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MUSIQUE BAROQUE  |  STUDIO

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Antonio VIVALDI - Les Quatre Saisons (il Giardino Armonico) (1994)
Par CHIPSTOUILLE le 25 Juin 2005          Consultée 30439 fois
Les quatre saisons de VIVALDI constituent l’œuvre la plus célèbre de tout le répertoire de musique classique. Ensemble de quatre concertos pour violon pour le moins originaux, ces oeuvres n’ont pourtant pas toujours été citées en référence, VIVALDI ayant été oublié comme tant d’autres compositeurs après leur mort. C’est pourtant après avoir publié son 8ème opus, « Il cimento dell’armonia e dell’invenzione », en 1725, lequel comprend les quatre saisons, qu’il connaîtra le sommet de sa gloire. Beaucoup de ses œuvres ayant aujourd’hui été perdues, on ne connaît pas exactement les circonstances et les raisons de son déclin.

La première chose que l’on pourrait se demander, c’est pourquoi une telle œuvre a pu autant se démarquer des 200 autres concertos pour violon composés par le prêtre roux ? A l’écoute de ceux-ci, la réponse est limpide: VIVALDI est parvenu à créer l’œuvre parfaite et, bien que s’inscrivant dans un registre baroque (notamment la présence du clavecin en basse continue), l’œuvre s’extrait de tout contexte temporel. Chaque saison se présente donc comme l'un des quatre actes d'une pièce de théâtre, le climat en étant le personnage principal lequel répond à différents acteurs de la faune et de la flore.

Du côté de l'interprétation, on retrouve l'orchestre de chambre Il Giardino Armonico, une formation italienne, qui reprend pour l’occasion les célèbres quatre saisons, sur instruments d’époque. L’accent ici est beaucoup plus appuyé sur les ambiances, délaissant presque par moments le caractère mélodique des concertos pour n'en retirer que les effets de style. On retrouve donc un ensemble d’effets de souffle effectués avec un simple effleurement de l'archet sur les cordes, de rythmes appuyés, de volumes intensifiés, de silences exagérés conférant à cette interprétation un aspect très particulier, mais ô combien jouissif, les quatre saisons sont ici transcendées.

En fermant les yeux, il est on ne peut plus facile de s’imaginer différentes scènes de nature. Le printemps est peut-être le plus traditionnel des quatre concertos (en comparaison des autres de VIVALDI), présentant un aspect serein où l’on s’imagine un paysage renaissant, dans lequel la vie fait petit à petit son apparition. Ainsi le premier mouvement donne dans les violons virevoltants, chants d’oiseaux revenant de leur migration hivernale ou insectes butinant différentes fleurs s’ouvrant la saison venue. Dame nature fait son travail, et un second mouvement plus lent met en scène des violons de la vie émergeante allant cahin cahan, non sans difficulté, tels des nouveaux nés prenant encore leurs marques. Enfin un troisième mouvement plus entraînant (et plutôt banal, une fois de plus, pour du VIVALDI) alterne quelques averses de violons inquiétants avec d’autres passages signe d’un retour au beau temps.

Le printemps égrène ses dernières trouvailles et s’ouvre enfin sur l’été (et selon moi au premier des 3 concertos réellement innovants des 4 saisons). Celui-ci entame un premier mouvement muet, où la chaleur se fait peu à peu omniprésente, jusqu’à ce qu’une trombe de violons en fortissimo vienne asséner un violent coup au calme chaleureux, lequel refera son apparition à plusieurs reprises. On note au passage que cette alternance de passages violents et calmes (pratiquement silencieux) est assez unique dans un seul et même mouvement d’un concerto de la période baroque. Le second mouvement brûle alors d’une chaleur étouffante, exprimée par le souffle des archets frottant sur les cordes. La tension y est palpable, on entend d’ailleurs au loin le tonnerre des violons se rapprochant peu à peu, dans l’extrême moiteur de cet été cuisant. C’est ainsi que le célèbre troisième mouvement de l’été déboule en zigzags frénétiques avec la force et la brutalité de l'orage, l’interprétation tout en accrocs rapides ayant presque des allures de symphonie beethovenienne.

Après quoi l’automne traduit à l'image du printemps le changement, l’ensemble étant plus pinçant. La pluie de violons y exerce plus fréquemment son ouvrage et instaure peu à peu un ton plus maussade. Le second mouvement prend des allures de deuil, les clavecins ici mis en avant par l’interprétation y étalent leurs notes telles des feuilles mortes tombant les unes après les autres, les violons venteux se chargeant au fur et à mesure de faire disparaître les couleurs vives dans un paysage désertique.

L’hiver emprisonne alors de son gel toute trace de vie, le vibrato exagéré simule un vent glacial parfois plus fort et plus éclatant. Des effets de dissonances presque modernes évoquent la sensation de se faire pincer par des gerçures, à chaque fois plus désagréables. La neige du second mouvement personnifiée par des notes en pizzicato qui tombent sur une musique lancinante dévoile a contrario les charmes romantiques de l’hiver (au sens littéral et non musical du terme). Enfin, le mouvement final clôt ces concertos en beauté, comme si la vie avait finalement disparu, les agressions des diverses intempéries glaciales se concluant dans une toute petite once d’espoir qui éclate finalement dans un dernier coup de vent.

Ainsi s’achève la vision vivaldienne du cycle temporel le plus commun de tous. Les quatre saisons sont l’œuvre qui dispose du plus grand nombre d’interprétations disponibles, on dénombre des remix techno, des versions à la trompette et même plus étonnant, des reprises au koto (un instrument traditionnel japonais, pour jouer de la musique que l’on n’écoute pas avec le même hémisphère du cerveau… Paraît-il ). L'album que je vous propose ici est celui que je préfère, il a un petit plus d'exotique, de contrasté, que les interprétations plus classiques « trop » fidèles à la partition n'ont pas. Le CD contient également deux autres concertos du huitième opus, l’un pour hautbois et l’autre pour violon, loin d’être du remplissage puisqu’il s’agit de deux des meilleurs de VIVALDI. L’interprétation y est cependant moins particulière, que sur le reste de l’album.

Si vous deviez donc posséder une œuvre classique, c’est sans doute celle-ci. Vous en connaissez d’ailleurs très certainement au moins une partie étant donné sa célébrité. Il existe d’autres interprétations d’excellente facture (notamment celle d'Isaac Stern, souvent citée en référence, ça ne fera qu’une fois de plus ce coup-ci), mais celle d'Il Giardino Armonico est de loin ma favorite.




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   CHIPSTOUILLE

 
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- Il Giardino Armonico, Milan
- Giovani Antonini (chef d'orchestre)
- Enrico Onofri (violon soliste)
- Paolo Grazzi (haubois sur le rv 454)


- la Primavera (rv 269)
1. Allegro
2. Largo
3. Allegro
- l'estate (rv 315)
4. Allegro Non Molto . Allegro
5. Adagio . Presto
6. Presto
- l'autunno (rv 293)
7. Allegro . Allegro Assai
8. Adagio Molto
9. Allegro
- l'inverno (rv 297)
10. Allegro Non Molto
11. Largo
12. Allegro
- concerto For Oboe, Strings And Basso Continuo
13. Allegro
14. Largo
15. Allegro
- concerto For Violin, Strings And Basso Continuo
16. Allegro
17. Largo
18. Allegro



             



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