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ELECTRO-POP  |  STUDIO

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LADY GAGA - Artpop (2013)
Par MOONDREAMER le 4 Décembre 2013          Consultée 2654 fois

« Pop culture was in art, now art’s in pop culture in me », nous chante LADY GAGA à propos de son 3ème album studio (4ème, si on inclut The Fame Monster dans la liste). ARTPOP, titre ô combien ambitieux, promettait ainsi tout un concept artistique : une « expérience Warholienne inversée » qui conduirait l’Art (avec un grand A !) à s’incarner dans la pop au lieu de faire transiter la pop dans l’Art, comme le fit en son temps le génie de la Factory.

Et pour ça, Stefani GERMANOTTA a tâché de renforcer sa crédibilité en tant qu’artiste par de prestigieuses collaborations avec quelques pontes de l’art contemporain. En premier lieu avec la serbe Marina Abramovic, spécialiste du « performance art », dont les « oeuvres » lui inspirent les paroles à double sens de « Do What U Want (With My Body) », qui se comprennent au sens littéral comme le plaidoyer charnel d’une femme ordonnant à son amant de prendre possession de son corps. Mais dans un sens figuré, on peut aussi y lire la posture d’abandon total du corps de l’artiste à ses fans, qui ne voit plus dans son enveloppe corporelle qu’un moyen de transmettre son art. Dommage d’ailleurs que R. KELLY, guest star sur ce single, ne soit pas allé plus loin que le sens premier du texte et nous chante un couplet « bling bling » à côté de la plaque, le morceau demeure malgré tout plutôt réussi et tout à fait honnête.

L’autre figure iconique de l’art contemporain qui soutient GAGA dans son projet fou est Jeff Koons. Non content de réaliser la couverture kitsch d’ARTPOP, inspirée par la fameuse toile de Botticelli qu’est « La Naissance de Vénus », il est même allé jusqu’à parrainer l’ArtRave, concert introductif de l’album à Brooklyn, dans lequel il a dévoilé l’immense statue d’albâtre de GAGA qui a servi de modèle pour la couverture. Koons est d’ailleurs évoqué dans les paroles d’ « Applause » et a contribué à la sortie de l’app ARTPOP pour smartphone créée pour accompagner les auditeurs de l’album pendant qu’ils développent leur « Aura ».


Avec ARTPOP, LADY GAGA a voulu produire une oeuvre d’art totale, non plus destinée avant tout à ses Little Monsters comme l’était Born This Way, son précédent album, mais ouverte et tournée vers tous les amateurs d’art du monde entier. Le pari démesuré est pris, reste à voir désormais ce qu’il en est en réalité. Certes, Stefani nous a accoutumé à ce genre de déclarations grandiloquentes, au risque d’accentuer le contraste entre l’attention extraordinaire que suscite sa musique et le côté forcément un peu décevant, voire ordinaire, des morceaux en eux-même.

Ceux-ci restent dans la veine habituelle des morceaux de GAGA : une pop hyper-produite, empreinte d’eurodance et de sonorités 80’s, lorgnant ça et là vers la techno (« Aura », « Swine »), le R&B (« Do What U Want »), le rock (« MANiCURE ») et même vers le gangsta rap avec « Jewel N’ Drugs » qui détonne par sa médiocrité. Le hook catchy (qui apparaît vers 2min15) ne parvient pas à sauver la collaboration de GAGA réduite au rôle de faire-valoir pour les trois rappeurs (T.I., TWISTA et TOO $HORT) dont les passages sont si peu liés qu’ils rendent le morceau illogique. Mais pire que ça, la production agaçante et les paroles peu inspirées, notamment lors des passages rappés, ne s’insèrent pas du tout dans l’esthétique que GAGA essaye d’insuffler sur l’album.

Cette esthétique tourne d’ailleurs avant tout autour d’une ambiguïté sexuelle totalement assumée. De « G.U.Y » (pour « Girl Under You ») à « Swine » en passant par « Sexxx Dreams » et « Aura », GAGA voyage de tentations à plaisirs solitaires, se fait femme et homme, hétéro et homo, passe de désir à amour, de domination à soumission et de puissance à fragilité. Ce cabaret érotique s’établit au prisme d’allusions mystiques à la mythologie romaine (« Venus »), de références à la mode (« Fashion! », « Donatella », prénom de la célèbre Versace) et de plaidoyers ambigus en faveur (« Mary Jane Holland ») puis contre la drogue (« Dope »), le tout mâtiné de piques humoristiques qui ne rendent le personnage que plus appréciable. Cela donne à cet album un côté bordélique allié à une unité étonnamment cohérente.


