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- Style : Bruce Springsteen , The Byrds , John Mellencamp , Bob Seger
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TOM PETTY & THE HEARTBREAKERS - Damn The Torpedoes (1979)
Par COWBOY BEBOP le 14 Novembre 2017          Consultée 197 fois

Depuis son premier album avec les HEARTBREAKERS, il était devenu évident que Tom PETTY était destiné au succès et à la gloire. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne grave son nom dans l'histoire du rock, et après un deuxième album relativement décevant, c'est chose faite avec Damn The Torpedoes. Parce qu’il invente le futur sans renier son passé, brassant avec aisance l'héritage des sixties et des seventies tout en peaufinant un son qui deviendra celui de la décennie suivante, Damn The Torpedoes est un album-clé dans l'histoire du rock américain. Le producteur Jimmy Iovine, un familier du « big rock » puisqu'il a travaillé sur Born To Run et Bat Out Of Hell, apporte aux HEARTBREAKERS la touche de grandiloquence nécessaire pour mettre à jour tout leur potentiel. Heureusement, il évite l'emphase boursouflée qui nuira par la suite à tant d'albums du même acabit : les compositions de PETTY sont des modèles du genre, d'une simplicité toute beatlesienne, à laquelle se mêle un peu de la gouaille des STONES et pas mal de l'insouciance joyeuse des BYRDS. La plus grande force de cet album, c'est bel et bien ce son, savant mélange d'arpèges scintillantes, de guitares ronflantes et d'orgue lumineux ; le tout magnifié par une production qui atteint un équilibre parfait entre l'énergie brute des seventies et l'esthétique plus policée des eighties.

L'album est immédiatement accessible grâce à un single, le désormais classique « Refugee ». Avec le sautillant « Don't Do Me Like That », ce sont les morceaux les plus « pop » de l'album : il partagent des mélodies utlra-efficaces et mémorables, ainsi qu'une énergie communicative qui les rend indispensables dès la première écoute. L'origine rock'n'roll des Heartbreakers fait jour sur « Century City » et « Even The Losers » – dont le solo rappelle Chuck BERRY. PETTY se permet même de jouer un peu avec les codes et de sortir des sillons battus, comme sur « Here Comes My Girl » dont les couplets parlés contrastent avec un refrain enjoué à la manière des BYRDS. C'est ce genre de petites touches qui démarquent PETTY du lot, et qui lui permettent de sortir de l'impasse dans laquelle il semblait s'enfermer avec le très classique You're Gonna Get It. Enfin, on ne saurait imaginer un album de rock US sans les sempiternelles ballades à la guitare sèche : notre blondinet s'en sort pas mal avec la jolie « Louisiana Rain », paroles mélodramatiques à l'appui. De toute façon, on ne tirera pas grand-chose d'une dissection note par note : se pencher excessivement près de compositions somme toute assez basiques, en quête de la recette du succès, serait assez vain. Ce qui en fait la force, c'est l'interprétation à la fois énergique et relâchée, les couplets de PETTY plus parlés plus que chantés. Il n'y a aucun temps mort, aucun déchet : le groupe n'a gardé que le meilleur, ce qui donne une de leur tracklist les plus courtes – neuf titres en tout et pour tout.

Si l'on désigne parfois SPRINGSTEEN et PETTY comme deux avatars du Heartland rock, le premier serait plutôt le type du « jeune rebelle », tandis que le second représenterait celui du gentil loser – plus enclin à la mélancolie qu'aux courses de voitures dans les rues nocturnes. Sur Damn The Torpedos, c'est particulièrement flagrant : PETTY se peint lui-même comme un raté, mais un raté qui assume le fait et va de l'avant (et tant pis pour les torpilles) : « Even the losers, they keep a little bit of pride... » Peut-être est-ce simplement le reflet des conditions difficiles d'enregistrement de l'album (altercation avec sa maison de disque), mais on ne peut s'empêcher de ressentir la mélancolie tenace qui transpire dans la plupart des textes, dont plusieurs expriment une sorte d'incompréhension amoureuse – un thème qu'on retrouve un peu partout (à commencer chez SPRINGSTEEN « I'm Going Down » sur Born In The U.S.A.), mais rarement de manière exclusive comme ici. On pourrait citer presque toutes les chansons, mais peut-être que cette phrase tirée de « You Tell Me » suffira à résumer l'état d'esprit de PETTY à l'époque : « Baby I don't understand this, but it's alright, I can take a little pain ». Plutôt que les Heartbreakers, on a affaire ici aux Heartbrokens…

C'est d'ailleurs l'occasion d'évoquer brièvement le groupe qui soutint PETTY pendant la majeure partie de sa carrière solo. Car si ce dernier pose seul sur la pochette, arborant sa fameuse Rickenbauer « sunburst », il ne faut pas oublier qu'il est accompagné de musiciens talentueux, dont certains jouaient déjà avec lui à l'époque de MUDCRUTCH. Les gaillards se connaissent donc très bien, et après deux albums où ils ont l'occasion de polir leur son et d'ajuster leur alchimie, les HEARTBREAKERS sont devenus une machine bien huilée. Si l'on prononce souvent le nom de Mike CAMPBELL – à juste titre, le guitariste étant indissociable du succès de l'album grâce à ses arrangements à la fois énergiques et mélodiques – il convient aussi de rendre justice au claviériste trop oublié, Benmont Tench. Présent depuis le premier album, ce dernier était toutefois resté très en retrait, se cantonnant quasi-exclusivement au piano dans des interventions ponctuelles et assez discrètes. Bien qu'il reste également au second plan sur Damn The Torpedeos (tout en profitant de quelques moments instrumentaux pour dialoguer avec la guitare), l'orgue Hammond de Tench apporte une réelle richesse au son du groupe (comme a pu le faire John Bundrick, dit « Rabbit », sur l’ultime album de FREE ; d'ailleurs intitulé – coïncidence heureuse – « Hearbreaker »). En servant de liant sonore et de contrepoint au riffs de guitare, son omniprésence apporte à l'album une qualité ensoleillée, californienne pourrait-on dire. La formule sera reprise avec bonheur pour le disque suivant, The Waiting, qui entérinera ce son comme celui de l'âge d'or des HEARTBREAKERS.

« Il s'use au fur et à mesure qu'il tourne », disait le Timon de Shakespeare en parlant du monde. C'est précisément l'inverse qui se produit avec Damn The Torpedoes : il semble qu'il s’épaississe un peu plus à chaque écoute. C'est à cela qu'on reconnaît les grands albums.

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   COWBOY BEBOP

 
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- Tom Petty (chant, guitare, harmonica)
- Mike Campbell (guitare, claviers, basse)
- Benmont Tench (claviers, chœurs)
- Ron Blair (basse)
- Stan Lynch (batterie, chœurs)


1. Refugee
2. Here Comes My Girl
3. Even The Losers
4. Shadow Of A Doubt
5. Century City
6. Don't Do Me Like That
7. You Tell Me
8. What Are You Doin' In My Life
9. Louisiana Rain



             



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