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Keith JARRETT - Rio (2011)
Par MR. AMEFORGEE le 1er Février 2012          Consultée 1252 fois

En 2008, Keith Jarrett connaissait une mauvaise passe. En avait émergé l’album Testament, où il redécouvrait, comme une bouée de sauvetage entre deux psalmodies ténébreuses, une certaine fibre lyrique. Trois ans plus tard, on le retrouve pour un concert de printemps enregistré au Theatro Municipal de Rio, il a moralement remonté la pente. Est-ce que l’ambiance du Brésil, où il n’avait pas joué depuis plus de vingt ans, a exercé une influence sur lui, la question peut se poser, car le résultat, s’il demeure dans la continuité stylistique de Radiance, se révèle plus enjoué et volontiers plus mélodique qu’auparavant.

Quinze morceaux s’enchaînent sur ce double album, aucun n’excède neuf minutes, et rarement sept, une certaine concision est de mise. Avec le gros gâteau indigeste en guise d’ouverture, l’abstraction obligée de début de concert, érigée des deux mains sadiques, suffisamment énergique toutefois pour ne pas effrayer tout le monde d’emblée.

Après toutes ces décennies de concert, il est difficile de se renouveler. Les habitués retrouveront les gimmicks du pianiste, et les différentes séquences bien connues, contemplatives, bluesy, classiques, déstructurées, et il n’est pas garanti qu’ils n’en éprouveront pas un soupçon de lassitude.

Cela dit, Jarrett ose à nouveau le déploiement virtuose, dentelles de notes tissées dans l’urgence avec une élégance appréciable, et c’est peut-être cela qui finit par convaincre. Oublié le recroquevillement un peu morne et attentiste de la décennie précédente, voilà un peu d’énergie pour faire repartir le cœur, et l’enthousiasme qui l’accompagne. Pas suffisamment pour nous faire jubiler, mais tout de même. L’aisance avec laquelle il sait décocher des lignes mélodiques témoigne d’une inspiration encore vivace et atteste pour ainsi dire de la qualité du concert.

Ainsi donc, passés les premiers morceaux un peu laborieux, en grattant sous l’écorce rugueuse, on atteint la pulpe du fruit, doux-amer, aux nuances gustatives subtiles. Par exemple, les morceaux 5 du premier disque et 2 du second envoient ce qu’il faut de puissance et de lyrisme. L’estampe impressionniste du troisième morceau du second disque impressionne, délicate et fine, notes cristallines jetées comme négligemment mais finalement avec cohérence, dotée de quelques fragrances d’Orient. L’ensemble n’est pas sans rappeler certaines peintures de Dark Intervals et constitue l’un de temps forts du concert. La ballade n°7, particulièrement éloquente fait mouche à son tour. Dans l’ensemble, les blues sont plutôt bien troussés et parviennent à nous faire oublier l’indigence des mêmes lors du concert du Carnegie Hall. Le concert se conclut sur l’exercice de style éprouvé du rideau d’arpèges romantique, grande draperie de soie sentimentale de la couleur du temps qui passe, mais avec suffisamment de retenue pour que l’emphase ne gâte pas la saveur qui s’en dégage.

Finalement, Rio est peut-être pour l’heure l’album solo le plus aimable qu’ait produit Jarrett en ce début de siècle. On n’est pas dans la révolution esthétique de Radiance, mais il filtre ici un plaisir du jeu qui par ricochet fait plaisir à entendre. C’est un peu comme si l’on retrouvait un vieil ami que l’on avait perdu de vue après une trop longue dépression. D’aucuns regretteront de ne pas retrouver la flamboyance de jadis, mais il n’est pas toujours besoin de tutoyer les cimes du génie pour que l’on s’estime satisfait. Du plaisir, et puis c’est tout.

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- Keith Jarrett (piano, soupirs)


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