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Wilson PICKETT - I'm In Love (1968)
Par LE KINGBEE le 22 Juin 2019          Consultée 561 fois

L’année 68 demeure un bon crû pour "The Wicked Man" (Le Pervers), surnom donné à Wilson PICKETT en raison de sa manie à mettre la main aux fesses du personnel féminin des maisons de disques. Le chanteur avait également l’habitude de faire monter sur scène des spectatrices auxquelles il aimait bien se frotter avant de les éjecter manu militari de la scène, parfois avec l’aide du service d’ordre. Un curieux bonhomme que PICKETT qui aurait aujourd'hui probablement du mal à se conduire de la sorte avec l’arrivée de campagnes telles que MeToo ou son équivalent français Balancetonporc. Mais si aujourd'hui, on s’offusque de tout ou presque, il n’en était pas de même en 68.

Revenons au fougueux, Wilson PICKETT, véritable chien fou de la Soul. L’homme vient de connaitre une réussite rare, rien qu’entre 1967 et 1968, il a accumulé six Top Ten. Le garçon a encore le vent en poupe et son producteur Jerry Wexler, grand manitou de la firme Atlantic, s’est certainement frotté les mains lorsqu'il repéra le chanteur en 1962 lors d’un concert des Falcons à l’Apollo.

'I’m In Love' marque un changement radical chez PICKETT. Après avoir enregistré chez Stax avec Isaac HAYES, Steve Cropper, Duck Dunn ou Al Jackson Jr. Wilson s’oriente chez FAME à Muscle Shoals engrangeant ainsi toute une série de tubes ("Land Of 1000 Dances", "Mustang Sally", "Funky Broadway"). Curieusement durant l’été 67, le Pervers décide qu’il lui faut encore changer de crèmerie et s’en va enregistrer chez American Recording, propriété de Chips Moman. Le studio n’est pas inconnu, les Frère Purify, Oscar Toney Jr. ou Joe Simon y ont récemment mis en boite quelques bons singles. PICKETT a fait connaissance de Moman en 1966, lors de tournées communes avec RUFUS et Carla THOMAS et les Box Tops.

C’est donc avec une toute nouvelle équipe d’accompagnateurs que Wilson met en boite son sixième disque, enregistré en deux jours le 1er et le 3 juillet 1967 à Memphis. Wilson retrouve entre autre le batteur Gene Chrisman (ex Jerry Lee Lewis et Stan Kesler), le pianiste Bobby Wood (ex James Carr), l’organiste Bobby Emmons (ex Bill BLACK’s Combo) et le guitariste Reggie Young (ex Tommy Roe, Willie Mitchell, The Gentry et Bill BLACK’s Combo) des musiciens qui se feront connaitre au sein des Memphis Boys ou du 827 Thomas Street Band, deux formations de sessions. Ce nouvel opus marque aussi la rencontre et la collaboration entre Wilson et le guitariste Bobby WOMACK. Cet ancien chanteur de Gospel, membre avec quatre de ses frères du quartette religieux Voices Of Love, a fait ses gammes avec Sam COOKE avant de rejoindre les Valentinos. Auteur de "It’s All Over Now", futur carton des STONES et standard du rock anglais, WOMACK a déjà composé pour PICKETT ("Ninety-Nine And A Half (Won’t Do)"). Non content d’épauler le chanteur à la guitare, Bobby lui concocte trois titres, les deux hommes coécrivant "We’ve Got To Have Love". Mais ce disque compte aussi la présence d’un troisième monstre sacré avec King Curtis, saxophoniste, arrangeur et directeur musical des Kingpins, orchestre épaulant Aretha FRANKLIN. On peut penser que Curtis aurait connu une autre destinée s’il ne s’était pas fait couper la panse par un clodo sur le perron de porte durant l’été 1971.

