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POP-ROCK PROGRESSIF  |  STUDIO

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- Membre : Caravan, King Crimson, Matching Mole

CAMEL - Nude (1981)
Par MARCO STIVELL le 18 Novembre 2010          Consultée 3029 fois

Multipliant les échecs commerciaux et changements de line-up malgré le retour vers une musique de grande qualité à la toute fin des années 70, CAMEL continue bon an mal an son chemin et il faut dire que 1981 sera pour nous une grande, une très grande année. Ce n'est pas le premier album concept du groupe, mais cette fois, c'est une histoire plus ou moins originale seulement. Pourquoi ? Parce que Andy Latimer et la "petite nouvelle" Susan Hoover se sont tout simplement inspirés d'une histoire vraie pour en monter une autre. Cela s'est vraiment passé, l'histoire du soldat japonais qui a été abandonné sur une île après un débarquement pendant la guerre. Cette brave Susan a juste modifié un peu le tout. Nude, c'est le nom de ce disque, et celui qui a été donné à ce soldat japonais. Le disque raconte son histoire, du réveil à ses désillusions.

Avec Nude, CAMEL nous donne l'impression d'utiliser les recettes qui ont fait la grandeur de sa musique notamment sur The Snow Goose et Moonmadness, mais en mieux encore. Oui oui, mieux que Moonmadness. Vous allez me dire que sur ce coup-là, soit j'ai les oreilles bouchées, soit j'ai consommé un peu trop d'herbe de joie... Ben non même pas. Nude est le premier disque de CAMEL que j'ai découvert, ce qui signifie que soit je n'ai jamais trouvé son égal, soit j'avais une marge assez grande d'albums à préférer à celui-ci. C'est ni l'un ni l'autre en fait. Ceux qui disent que rien ne vaut mieux que Moonmadness ou ce qui le précède sont souvent (attention j'ai pas dit tout le temps !) des personnes qui ne sont pas allées voir plus loin, ou qui n'ont pas beaucoup cherché. Car c'est un fait, Nude a de quoi plaire au moins autant que Moonmadness. Le son n'est certes pas le même (l'année de parution de Nude est 1981, souvenez-vous), il n'y a pas dans Nude de pavé dans le genre "Lunar Sea", les morceaux ont même tendance à être plutôt courts, certains ne dépassant pas la demi-minute... Mais tout ça, ce n'est pas plus mal, cela apporte même une autre manière d'apprécier la musique de CAMEL.

Le côté eighties n'est pas beaucoup marqué. En dehors de synthétiseurs assez perfectionnés (sons de trompettes sur les thèmes similaires de "Beached" et "The Homecoming"), Nude passerait presque pour une oeuvre plutôt "rétro" dans son approche, du moins difficilement classable même au début de cette décénnie détestée des proggeux. Mais Nude est aussi représentatif du fait qu'en cette année 1981, à côté des géants King Crimson et Genesis, CAMEL avait encore des choses à dire, beaucoup de choses... Mélodiquement ça s'entend nettement, et puis il y a les ambiances aussi... En parlant de celles-ci, j'en veux pour preuve les fabuleuses nappes et parties de guitare électrique sur "Reflections", "Docks", sans oublier le fameux début de "Captured", un arpège de koto avec montée de synthé. Andy s'en sort admirablement, secondé par les interventions solides de Duncan Mackay de çi de là, comme sur "Lies" avec cet orgue Hammond bouillonnant tandis que la guitare pleure.

Quant aux mélodies, ah mes amis... C'est d'un niveau inégalé auparavant et d'une sensibilité encore plus perceptible. Car ce que CAMEL perd en fièvre progressive (comprendre celle des Mirage, des "Arubaluba", des "Lunar Sea"...) il le gagne en spontanéité mélodique et l'utilisation des claviers, même par deux musiciens au lieu d'un, est plus variée et plus facile à digérer qu'au temps où Peter Bardens, avec tout le respect que je lui dois, était dans le groupe. Il n'y a que quatre chansons dont une anecdotique ("Please Come Home", elle sert plus de transition en fait), une très poignante même si reposant surtout sur les solos d'instruments ("Lies"), et surtout deux pop-songs absolument magnifiques. La première, "City Life", renvoit presque à la naïveté de certains titres de Breathless, mais le ton reste ici plus chargé de sens, et puis la musique, zut quoi... Après la douce intro acoustique, la voix de Colin Bass nous amène ce petit bijou à la batterie légère et à la mélodie optimiste. L'intervention de Mel Collins sur le final est sans doute sa meilleure parmi ses passages au sein du groupe. Quant à "Drafted", comment ne pas l'adorer avec sa mélodie lumineuse alors que la thématique (la conscription) est traitée de manière désespérée ?

