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- Style : Gilles Servat , Yann Fañch Kemener

Denez PRIGENT - Me 'zalc'h Ennon Ur Fulenn Aour (1997)
Par MARCO STIVELL le 7 Juin 2011          Consultée 2404 fois

Fabuleux Denez PRIGENT... L'une des plus belles voix de la Bretagne actuelle, même si on ne l'entend plus trop de nos jours, et l'un des artistes les plus prometteurs du nouveau millénaire. La personne qui m'a "demandé" ce disque a parfaitement raison, il est l'un des plus importants dans le renouveau celtique, innovateur en tous points. Bon en fait, si l'on regarde bien, il sort en même temps que le 1 Douar d'Alan Stivell, qui travaillait déjà depuis belle lurette sur cette alliance entre tradition et modernité, avec l'apport de boucles rythmiques notamment sur Brian Boru. Mais ce deuxième disque de Denez PRIGENT, après un Ar Gouriz Koar très dépouillé et traditionnel, est encore plus surprenant de par son métissage réalisé de manière très pure et profonde, ce mariage haut en couleur de chant ancien et de rythmiques modernes. Il apporte une dimension supplémentaire considérable à la gwerz souvent très sombre.

C'est d'ailleurs là où le "haut en couleur" perd de son influence, car Me 'Zalc'h Ennon ur Fulenn Aour reste un album noir, en dépit d'un titre optimiste ("je garde en moi une étincelle d'or"). Quasiment tous les textes, de la main de Denez PRIGENT à l'exception de "Ar Rannoù", ont été traduits en français dans le livret, à l'exception de "Al Lagad Foll". C'est un chant satirique sur la télévision, peut-être non traduit car l'artiste craignait une forme de censure. En tout cas, c'est un sujet éventuellement moins lourd que ce que Denez propose à côté. Des textes lourds de sens et d'images, comme d'abord ce "An Droug Red" d'ouverture qui a été écrit en hommage aux victimes de l'épidémie du virus d'Ebola au Zaïre. Comme ensuite ce "Copsa Mica" qui relate la dureté de la vie des travailleurs de l'usine du même nom en Roumanie. Comme "Brall ar Rodoù" inspiré d'une légende celtique annonçant l'arrivée de la fin du monde. Comme "Ur Fulenn Aour" parlant de la prostitution forcée des jeunes filles aux Philippines. Comme "Kereñvor" qui dépeint un joli souvenir perdu dans la mémoire d'un homme qui souffre. Comme "An Ilir Ruz" qui fait référence au massacre de Nyarubuyé au Rwanda le 17 avril 1994. Ou encore comme "Ar Wezenn-Dar" qui traite de l'infanticide dont les filles sont les premières victimes en Inde. Soit tout un chapelet de chansons loin d'être joyeuses mais nécessaires pour décrire le malaise du monde dans lequel nous vivons, et dont les pays du tiers-monde sont les principaux payeurs.

Pour parler de ces horreurs, Denez s'est entouré de certains collaborateurs qui resteront auprès de lui lors de ses futures expériences, comme le claviériste et programmateur Jean-Marc Illien, ou le vielliste Valentin Clastrier. Le sonneur très réputé Bruno Le Rouzic ainsi que la harpiste Kristen Noguès qui figurait déjà sur le précédent disque font aussi partie de l'aventure. Me 'Zalc'h Ennon ur Fulenn Aour peut avec tout ce beau monde installer son message poignant et les recherches qui ont abouti à ce fabuleux résultat.

Gwerz et gavottes se conjuguent autant que les chants et instruments trad avec les boucles programmées, le tout au service de ces paroles sombres ayant pour seule "concession" un regard parfois optimiste et un rapport à la nature des plus touchants. La vielle à roue ouvre "An Droug Red" d'une mélodie sèche et sanglante sur un mode mélodique désespéré, autant que la boucle de "Ar Wezenn-Dar" se veut aride et percutante. Certaines de ces boucles comme sur le "Copsa Mica (lodenn 2)" (qui fait écho à la première partie en étant plus instrumenté) ne sont pas sans évoquer le genre drum'n'bass. Jean-Marc Illien réalise donc là un travail des plus remarquables. Ce titre, "Copsa Mica", représente toute la quintessence de la musique employée par Denez, à grand renfort de chants sur la première partie (le sien et les voix bulgares), et de cornemuses ou vielles qui survolent tristement les nappes et boucles comme dans la deuxième partie. Une merveille. On peut ajouter pour remarques, cette manière qu'a Denez de rouler ses "r" avec agilité, une pratique qui se perd dans l'emploi actuel du brezhoneg (la langue bretonne). Ou encore un morceau comme "E Trouz ar Gêr", un dañs plinn à forte base de loops et de bombardes. La basse programmée impose aussi sa marque sur des titres comme "An Iliz Ruz" et "Ur Fulenn Aour", pour rendre le tout plus sombre. Les nappes sont souvent éthérées et on a droit à un peu d'orgue Hammond par ci par là. "Al Lagad Foll" et "An Hentou Adkavet" sont des gavottes qui dynamisent fortement l'ensemble, avec des parties vocales en kan ha diskan fort séduisantes. Enfin, "Ar Wezenn-Dar" s'impose comme l'une des plus belles chansons du disque (ce final à la cornemuse et à la harpe...)

"Ar Rannoù" est LE gros morceau du disque et mérite bien son paragraphe à lui seul. C'est un texte dont l'origine remonte au haut Moyen-Âge et qui retrace les étapes de la cosmogonie celte. Un poème très long, et ici n'est présente que la douzième et dernière série. Il commence avec une boucle sautillante, et propose nappes splendides, chant tour à tour mélodique ou presque rappé, moments toujours dynamiques mis au fur et à mesure de la progression, souvent hypnotiques aussi. Cette reprise d'un texte essentiel se devait de figurer sur une oeuvre aussi importante.

Me 'Zalc'h Ennon ur Fulenn Aour est un album long ("Ar Rannoù" fait à lui tout seul dix-sept minutes), mais cette longueur est pleinement justifiée. Tout ces textes, cet enrichissement musical participent malgré une noirceur évidente à la beauté de cette musique, faisant de ce disque une pierre angulaire de la musique celtique du XXIème siècle (même sorti trois ans avant). Une référence.

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   MARCO STIVELL

 
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- Denez Prigent (chant)
- Jean-marc Illien (synthétiseurs, programmations, orgue hammond, pian)
- Bruno Le Rouzic (cornemuse écossaise, biniou-kozh)
- Loic Bléjean
- Jacques Beauchamp (bombarde)
- Kristen Noguès (harpes celtiques)
- Valentin Clastrier (vielle à roue)
- Bruno Caillat (zarb)
- Cédric Berneau 'dj Nem' (scratches)
- Ludmila Dimova, Ivelina Baltcheva, Elena (chant)


1. An Droug-red
2. An Hentoù Adkavet
3. Copsa Mica (lodenn 1)
4. Copsa Mica (lodenn 2)
5. Brall Ar Rodoù
6. E Trouz Ar Gêr
7. Ur Fulenn Aour
8. Kereñvor
9. An Iliz Ruz
10. Al Lagad Foll
11. Ar Wezenn-dar
12. Ar Rannoù



             



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