Avec sa voix déchirante, entre résignation et colère, le chanteur nous tisse sa première toile avec « Jealous Love » alors que l’orchestration laisse planer une atmosphère ténébreuse et fantasmagorique. Robert Cray reprendra le morceau en 1995 sur l’album "Some Rainy Morning". C’est ensuite une version ébouriffante de "Stagger Lee", gros hit de Lloyd PRICE inspiré du "Stack O Lee Blues" de Ma Rainey, que nous assène le groupe. Si la version se révèle paradoxalement méchante mais festive, sans doute peut-on y voir une réponse à James Brown qui avait repris la chanson quelques semaines avant. Place au rythme avec "That Kind Of Love" une compo de Don Covay sur laquelle la voix passionnée de PICKETT entraîne toute la troupe sur son sillage. Gros moment de douceur avec "I’m In Love"⸋, une compo de Bobby WOMACK donnant son titre à l’album. On est comme surpris par tant de douceur, même si le chant trompeur de P laisse penser qu’il aime bien l’amour vache. Womack reprendra son titre un an plus tard dans une version plus douce et plus fluide. A noter que si Aretha FRANKLIN reprenait le titre en 74 dans une interprétation fortement ampoulée, on conseille l’essai de Tom PETTY dans The Live Anthology, coffret chroniqué sur le site. Cette face A se termine avec "Hello Sunshine", une création du tandem King Curtis/Ron Miller (l’un des rares blancs membres du staff Motown), qui sera reprise quelques mois plus tard par … Aretha FRANKLIN.

La face B s’ouvre en fanfare avec "Don’t Cry No More", titre de Deadrick Malone (alias Don Robey) popularisé par Bobby Bland. Si PICKETT s’aligne quelque peu sur la version originale, la section cuivre prend ici son envol avec un bon gros solo de sax. On notera qu’au tout début, Wilson se rappelle au bon souvenir du Seigneur en ajoutant un Lord of Mercy. Peut être l’une des meilleures versions du morceau avec celles de Boz SCAGGS, Denise LaSalle et Cindy Lauper. La cadence se maintient avec le dynamique "We’ve Got To Have Love", seule participation du chanteur en terme d’écriture dont un passage reflète d’une conscience politique.
Il s’attaque à l’un des monuments de Sam COOKE, n’oubliant pas au passage de saluer la mémoire de cette icône de la Soul, avec "Bring It On Home To Me". On ne compte plus les artistes de tout poil s’étant attaqué à ce grand classique mais PICKETT n’en rajoute pas trop et s’en tire à bon compte, même si l’original et les covers de, Barbara Lewis, Van MORRISON ou des ANIMALS nous paraissent un cran au dessus en termes d’intensité. Excellente reprise de "She’s Lookin’ Good" petit hit de Rodgers Collins gravé pour le label Galaxy quelques mois plus tôt, titre qui fera le bonheur de la Northern Soul. Si PJ Proby, Don Bryant ou Tyrone Davis en firent des reprises de qualité, Eddy MITCHELL l’adaptera sous l’intitulé "Elle Me Voit Beau". L’album se termine en douceur avec "I’ve Come A Long Way", une compo de WOMACK qui pourrait s’inscrire dans un disque de Feu Sam COOKE.

Sorti en février 1968, ce disque s’avère peut être moins clinquant au niveau des charts et de l’inconscient collectif mais demeure néanmoins sincère et représentatif de la Soul fin sixties et du label Atlantic.

⸋ Bien que le titre soit accrédité à Bobby WOMACK, "I’m In Love" a probablement été écrit par Linda Cooke, fille de Sam, alors qu’elle n’avait que 12 ans. Mais avec les COOKE et les WOMACK on n’a affaire à une sacrée salade. Bobby WOMACK a épousé la veuve de Sam COOKE, tandis que Cecil son frère cadet de trois ans a fini par épouser Linda, la fille de Sam COOKE. A noter qu’outre ce mariage, cette association avait débouché quelques années plus tôt sur la fondation de WOMACK & WOMACK, un duo qui mérite une attention soutenue malgré le manque de succès. En 1988, Linda et Cecil WOMACK frappaient fort avec "Teardrops", single qui occupera les plus hautes marches des charts dans le monde sauf aux States, preuve que nul n’est prophète dans son pays.

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- Wilson Pickett (chant)
- Reggie Young (guitare)
- Bobby Womack (guitare)
- Tommy Cogbill (basse)
- Gene Chrisman (batterie)
- Bobby Woods (piano)
- Bobby Emmons (orgue)
- King Curtis (saxophone)
- Charlie Chalmers (saxophone)
- Floyd Newman (saxophone)
- Gene 'bowlegs' Miller (trompette)


1. Jealous Love
2. Stagger Lee
3. That Kind Of Love
4. I'm In Love
5. Hello Sunshine
6. Don't Cry No More
7. We've Got To Have Love
8. Bring It On Home To Me
9. She's Looking Good
10. I've Come A Long Way



             



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