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WILD NOTHING - Gemini (2010)
Par RICHARD le 16 Mars 2019          Consultée 376 fois

Le label de Brooklyn CAPTURED TRACKS créé en 2008 par Mike SNIPER à l'heure d'une musique indépendante plus que moribonde a rapidement réussi à redonner à celle-ci quelques belles couleurs en signant des groupes qui avaient pour la plupart en commun l'amour de subtiles mélodies mélancoliques héritées principalement de l'Angleterre des années 80. Des pourtant intéressants CRAFT SPELLS, BLOUSE ou BEACH FOSSILS, c'est bien WILD NOTHING qui sur le long terme a tenu la distance et tiré son épingle du jeu. On aurait pu crier encore au manque d'originalité, au revival bon à remplir une nouvelle fois le tiroir caisse d'une industrie musicale sans état d'âme et cynique, mais ceci aurait été bien plus que réducteur. Le leader Jack Tatum avec ce premier album sorti au Printemps 2010 avait frappé fort, voire très fort. D'ailleurs, presque une décennie après sa parution, je continue de l'écouter, et ça continue encore et encore comme dirait Francis, c'est dire. Les émotions sont toujours là, persistantes, belles comme à la première écoute. A la croisée des chemins entre dream pop éthérée et shoegaze aux senteurs pop marquées, Gemini est rapidement devenu une référence pour celles et ceux aimant se lover encore une fois dans un doux spleen.

WILD NOTHING à travers ces douze titres développe donc une parfaite pop vaporeuse qui atteint pleinement sa cible: le cœur. Évidemment, dit comme ceci, ça fait un peu fleur bleue, mais ce n'est pas grave, j'assume pleinement cette facette de ma personnalité. Le jeune Virginien a un talent évident pour proposer et je ne dirai toutefois pas pour recycler une nouvelle grille de lecture émotionnelle, de celle qui contentera les introspectifs patentés, un peu comme moi. Pour espérer éveiller leur intérêt, rien de mieux que de faire des clins d’œil que d'autres trouveront appuyés aux artistes passés qui ont donné à cette nostalgie réconfortante ces plus belles heures. Par pur acquis de conscience, durant un très court instant, on résiste faussement, on s'avoue en pleine connaissance de cause vaincu et puis las on en redemande.

Tatum fort de sa désarmante dextérité mélodique débute le voyage avec « Live In Dreams » qui pour son introduction semble se calquer sur le « Some Girls Are Bigger Than Others » des SMITHS. Une légèreté à la Marr et ces mots qui vous tordent déjà le ventre,« I'd Rather Live In Dreams And I'd Rather Die Because Our Lips Won't Last Forever ». WILD NOTHING innocemment continue son petit bonhomme de chemin et rencontre ensuite fortuitement sur « Bored Games » les ombres des Mancuniens de NEW ORDER. Mêmes claviers et guitare gonflée à l'hélium qui vous filent instantanément le bourdon. Mais vous savez, le bourdon dans lequel on aime un peu masochiste parfois se complaire. Celui qui fait plus de bien que de mal. La preuve ? Le petit Jack qui vous susurre à l'oreille d'un ton distancié et tranquille « I Know You're Bad, That's Why I Like You ». Tout un programme.

Sortez vos mouchoirs, c'est bien trop d'émotions contrariées qui arrivent en une seule fois. D'émotions, il en est encore question avec le splendide titre éponyme « Gemini ». Les CHAMELEONS ou les CURE pour l'inspiration de ce jeu si fluide et typé de guitare pourraient être en droit de demander quelques royalties. Mais ceci vaudrait seulement pour un esprit mesquin et pour une écoute rapide car à bien y réfléchir, Tatum ne fait que transposer en 2010 des sentiments intemporels sur une musique à l'unisson. Et il le fait plutôt bien, nous prenant tacitement par la main pour continuer un bout de chemin ensemble, nous les cœurs d’artichaut.

Je ne sais pas si Tatum est un faussaire, mais il est très certainement un petit orfèvre. On pourrait le considérer comme un pointilliste scrupuleux posant son chevalet et attendant le bon moment pour lancer sur sa toile ses émotions. Alors, parfois les couleurs sont noires comme sur l'atmosphérique et monotone « Pessimist » où il nous délivre un peu sentencieusement que les «garçons ne pleurent pas et qu'ils veulent juste mourir». Pas tous les garçons, quand même. Ce n'est pas un pathos vain mais plus l'expression sincère d'une réalité, ou du moins la sienne. Mais tout n'est pas si sombre. Du moins en apparence. Prenez par exemple le rythme gracile de « Chinatown » qui repose sur un sample de Chantal GOYA («La Pluie du Ciel»), si,si vous avez bien lu et qui réussit à vous rendre heureux alors que les paroles simples dégagent là encore une profonde mélancolie. C'est la force de Tatum. Celle qui animait indifféremment les SMITHS ou certains titres des CURE encore une fois et qui alliaient en leur temps avec réussite supposée légèreté et tristesse avérée.

Tatum gratte là où ça fait mal. Non pas par esprit vicieux mais simplement par désir, nécessité de relater et partager ses états d'âme. L'identification se fera ou non. On peut assurément rester hermétique à ce que l'on pourrait considérer comme parfois de l’atermoiement, de l'indécision permanente. Tu es malheureux, tu te complais dans cet état, donne-toi les chances pour ne plus l'être ! Si tout était si simple semble t-il nous dire du fond de sa chambre d'étudiant indie tout au long de ce poignant périple. Le côté entraînant de certains morceaux (les sautillants « Our Composition Book » ou « Confirmation » avec cette basse donnant le souffle) ne doit pas occulter finalement le fait que la tristesse irradie de toute sa puissance paradoxalement solaire Gemini.

Avec un premier album de cette qualité, WILD NOTHING se retrouvait dans une position inconfortable. Comment pouvait t-il prolonger, renouveler dans un hypothétique future un univers à ce point prenant, addictif ? L'avenir nous le dira simplement, et heureusement nos craintes étaient plus que largement infondées.

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   RICHARD

 
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- Jack Tatum (chant et tous les instruments)


1. Live In Dreams
2. Summer Holiday
3. Drifter
4. Pessimist
5. O,lilac
6. Bored Games
7. Confirmation
8. My Angel Lonely
9. The Witching Hour
10. Chinatown
11. Our Composition Book
12. Gemini



             



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