauleins". Grand piano acoustique, accordéon, un genre de balalaïka... Et la voix de Chris Rainbow, très grave, qui vient se poser par-dessus le reste. Après l'unique refrain (ah ce mellotron-voix...) le tempo s'accélère, et si le côté valse polonaise du morceau ne vous avait pas frappé auparavant, là vous pouvez entièrement le déguster. Et tenez-le vous pour dit, c'est pratiquement le seul morceau du disque qui puise dans ce genre d'influences.

La suite, c'est... on va le dire autrement : si je vous dis 1984, qui est l'année de sortie du disque, qu'est-ce que cela évoque chez vous ? Mais bien sûr ! Les années 80 ! Et alors pas besoin de trop attendre après la première chanson, le début de "Refugee" à la batterie électronique vient vite vous surprendre. Hé oui, désolé pour ceux qui ne sont pas contents, mais Stationary Traveller est bien l'album le plus typiquement eighties de CAMEL ! (oui ! oui ! oui !) Mais ces sonorités sont particulièrement exquises ici car le groupe révèle une fois de plus sa sensibilité exacerbée, à travers une mélodie à la fois accrocheuse et désespérée, des paroles du même acabit et dont l'ordre est parfois savemment interchangé (le dernier refrain), et bien sûr une instrumentation à en tomber à la renverse : batterie 80's donc, guitare "claquante" et piano électrique Yamaha, accordéon discret et fort à propos... En parlant de cela, ce disque marque l'arrivée du génial claviériste néerlandais Ton Scherpenzeel, ancien membre de Kayak. Un très bon point de plus.

"Vopos" débute par une intro avec nappes de claviers, glaciale, angoissante, lugubre... On a des claviers à foison avec emploi de Fairlight, et toujours cette texture noire qui fait une grande partie du charme de l'album, sauf qu'ici c'est multiplié au moins par trois. C'est une sorte de cri dans la nuit, symbolisé par ces "Can it be a nightmare ?" et ces solos de guitare toujours déchirants. Il y a aussi, petite nouveauté, l'arrivée de la boîte à rythmes (Drumulator) dans le son CAMEL. Le morceau le plus rock de l'album, et sans doute le plus décoiffant, reste "Cloak And Dagger Man". Un nouveau cri, poussé à la fois par Chris Rainbow ("Standing outside, there's no turning back"), incontestablement le meilleur chanteur que CAMEL ait compté dans ses rangs, et plus subtilement par un solo de synthé Prophet par Ton Scherpenzeel complètement fou et inattendu ! On termine cette première face avec rien de moins que l'un des plus beaux solos de guitare électrique de l'histoire du rock (un de ceux qui me font dire sans honte que pour moi, un Latimer vaut dix Gilmour, avec tout le respect que j'ai pour ce dernier), pour une pièce certes mélancolique, mais figurant parmi les plus belles réussites de CAMEL.

Retour à un tempo plus marqué, avec encore une originalité sous forme de guitare 12 cordes placée en rythmique, et une chanson ("West Berlin") une nouvelle fois captivante, grâce à son refrain ("And I'm looking out over West Berlin", nouvelle filiation avec le thème), mais aussi à ce merveilleux solo de guitare qui sonne presque comme un violon ! "Fingertips", grave et magnifique à son tour, offre la dernière participation de Mel Collins sur un album studio du groupe. On peut remarquer avec amusement qu'il est ici surnommé "one-take", ceci faisant bien sûr référence à sa capacité de s'adapter à ce qu'attendait Andy Latimer avec succès et bien sûr le plus rapidement possible. L'instrumental "Missing" mise sur la part de rock progressif de la musique de CAMEL, avec des parties au caractère mordant sur une rythmique en 7/4 ou 7/8, et d'autres révélant une intervention de fause harpe plutôt bien trouvée. L'instrumental suivant, "After Words" est une création de Ton Scherpenzeel seul. Le piano et l'accordéon se fondent et se confondent, pour un nouveau morceau mélancolique mais très doux, idéalement placé en avant-fin. Quant à la fin, on ne pouvait rien espérer de meilleur que ce "Long Goodbyes" plus "classique" dans le ton, mais avec toujours cette sensibilité exacerbée qui ne quittera décidément jamais les notes du groupe. Ce merveilleux slow s'achève sur l'une d'entre celles qui ont de quoi faire couler une larme...

Si vous aimez le CAMEL de Nude, Stationary Traveller ne pourra pas vous faire de tort. Il peut même très rarement, donner un peu l'impression d'avoir été réalisé plus rapidement que son grand frère de 1981 (pour "Missing" notamment), mais il constitue un de ces albums idéals servant de passerelle entre la pop et le rock progressif, pour des néophytes notamment.

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   MARCO STIVELL

 
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- Andy Latimer (guitares, chant, claviers, drumulator, flûtes, acc)
- Ton Scherpenzeel (synthétiseurs, pianos, orgue, accordéon)
- David Paton (basses)
- Paul Burgess (batterie)
- Chris Rainbow (chant)
- Haydn Bendall (programmation fairlight cmi, voix ppg)
- Mel Collins (saxophone ténor)


1. In The Arms Of Waultzing Frauleins Ou Pressure Poi
2. Refugee
3. Vopos
4. Cloak And Dagger Man
5. Stationary Traveller
6. West Berlin
7. Fingertips
8. Missing
9. After Words
10. Long Goodbyes



             



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