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Nick CAVE & THE BAD SEEDS - Ghosteen (2019)
Par STREETCLEANER le 20 Janvier 2020          Consultée 1196 fois

Loin du bruit et de la fureur de notre monde il y a Ghosteen, le 17ème album de Nick CAVE et des mauvaises graines. Ce qui vient immédiatement à l’esprit en observant l’illustration de la pochette, possible représentation fantasmée du Paradis, est l'idée d’espoir après la mort ; car cet album, on ne l’oublie pas, vient après le décès du fils de CAVE (le précédent Skeleton Tree était presque bouclé quand cet événement eut lieu). L’intuition nous guide donc vers le thème de la séparation et la confirmation vient très rapidement ; les textes hantés reviennent sans cesse sur la perte et l’absence de ceux que l’on aime. Avec en 1ère partie des chansons ayant pour focus les enfants, et dans la seconde, les parents ; d'où ce double album.

Paradoxalement, cet album ne se veut ni triste ni plaintif. Nick Cave, donnant l’état d’esprit dans lequel l’œuvre a été composée, précisa que le groupe souhaitait que chaque chanson soit ressentie comme si nous, auditeurs, étions portés par un état euphorique et que nous nous sentions transportés loin de ce monde et de ses soubresauts, que nous vivions dans l’espoir au-delà. Les chansons sont devenues une sorte de conversation avec le monde des esprits [CAVE répétant à de nombreuses reprises tout au long de cet album "I’m beside you, you are beside me" (je suis près de toi, tu es près de moi)] … peut-être que les formes fantomatiques des défunts nous entourent, magnétisées pour servir l’acte de création… Notre monde est beau, ajoute-t-il, sa beauté est accessible à tous, à condition de savoir ouvrir les yeux pour la voir.

Transportés loin de ce monde donc, et c’est pleinement réussi, je ne vous le cache pas. La voix de CAVE, comme sur ses derniers albums, est toujours mi chantée, mi parlée, soutenue par les synthés, le piano et les effets de cordes, sans réelle section rythmique (où sont les Bad Seeds ?), donnant à l’ensemble de sa musique une atmosphère vaporeuse décollant avec légèreté et lenteur vers les astres. Il y a une telle retenue et sensibilité dans sa voix poignante, et souvent une telle beauté dans sa musique, aux abords si minimalistes, qu’elles en font oublier la douleur et le chagrin qui parcourent les textes ; la paix, l’apaisement, l’espoir, toujours présents, viendront en temps voulu, après la douleur "… peace will come in time" ("Spinning Song").

Les textes justement… ceux-ci sont superbes, CAVE ne fait pas que nous narrer des histoires ; ces contes ne sont rien d’autre que des contes transcendés par la poésie, la recherche de ce qu’il peut y avoir de plus profond dans l’âme et l’imagination humaines. Car, au fond, la poésie n’est-ce pas la volonté de parler de notre monde tout en s’en détachant le plus possible ? Cave ne chante-t-il pas dans la magnifique "Waiting For You" qu’il est même parfois préférable de ne rien dire du tout (… "well sometimes it’s better not to say anything at all…"), tant les souvenirs peuvent nous inonder d’émotions, tant ils ne peuvent être traduits en mots ?

Car oui, CAVE est toujours bouleversant, il chante si bien la fragilité, le passé, les souvenirs remontant à la surface et la séparation, qui ne sont souvent que la même chose, et même dans des situations improbables, pouvant faire sourire, un peu de foi peut nous mener loin nous rappelle-t-il "…sometimes a little bit of faith can go a long long way..." ("Waiting For You").

Les arrangements sont travaillés aux petits oignons, telles les basses drony de "Leviathan" dans une ambiance exotique qui introduisent une autre des plus belles chansons de cet album, et ce même si la simplicité des paroles pourrait faire sourire ("I love my baby and my baby loves me" répété comme un mantra).

La seconde partie contient moins de chansons mais celles-ci sont bien plus longues. Les deux morceaux fleuves sont évidemment les superbes "Ghosteen" et "Hollywood". Dans sa dernière partie, « Hollywood » met en scène une femme, Kisa, pleurant son enfant mourant ; trouvant Buddha, celui-ci tente d'apaiser sa détresse en lui disant que si elle trouve une graine de moutarde dans une des maisons des villageois qui n'a pas été endeuillée alors son enfant sera sauvé. Sa quête sera – évidemment - un échec. La conclusion de ce conte s'impose, "everybody is always losing somebody" (tout le monde a perdu un proche un jour). CAVE nous répète alors "it's a long way to find peace of mind, peace of mind" (c'est un long chemin pour trouver l'apaisement, l'apaisement). Il y a des blessures qui ne se referment qu'après une très longue période, on n'en doute pas.

Il est probable que cet album divisera. Il n'est pas parfait, probablement un peu trop long, là où le précédent Skeleton Tree touchait la perfection, aidé par sa concision. Certains titres sont moins réussis mélodiquement. Les gimmicks de CAVE depuis quelques albums peuvent également lasser une partie de son public. Qu'importe, on touche là à suffisamment de moments de grâce pour pardonner ces quelques infimes errements. Le rêve est toujours là ainsi que la magie, peut-être que nous aussi pouvons imaginer le petit Bébé Ours partir vers la Lune à bord d'un bateau.

Note : 4.5/5.

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- Nick Cave (chant, piano, synthés, voix)
- Warren Ellis (synthés, boucles, flûte, violon, piano, voix)
- Thomas Wydler (batterie)
- Martyn Casey (basse)
- Jim Sclavunos (vibraphone, percussions)
- George Vjestica (guitare)


- part 1
1. Spinning Song
2. Bright Horses
3. Waiting For You
4. Night Raid
5. Sun Forest
6. Galleon Ship
7. Ghosteen Speaks
8. Leviathan
- part 2
9. Ghosteen
10. Fireflies
11. Hollywood



             



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