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Keith JARRETT - Expectations (1972)
Par MR. AMEFORGEE le 11 Juin 2011          Consultée 1166 fois

Lorsque l’on se penche sur le cas Jarrett et en particulier sur son travail au début des années 70, notre connaissance globale de son œuvre et son succès en solo nous amène à surévaluer l’importance de l’album Facing You. Sorti en 72, on en fait rétrospectivement une étape marquante : tout premier pas dans une discographie d’improvisation soliste (ce qui n’est pas faux en soi). Pourtant, à l’époque, l’œuvre dans laquelle Jarrett place une certaine ambition, c’est surtout Expectations. Double LP qui totalise 78 minutes de matériel, il s’agira de la seule collaboration du pianiste avec le label Columbia, enregistrée en avril 72.

La formation qui joue sur le disque comprend les partenaires du moment, le « quartet américain » selon l’expression consacrée, Charlie Haden, Paul Motian et Dewey Redman, mais monte à l’occasion jusqu’au sextet ; ainsi la section rythmique est renforcée par les percussions de Airto Moreira, tandis que Sam Brown, à la guitare électrique, apporte une touche légère de modernité rock. Quant au maître d’œuvre, comme souvent, il ne se charge pas uniquement du piano, mais joue à l’occasion du tambourin, du saxo soprano voire même de l’orgue sur le morceau fleuve « Nomads ».

La large palette d’instruments utilisée ici sert donc tout naturellement à peindre une large gamme musicale qu’on regroupe comme il est de coutume sous l’étiquette un peu réductrice de jazz fusion. Avec des éléments de gospel et de musique brésilienne, qui se partagent la vedette avec le free jazz ambiant, on se retrouve avec un résultat que l’on pourrait qualifier de solaire.

La richesse rythmique est assez remarquable et occupe une part de lion, et pas uniquement sur des titres joyeux au tempo enlevé comme « Common Mama » ou « Sundance » où elle constitue l’un des attraits majeurs.
D’ailleurs, comme c’est le cas sur d’autres albums, Jarrett est soucieux de laisser s’exprimer ses complices et sait se faire simple accompagnateur à certains moments et se taire à d’autres ; le piano n’est jamais envahissant, du reste, et l’on serait volontiers davantage marqué par les ondes élastiques de Charlie Haden. Quelques beaux passages de virtuosité de la part du pianiste tout de même, sur « Nomads » notamment.

Certains titres affichent une décontraction contagieuse : « The Magician In You » voit ses lignes mélodiques principales partagées entre l’alcool à siroter de la guitare et la poignée de glaçons frappés du piano, quand « Take Me Back », permet à cette même guitare, presque rock’n’roll par instants, de croiser la route d’un saxophone fantasque, qui agit par petites touches grinçantes. Le free jazz se taille quelques belles pièces, comme sur « Roussillion » ou sur « The Circular Letter (for J.K.) » qui ressemblent à des tornades de velours.

Une sorte de synthèse se retrouve sur « Bring Back the Time When (If) », qui commence et se termine à la manière d’un gospel langoureux mais avec un musculeux développement tout de désarticulations et d’acrobaties libres ; qui tendent à s’essouffler à la longue, d’ailleurs. Synthèse également sur la montagne qu’est « Nomads », improvisation de plus de dix-sept minutes, qui révèle une facette presque angoissante, absente du reste du disque, criblée de dissonances et dotée de bouffées d’orgue apathiques. Toutefois, on est loin de la profondeur torturée que sera capable d’afficher Jarrett par la suite.

Une section de cordes, pour finir, vient ajouter à l’occasion quelques nappes planantes, sur l’introduction en douceur notamment, sur l’indolent morceau titre ou bien encore sur le conclusif « There Is a Road », titre appréciable dans son allégresse gospel, mais un peu moins dans ses retranchements sirupeux.

Le résultat est donc plutôt sympathique, empreint d’une énergie positive qui peut se communiquer si l’on parvient à faire fi du côté quelque peu kitsch qui constitue la marque de fabrique du jazz-rock dans son ensemble. Le chef-d’œuvre n’est pas encore pour maintenant, même si Jarrett cisèle déjà ses morceaux avec la précision d’un orfèvre et s’essaie à l’accouchement de mastodontes avec un morceau de près de vingt minutes (on ne cache pas que l’on s’ennuie un peu par moments tout de même). En résumé, Expectations est un album estival, à apprécier sur la terrasse en bermuda, les doigts de pieds en éventail, avec un verre de rosé dans le creux de la main et le soleil plein le visage.

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   MR. AMEFORGEE

 
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- Keith Jarrett (piano, saxo soprano, tambourin)
- Dewey Redman (saxo tenor)
- Charlie Haden (basse)
- Paul Motian (batterie)
- Airto Moreira (percus)
- Sam Brown (guitare)


1. Vision
2. Common Mama
3. The Magician In You
4. Roussillion
5. Expectations
6. Take Me Back
7. The Circular Letter (for J.k.)

1. Nomads
2. Sundance
3. Bring Back The Time When (if)
4. There Is A Road (god's River)



             



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