Et les instrumentaux alors ? Ils représentent pour la plupart les deux tiers de ce qui fait l'attrait de ce fabuleux disque, simple mais généreux en émotions. Ceci à l'image bien sûr de la suite progressive "Docks" / "Beached" où le groupe se permet de savants soubresauts - sans être trop tirés par les cheveux toutefois -, mais aussi le brillant "The Last Farewell" avec le bonheur d'un confort "naturel" retrouvé (par rapport au concept), sans oublier la pièce d'ambiance "Changing Places" avec ses deux flûtes et les percussions de Gasper Lawal. Mais là où Nude fait encore plus fort, c'est lorsqu'il nous présente des petites plages qui ne payent pas de mine à première vue (ou plutôt écoute), et qui valent au moins autant que les plus belles chansons, à commencer par "Reflections", le milieu de "Docks" qui tranche avec l'âpreté du reste du titre, et aussi le merveilleux "Landscapes", avec son trio flûte-piano électrique (un CP-70 s'il vous plait)-petite nappe jolie.

Ce groupe, mené de front par un Andy Latimer plus inspiré qu'il ne l'a jamais été, se livre à travers une musique qui pourra sembler niaise à beaucoup, mais qui reste un sommet de sincérité et d'affection, même durant les passages les plus rock. Même si leur esprit parfois plus jazz, ou même expérimental diffère de celui de Genesis, pour moi de tous les "dinosaures" (sous-entendu encore actifs, même si ils n'ont rien sorti depuis quelques temps), CAMEL reste le groupe qui se fait le plus proche de Genesis, en ce qui concerne l'efficacité de leur mélange de pop et de rock progressif, sans oublier leur forte dose de douceur, d'émotion-avant-la-technique, de rêverie et de romantisme. Nude en est la preuve supplémentaire. D'autres points positifs se dégagent de cet album. D'abord la section rythmique, Andy Ward qui joue de manière un peu plus simple que d'habitude, et il faut dire que c'est le dernier album studio avec lui (il participera à la tournée), mais c'est surtout Colin Bass que l'on remarque, avec des lignes de basse qui prennent de plus en plus d'assurance, de même que sa voix. Les claviers se complètent parfaitement bien. Certes Kit Watkins et Jan Schelhaas sont peu ou pas présents, et je n'ose imaginer la profusion de sons que cela aurait donné s'ils avaient été là en plus des deux autres. Enfin, je suis content qu'une femme pour le moins importante fasse dorénavant partie de l'univers du groupe, Susan Hoover, femme d'Andy Latimer, qui vient avec ses textes admirables, ajouter sa sensibilité féminine à celle du groupe (ce qui rend cette dernière encore plus forte). Une musique simple, gentille, et qui me fait toujours autant vibrer. Il serait pour moi le sommet de leur carrière, si il n'y avait un autre album derrière, mais je vous laisse patienter avant de découvrir celui-ci... CHEF D'OEUVRE

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   MARCO STIVELL

 
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- Andy Latimer (guitares, chant, flûte, koto, claviers)
- Colin Bass (basses, chant)
- Andy Ward (batterie, percussions)
- Mel Collins (saxophones, flûte, piccolo)
- Duncan Mackay (claviers)
- Jan Schelhaas (piano)
- Chris Green (violoncelle)
- Gasper Lawal (percussions)
- Herbie Flowers (tuba)


1. City Life
2. Nude
3. Drafted
4. Docks
5. Beached
6. Landscapes
7. Changing Places
8. Pomp & Circumstance
9. Please Come Home
10. Reflections
11. Captured
12. The Homecoming
13. Lies
14. The Last Farewell : I) The Birthday's Cake
15. The Last Farewell : Ii) Nude's Return



             



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