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Ben HARPER - Bloodline Maintenance (2022)
Par GEGERS le 3 Septembre 2022          Consultée 371 fois

Ben HARPER est sans doute un des rares artistes de sa génération à avoir chanté le gospel après avoir chanté le blues. La musique de l’église après celle du diable. Il y a cinquante ans encore, la frontière était quasi-infranchissable entre ces deux mondes, ces deux registres. Ceux qui s’y sont essayé, Aretha FRANKLIN, Ray CHARLES, Marvin GAYE, ont du longuement batailler avec leurs maisons de disques. D’autres encore, comme Sam COOKE, ont dû changer de nom pour chanter de la soul après avoir pratiqué le gospel. En ce sens, Ben HARPER est un défricheur. 30 ans après ses débuts, l’artiste californien a eu l’audace de ne rien s’interdire, refusant à se laisser ranger dans une case réductrice. Le folk, le rock, le reggae, le blues, le funk le gospel et la soul, en groupe ou en solitaire, le Californien de naissance, qui doit beaucoup à la France, premier pays dans lequel il a rencontré un succès auprès du public, a fait de l’éclectisme une constituante essentielle de sa musique. Il y a une grande et inépuisable inventivité dans l’univers de l’artiste, de même qu’un grand respect pour ses pairs et ses influences. Lorsque Ben HARPER sort un album enregistré avec le joueur d’harmonica Charlie MUSSELWHITE, avec l’ensemble de gospel les BLIND BOYS OF ALABAMA, ou avec sa mère, il ne s’agit pas d’une posture, mais d’un amour véritable pour ces racines qui participent aujourd’hui à sa stabilité.

Six ans après le recommandable « Call It What It Is », Ben HARPER nous revient avec un nouvel album enregistré en compagnie de ses camarades de longue date, les Innocent Criminals, amputés de leur généreux bassiste Juan Nelson décédé en 2021. Un effort de groupe, qui ressemble pourtant fortement à une réalisation en solitaire, le rôle des Innocent étant ici plus limité que jamais. « Bloodline Maintenance » est en effet un album qui parque une profonde remise en question de l’identité musicale de Ben HARPER, qui s’aventure ici dans une réalisation essentiellement soul, avec en référence le feeling de Marvin GAYE et la verve de Bob DYLAN. Si la soul constitue une constituante remarquable sur chacun des albums de l’artiste, jamais le style ne s’est fait autant prédominant, pour un résultat surprenant qui demande à être apprivoisé pour dévoiler ses pertinences.
« C’était comme si je prenais un nouvel élan et que je m’aventurais dans des endroits où je n’étais jamais allé auparavant. J’oubliais tout ce que j’avais appris des autres disques, je faisais table rase du passé et je recommençais à zéro. (…) J’avais conscience que les sons que j’entendais dans ma tête étaient si peu orthodoxes que je devais les créer moi-même pour la plupart. »

Le postulat est clair. S’ils ne font pas de figuration, les Innocent sont ici des accompagnateurs. Des accompagnateurs qui brillent même par leur absence sur le premier morceau de l’album, « Below Sea Level », un gospel chanté a cappella, par Ben Harper seul, le chanteur se chargeant ici de construire de brillantes harmonies vocales qui donnent le ton d’un album souvent désabusé. Car le succès n’a pas érodé la capacité d’indignation du bonhomme, qui évoque l’esclavagisme, les inégalités, les aberrations politiques, l’effondrement des écosystèmes, avec une verve intacte et une lucidité qui ne peuvent que générer l’adhésion : « Je n'ai pas d'illusion sur ce que peut faire une personne, une chanson ou une voix face à tout cela. Je suis aussi impuissant que vous mais, pour les causes qui nous tiennent à cœur, comme lutter contre ceux qui veulent réécrire l'histoire, parfois on doit parler, parfois on doit crier, parfois on doit chanter, car le silence n'est pas une option ».

Le silence n’est que peu présent sur cet album court (32 minutes seulement), porté juste après sa délicate entame par le rageur « We Need to Talk About It », qui mêle soul et funk pour un résultat savoureux. Encore une fois, Ben est aux manettes, assumant seul les guitares, la basse, la batterie, le piano et le chant. Il y a une chaleur contrastée qui se dégage de ce titre parmi les plus directs de ce nouvel album. Effort de groupe cette fois, « Where Did we go wrong » porte une même amertume sur des ambiances légèrement plus rock, le texte évoquant la prise du Capitole par une bande de fanatiques abreuvés de suprématie blanche et de la gouaille criminelle d’un ancien président américain.

On comprend assez rapidement l’orientation musicale de cet album, ce qui peut constituer une déception pour ceux qui, comme votre humble porte-plume, préfère la musique de Ben Harper lorsqu’elle se fait plus bariolée et éclatée. Non pas que cet album soit monolithe, mais la soul écrase de son empreinte l’album, laissant un goût mitigé en bouche. « Problem Child », syncopé, porté par d’ostensibles cuivres et des sonorités jazzy, peine ainsi à nous séduire, au même titre que « Smile at the Mention », qui évoque la période « Lifeline » sans l’égaler. « Honey, honey », faussement entraînant, mêle soul et blues de manière un peu paresseuse, si ce n’était pour les sympathiques interventions de la guitare électrique en fin de morceau.

A côté de cela, le blues franc et massif de « It Ain’t no Use » ou les sonorités feutrées de « More Than Love », qui rappelle l’époque bénie « Diamonds on the Inside », prennent des airs de flamboyantes réussites. Le morceau final, « Maybe I Can’t », interprété par Ben et son inamovible Weissenborn, vien nous hanter avec ses ambiances sombres et désabusées, à la fois tendres et distantes. La prestation vocale de Ben Harper est ici d’une beauté désarmante.

Et puis, il y a ce père, pourtant absent, qui figure sur la pochette de cet album. Leonard Harper, nonchalant, et le jeune Ben, en culotte courte, le regard grave. Décédé en 1988, détruit par l’alcool, le père de Ben HARPER, lui-même musicien talentueux, a donné en héritage à son fils le goût de l’expérimentation, d’aller au bout des choses (« Je ne suis qu’une petite partie de ce qu’il aurait dû devenir », clame ce dernier). Cette pochette dit finalement tout à propos d’un album qui cherche, essaye, s’affirme, se perd aussi parfois, et démontre l’évolution naturelle des aspirations individuelles d’un artiste qui, s’il peine à nous séduire cette fois-ci par cet album trop infusé de soul, reste un des plus grands de notre génération.

2,5/5

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1. Below Sea Level
2. We Need To Talk About It
3. Where Did We Go Wrong
4. Problem Child
5. Need To Know Basis
6. It Aint No Use
7. More Than Love
8. Smile At The Mention
9. Honey, Honey
10. Knew The Day Was Comin'
11. Maybe I Can't



             



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