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- Membre : Miles Davis , Jan Garbarek
 

 Guide Jazz (210)

Keith JARRETT - Sleeper (1979)
Par STREETCLEANER le 24 Septembre 2012          Consultée 2124 fois

Sleeper n'est rien d'autre que la captation inédite d'un concert donné à Tokyo le 16 avril 1979 par le quartet européen de Keith Jarrett. On y retrouve donc, en sus du célèbre pianiste, deux musiciens norvégiens et un suédois que tous les amateurs de jazz connaissent bien, le saxophoniste Jan Garbarek, le batteur et percussionniste Jon Christensen, ainsi que le contrebassiste Palle Danielsson. Les titres qui sont ici joués ne sont pas inconnus puisqu'ils figuraient précédemment sur les albums Nude Ants (1979) et Personal Moutains (sorti en 1989, mais qui reprenait – déjà – des enregistrements live joués à Tokyo une dizaine d'années auparavant). Autant dire que ceux qui possèdent déjà ces deux albums réfléchiront à deux fois avant d'acheter ce double live. Toutefois, pour les autres, Sleeper sera l'occasion de mettre la main sur des anciennes compositions dont l'interprétation est indéniablement de très haute volée.

Le quartet européen de Jarrett est plus mélodique que son trio américain (Jarrett/Peacock/DeJohnette) et parlera certainement à ceux qui recherchent plus un jazz coloré et ne versant pas excessivement dans l'abstraction. En d'autres termes, le quartet délivre des compositions accessibles, sans toutefois faire de concessions à la facilité. Chaque composition comporte ainsi une trame mélodique, dont le quartet, une fois celle-ci présentée, n'hésite pas s'éloigner pour aller s'aventurer sur des terres totalement différentes. Dans d'autre cas, les musiciens ne s'écarteront que peu de la mélodie. On retient donc parfois un côté « pop » mais également une vaste et jubilatoire liberté, aussi bien dans l'exploration d'un même environnement que dans les changements radicaux d'humeurs ou de paysages.

Sleeper commence sur une note très énergique. « Personnal Moutains » est un titre enjoué dans lequel le saxophone de Garbarek fait danser la mélodie. Ici tout est danse, y compris le piano sautillant et guilleret de Jarrett, à l'aisance encore une fois inégalable. Les cymbales scintillent de manière très généreuse, particulièrement insidieuses les percussions nous amènent peu à peu sur les terres latines (un continent souvent présent en filigrane dans ce live à l'instar de « So Tender » ou « New Dance »), dans un festival ensoleillé placé sous le signe du carnaval. Particulièrement habile... alors qu'ensuite le saxo de Garbarek fait volte-face, change totalement d'atmosphère et se voit être atteint par une mélancolique beauté, épaulé par le piano irrésistiblement lyrique de Jarrett. Cette rupture s'avère être un des passages les plus poignants de ce double album. Changements d'humeur encore avec « Oasis », avec ce long moment introductif de percussions qui roulent, tribales, cette sensation d'être assis au coin du feu la nuit, alors que Garbarek commande une flûte toute chamanique. Tout cet ordre établi partira ensuite en délire free jazz, avec une batterie entêtante, un piano qui semble jouer faux et un saxo hurleur plutôt agressif.

Trouver quelques défauts notables à ce Sleeper s'avère être un exercice délicat. Pour ma part je n'en vois pas. Comment résister à la mélodie sucrée et pourtant subtile de « Innocence » ? A ce groove imposant de la contrebasse sur « Chant of The Soil », une composition faite pour parler au corps ? A la joie et à l'esprit festif de l'Amérique du Sud qui sont à peine cachés sur « So Tender », « Personal Mountains » ou « New Dance » ? A cette traversée rituelle étonnante sur « Oasis », où quasiment tout le quartet est aux percussions ? Que de paysages différents, d'émotions changeantes ! Sleeper n'est rien d'autre qu'une grande fresque, un grand voyage qui se déroule là sous nos yeux...

Lorsqu'on demandait au pianiste Michel Petrucciani ce qui définissait le jazz il répondait « l'esprit du jazz c'est la communication avec l'autre, c'est aussi la générosité, il faut savoir écouter et donner deux fois plus que ce qu'on a entendu ». Il n'y a pas de jazz sans générosité, sans don de soi, sans écoute de l'autre. C'est une des caractéristiques du jazz. Sleeper est un excellent album de jazz car les musiciens sont généreux, ils vivent leur musique et la communication qui passe entre eux s'entend réellement au beau milieu de notre pièce. Que dire d'autre ? C'est du plaisir à l'état pur.

Note réelle :4,5/5.

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   STREETCLEANER

 
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- Keith Jarrett (piano, percussions, compositions)
- Jan Garbarek (tenor & soprano saxophones, flûte, percussions)
- Palle Danielsson (contrebasse)
- Jon Christensen (batterie, percussions)


- Cd 1
1. Personal Mountains
2. Innocence
3. So Tender

- Cd 2
1. Oasis
2. Chant Of The Soil
3. Prism
4. New Dance



             



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