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Keith JARRETT - Testament : Paris / London (2008)
Par MR. AMEFORGEE le 5 Novembre 2013          Consultée 1202 fois

Nous sommes fin 2008. Keith Jarrett est en dépression. Sa femme, après trente ans de vie commune, vient de le quitter. Mais le show doit continuer et le pianiste donne, à quelques jours d'intervalle, un concert à Paris et à Londres, dont la restitution constitue le présent triple album. Si le choix du titre renvoie à la teneur des concerts en forme de synthèse de carrière, il dénote tout autant de l'état d'esprit quelque peu lugubre qu'a Jarrett à l'époque. Testament d'une histoire d'amour plutôt qu'artistique ? Le musicien n'a pas fini d'enregistrer des disques en solo, Rio viendra le confirmer. Mais la réponse est nuancée.

Après le renouvellement de forme opéré sur Radiance, Jarrett a finalement cessé d'innover. Et si ses improvisations demeurent la plupart du temps de qualité, on ne peut manquer d'en reconnaître l'aspect routinier. Certes, comme un contrexemple, le Carnegie Hall Concert frôlait l'indigence, mais en revanche, Testament, et puis plus tard Rio, se montrent tout à fait honorables.

La peine qu'éprouve Jarrett se manifeste de manière ambivalente. D'un côté, la fibre lyrique bien connue, qui se libère parfois en jeux d'arpèges un peu faciles et s'expriment à d'autres moments en morceaux mélodiques, ballade ou gospel, particulièrement tendres quoique subtils. De l'autre côté, une noirceur plus prononcée encore qu'à l'accoutumée, qui étoffe les charpentes classiques des improvisations abstraites et rythmiques d'une délectable chair ténébreuse.

Si chaque morceau prend sa source dans le précédent, c'est surtout par le choix systématique d'opérer un effet de contraste. Ainsi, lors du concert de Paris, on ouvre avec l'habituel morceau abstrait à deux lignes mélodiques, puis on enchaîne sur une improvisation plus stable, construite sur la technique d'ostinato rythmique, sombre et vénéneuse, avant de continuer sur des rideaux d'arpèges nostalgiques et suaves. Ensuite, on repart sur une déstructuration échevelée aussitôt suivie d'un morceau introspectif quelque peu torturé. Tout à fait logiquement, le blues qui suit est rapide, ainsi que torve et déglingué. On enchaîne sur une ballade contemplative avant de boucler la boucle par une autre abstraction, cette fois-ci tranchante et sinueuse. Ainsi c'est une dynamique d'opposition. Il est à relever que le deuxième morceau est sans doute l'un des meilleurs de l'album, d'une noirceur et d'une expressivité de film noir.

Le concert de Londres fonctionne suivant le même système, même si les enchaînements sont bien entendu différents. Une exception tout de même : les parties VII et VIII ouvrant le troisième disque, avec un morceau basé sur un ostinato rythmique, qui rappelle à cette occasion aussi bien le deuxième morceau du concert à Paris que le Paris Concert de 1988, puis un morceau lyrique avec sa floraison d'arpèges scintillants. A noter un beau blues mélodique (part III), dans une veine proche d'Oscar Peterson et le gospel de fin, avec des rondeurs de fesses charnues, qui conclue tout de même l'album sur une note d'espoir et de gourmandise.

Peut-être qu'un travail de sélection aurait permis d'obtenir un album d'un seul disque d'une qualité supérieure, mais Keith Jarrett n'a jamais procédé ainsi. Du reste, on y aurait perdu l'articulation logique propre à chaque concert (mais en avait-on vraiment besoin ?). Le concert à la Salle Pleyel dure une heure dix, celui au Royal Festival Hall une heure et demi ; comme tout n'est pas flamboyant, c'est long. Mais après un décevant Carnegie Hall Concert, Testament est tout de même bon à prendre. Même si l'on ne demande qu'à être contredit, on peut résolument avancer que Jarrett finira sa carrière solo avec ce style rétrospectif. L'improvisation perpétuelle aussi peut devenir casanière. Le filon de l'or se raréfie, même si on trouve encore quelques pépites ci et là. Au pire, on réécoutera les enregistrements des décennies passées, ce sont eux, le vrai testament.

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