LADY GAGA n’est de toute façon pas à une contradiction près et joue du côté équivoque de ses morceaux délibérément superficiels, au risque de perdre l’auditeur dans son propre univers où enchaîner « Uranus » et « Don’t you know my ass is famous » relève du grand Art. Et c’est là que réside la limite principale d’ARTPOP : que GAGA le veuille ou non, le cadre formaté des morceaux de pop mainstream est très peu propice à la création artistique noble et de haute volée. C’est d’autant plus vrai quand on laisse Will.I.Am et David GUETTA se charger de la production d’un morceau (« Fashion! », loin d’être mauvais au demeurant). GERMANOTTA égare ainsi son auditeur avec un concept bien trop ambitieux pour être vraiment réussi.

Cela dit, si notre chère LADY ne remplit pas le contrat sur tout l’album, elle y parvient sur un nombre considérable de chansons : même si les premières écoutes sont perturbantes, « Aura », morceau déjanté produit par le groupe de trance israélien INFECTED MUSHROOM, combine des passages techno plutôt abrupts avec un refrain tellement immédiat que le contraste est tout à fait saisissant. « Venus », est un brillant exemple de morceau pop irréfutables dont GAGA a le secret depuis « Paparazzi » et « Bad Romance », et c’est d’autant plus admirable quand on sait qu’elle s’est non seulement chargé de la composition mais de l’essentiel de la production.

Si le rock est globalement le grand oublié de l’album, « MANiCURE » (notez le jeu de mot avec « Man I Cure ») prouve à quel point c’est dommage parce que Stefani a un vrai potentiel pour s’approprier les sonorités puissantes et l’énergie du rock. Quant à « ARTPOP », le morceau éponyme, il a lui aussi une efficacité absolument absurde, porté par un refrain à la fois évident et hypnotique. Mais comme sur Born This Way, les meilleurs morceaux se cachent dans les dernières places, avec les deux ballades que sont « Dope » et surtout « Gipsy ». La première est une ode qui monte doucement en puissance jusqu’à ce qu'au climax; « I need you more than dope »; et avec lui la sensibilité de Stefani s’affirme, révélant une artiste forte mais vulnérable.

« Gypsy » est pour moi le meilleur morceau de l’album, et probablement un des meilleurs que GAGA ait jamais composé, assisté pour cette tâche par le talentueux DJ français MADEON. Véritable hymne à la vie de bohème, mais en même temps déclaration d’amour inconditionnel à son public, la chanson est à la fois puissante et fragile, jamais on aura vu la chanteuse s’exposer avec autant de justesse.

Avec ARTPOP, LADY GAGA nous envoie des messages conflictuels, aspirant à la fois aux formes les plus hautes d’Art mais jouant visiblement sans aucun scrupule des ressorts les plus superficiels. En aboutit un album qui ne peut convaincre totalement, où GAGA met plus en avant son personnage que sa musique et qui ne peut bien sûr pas répondre aux attentes créées par la chanteuse elle-même. Le rideau tombe avec « Applause », ces applaudissements qui sont la raison d’être de GAGA, et la seule chose qu’on retient est la phrase clé de la chanson-titre : « My ARTPOP could mean anything ». Ce qui n’est déjà pas rien !

Note réelle : 3.5/5

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   (3 chroniques)



- Stefani Germanotta (chant, piano)
- Giorgio Tuinfort (piano)
- Jason Lader (claviers)
- Hugo Leclercq (claviers)
- Adam Macdougall (claviers)
- Doug Aldrich (guitare)
- Pierre-luc Rioux (guitare)
- Tim Stewart (guitare)
- Ricky Tillo (guitare)
- Donnie Lyle (basse)
- Lyon Gray (choeurs)
- Natalie Ganther (choeurs)
- Nicole Ganther (choeurs)
- Sean C. Erick (cor)
- Leon H. Silva (cor)
- Bijon S. Watson (cor)
- Kevin Williams (cor)


1. Aura
2. Venus
3. G.u.y
4. Sexxx Dreams
5. Jewels N’ Drugs (feat. T.i, Too Short & Twista)
6. Manicure
7. Do What U Want (feat. R. Kelly)
8. Artpop
9. Swine
10. Donatella
11. Fashion!
12. Mary Jane Holland
13. Dope
14. Gipsy
15. Applause



             



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