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- Style : Otis Redding , James Brown , Aretha Franklin , Al Green
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Wilson PICKETT - Hey Jude (1969)
Par LE KINGBEE le 21 Février 2021          Consultée 106 fois

Flamboyant étendard de la Soul depuis 1966, Wilson PICKETT se rend bien compte que le monde change. Affublé de sympathiques sobriquets allant du Léopard noir à Wilson le Pervers, le chanteur souhaite donner une orientation plus Pop à son nouveau disque. En 1968, le bonhomme est encore à son apogée avec pas moins de six chansons classées dont deux Top Ten ("I’m A Midnight Mover" et "She’s Lookin’ Good").
Pickett n’a jamais hésité à reprendre les titres de ses concurrents. "Everybody Needs Somebody To Love" (Solomon BURKE), "Mustang Sally" (Mack Rice), "Land Of 1000 Dances" (Chris KENNER) ou "Funky Broadway" (Dyke & The Blazers) en sont les parfaits exemples. PICKETT n’oublie pas non plus qu’il s’est fait piquer "If You Need Me" par Solomon BURKE, le producteur Jerry Wexler estimant à l’époque que le natif de Philadelphie serait plus à même d’en faire un best seller.

Rarement à court d’idées, PICKETT veut ancrer son nouveau disque vers une sonorité plus Pop Rock. Le 19 septembre 68, il retourne à Memphis et enregistre un premier tiers de sa future galette. Le 27 novembre, il retourne à Muscle Shoals dans les studios de Rick Hall, là où il a gravé ses plus gros succès. Wilson n’est pas totalement satisfait de sa première séance, il veut frapper fort et décide de s’attaquer à "Hey Jude". Sortie en aout 68, la chanson des BEATLES fait un véritable carton sur les ondes du me entier, c’est la première fois qu’un titre aussi long investit la première place des charts et des radios. Si Aretha FRANKLIN et son bourrin de mari ont connu quelques misères à Muscle Shoals, ce n’est pas le cas de PICKETT qui a réussi à tisser un lien avec les musiciens de studio en majorité de bons jeunots bien blancs. Aussi quand il est question de retourner en studio afin d’avoir assez de matière pour faire un disque, Wilson impose à Jerry Wexler un retour à Muscle Shoals. Le 3 décembre Wilson met en boite sept titres dont six viendront compléter l’album. La seconde version de "Back In Your Arms" n’apparaîtra qu’en single.

Ce disque comporte une certaine continuité avec l’opus précédent. On retrouve deux titres de Bobby WOMACK : le cuivré "Sit Down And Talk This Over" et en fermeture d’album "People Make The World" au tempo beaucoup plus modéré, une vraie pépite de Soul sudiste. L’orgue de Marvell Thomas, rejeton de Rufus et grand frère de Carla, instaure une ambiance churchy alors que la voix nous rappelle que le chanteur a débuté au sein d’une chorale pentecôtiste Songs Of Zion, avant de bifurquer vers la musique du diable au tout début des sixties. "Wicked" PICKETT reprend à son compte "Toe Hold", une compo du tandem David Porter/Isaac HAYES. Si Johnnie Taylor avait contribué a en livré une première esquisse avec un single Stax, Wilson booste le morceau de cri aigus à l’instar de certaines logorrhées religieuse. Une version pleine de feeling, supérieure selon nous à celle d’Al KOOPER ou de la sud-africaine Sharon Tandy.

Revenons quelques années en arrière. Au milieu des sixties, c’est à Memphis que PICKETT enregistrait ses titres dans les studios de la Stax. Mais des tensions vont alors naître entre Jerry Wexler, grand manitou d’Atlantic et Jim Stewart patron du label aux doigts qui claquent. Stewart n’est pas ravi de voir Atlantic lui ravir la vedette, d’autant plus que la firme bénéficie de l’un des meilleurs orchestres studio avec le guitariste Steve Cropper, Al Jackson et Donald Dunn à la rythmique et Booker T Jones aux claviers. En 1966, suite à diverses mésententes avec le patron de la Stax implantée à Memphis, Wexler se met en tête de trouver une nouvelle terre d’accueil à PICKETT. C’est dans les studios de Rick Hall à Muscle Shoals, que Wexler jette son dévolu ; Hall dispose de musiciens de tout premier ordre et aussi d’une solide équipe d’auteurs compositeurs. Natif d’Alabama, Wilson PICKETT connait bien la région et le racisme ambiant qui y règne, mais contrairement à ce qu’on pouvait imaginer, les rapports entre le chanteur, Rick Hall et les différents musiciens seront au beau fixe avec à la clef plusieurs tubes enrichissants.

C’est donc avec plaisir que Wilson retourne en Alabama en novembre et décembre 68, d’autant qu’on lui a concocté un répertoire sur mesure avec cinq chansons élaborées par l’équipe de George Jackson:"Save Me" ⃰ met les points sur les I d’entrée de jeu, le chant est volontaire, la mélodie emprunte autant à la Southern Soul qu’au Gospel, le tout sur un fond d’orgue épicé de cuivres. PICKETT sait laisser reposer les accus quand le besoin s’en fait sentir, "Back In Your Arms"° reprend tous les ingrédients de la Deep Soul avec une mélodie à la Percy SLEDGE. "My Own Style Of Loving" se révèle nettement plus dynamique, après une intro de batterie PICKETT déborde d’énergie alors que la guitare délivre quelques notes ancrées dans le Rock. "A Man And A Half" débute sous la forme d’un spoken song avant que PICKETT ne délivre un chant surexcité sous un nappage d’orgue et de cuivres. Les Suédois d’HZLLACOPTERS glisseront le titre dans leur répertoire. Dernier apport de George Jackson "Search Your Heart" se déguste comme une petite pépite de Soul Sudiste. Le chant renforcé par les chœurs des Sweet Inspirations diffuse une ambiance crépusculaire pas très éloignée de celle de certains prêches. Une version dans laquelle Pickett nous assène en pleine face une exaltation terriblement contagieuse. Les versions antérieures de James Carr et Rudolph Taylor seront publiées plus tardivement et s’annoncent légèrement plus sirupeuses.

Don Covay, passé lui aussi par les mêmes studios contribue à l’album avec "Night Owl" ⸋, un titre explosif dans le registre de ce que chante Pickett. Mais l’orientation Pop Rock donnée au disque provient de deux titres : "Born To Be Wild" de Mars Bonfire qui permettra à STEPPENWOLF de connaitre un premier succès. Hymne hippie et chanson culte des Bikers, le titre sera repris à toutes les sauces, et très souvent par des guignols qui s’ignoraient. Curieusement Wilson Pickett en délivre l’une des meilleures reprises et aujourd'hui encore la version demeure agréable, alors que le titre a été usé jusqu’à la corde. Une version qui sort du lot avec celles des Leningrad Cowboys ou de Kim WILDE.

Mais c’est bien avec "Hey Jude", gros carton des BEATLES, que ce disque va connaitre le succès. D'abord édité sous forme de single Wilson nous en délivre une superbe interprétation. La rumeur prétend que les passages de guitare de Duane ALLMAN taperont dans l’œil (ou l’oreille) de Jerry Wexler. Si le titre a été accommodé à toutes les sauces les plus inimaginables, PICKETT et ses accompagnateurs offrent ici une version habitée. Si les versions de Ray CONNIFF, Bing CROSBY, Tom JONES ou du King PRESLEY♦ vous donnent des boutons, ce qui nous parait compréhensible, nous vous conseillons celle de PICKETT, la chanson donnant naturellement son nom au disque.

Il y a bien évidement quelques titres plus faiblards, selon les tendances personnelles de chacun, mais Wilson PICKETT propose ici un répertoire solide. Produit sans trop de surenchère, le disque bénéficie d’un accompagnement et d’arrangements aux petits oignons. Chanteur expressif, capable de s’illustrer sur de douces ballades et sur des tires hautement énergiques, PICKETT achève la décennie sur une bonne note. 3,5.

⃰ Titre homonyme à ceux des Miracles, Aretha Franklin, Joan Armatrading, Fleetwood Mac.
° Titre homonyme à celui de Bruce Springsteen.
⸋ Titre homonyme à ceux de James Taylor et Gerry Rafferty.
♦Il s’agit là d’exemples. On peut supposer qu’il doit y avoir bien pire, mais la version instrumentale de Franck Pourcel me parait bien plus écoutable que ces daubes, mais c’est encore là une histoire de goût.

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   LE KINGBEE

 
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- Wilson Pickett (chant)
- Duane Allman (guitare)
- Jimmy Johnson (guitare)
- Jerry Jemmott (basse)
- Roger Hawkins (batterie)
- Barry Beckett (piano)
- Marvell Thomas (orgue)
- James Mitchell (saxophone)
- Andrew Love (saxophone)
- Gene 'bowlegs' Miller (trompette)
- Cissy Houston (choeurs)
- Estelle Brown (choeurs)
- Myrna Smith (choeurs)
- Sylvia Shemwell (choeurs)


1. Save Me
2. Hey Jude
3. Back In Your Arms
4. Toe Hold
5. Night Owl
6. My Own Style Of Loving
7. A Man And A Half
8. Sit Down And Talk This Over
9. Search Your Heart
10. Born To Be Wild
11. People Make The World



             



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