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POST-PUNK/INDUS  |  STUDIO

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- Membre : Jaz Coleman
- Style + Membre : Ministry, Prong
 

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KILLING JOKE - Extremities, Dirt And Various Repressed Emotions (1990)
Par STREETCLEANER le 8 Janvier 2010          Consultée 4194 fois

En 1988 sortait le médiocre Outside The Gate, un album estampillé KILLING JOKE mais qui en fait n'en était pas un. Un projet qui avait d'ailleurs vu Paul Raven s'énerver et reprocher à Jaz de tomber dans la facilité pop et d'oublier le rock'n'roll. Et suite à Outside The Gate la déception des fans de la première heure était perceptible : où étaient passés la rage de KILLING JOKE, son côté contestataire, ses idéaux ? Jaz, ce frontman aux idées parfois radicales, se serait-il laissé emporter par les « market forces », ces forces du marché qu'il dénonce à longueur de temps (bien que paradoxalement il semble qu'il soit partisan de l'économie de marché, Jaz est finalement un type complexe) ? Que nenni ! Jaz va avoir un sursaut d'orgueil, un sursaut salvateur, comme quoi il faut vraiment avoir touché le fond pour renaître de ses cendres. Et il ne faut pas se fier à l’enrobage moitié métal de l'album Pandemonium qui sortira quatre années plus tard. L'album le plus violent de KILLING JOKE entre les deux c'est bien Extremities, Dirt And Various Repressed Emotions ! Et là je ne parle pas forcément de gros son. Car Extremities, Dirt And Various Repressed Emotions c’est la rage à l’état brut, la rage dans sa forme volontairement la plus primitive et organique, presque sans artifices, la plus humaine finalement. Et en cela c’est la plus terrifiante.

Ce retour aux origines post-punk du combo, à sa raison d’être originelle, va évidemment donner l'occasion à Jaz et à sa bande, avec un Raven réintégré et l'arrivée du batteur Martin Atkins, de distribuer quelques uppercuts bien placés à notre société politique, marchande et financière, à ses leaders, et par la même occasion à ceux qui avaient déjà enterré le combo anglais. Car KILLING JOKE n'est jamais aussi bon que dans la revendication, dans la contestation, dans la dénonciation. KILLING JOKE s'était assagi lors de sa période plus new-wave et là, dans une formation remontée à bloc il est plus vivant que jamais (Raven n’est pas un tendre et Atkins a fait un passage au sein de PUBLIC IMAGE LTD fondé par vous savez qui, et fut également un musicien occasionnel jouant sur scène pour MINISTRY, une bande d'enragés).

KILLING JOKE va faire une volte-face presque radicale par rapport à ses trois derniers albums. Ceux qui ont connu et apprécié le combo avec Night Time vont être sidérés et laminés sur place. Ils vont se prendre deux baffes dans la gueule et la plupart resteront assommés par terre ! Leurs yeux vont rester hallucinés comme ceux de Bela Lugosi sur la pochette de l’album. Car jamais KILLING JOKE n’a été aussi agressif. Sont remisés au placard la new-wave froide et trop commerciale, la production trop lisse et aseptisée, les guitares timides et sans mordant, les claviers qui avaient pris trop d’assurance, le chant passe-partout de Jaz qui ne dérange plus personne… et célébrons le retour du chant rageur et des hurlements hargneux, de la guitare tranchante et crasseuse tout droit sortie d’une obscure fonderie, des ambiances noires, sales et bordéliques, de la production très teintée « garage » (« Age Of Greed » a un rendu live, aussi bien dans sa sonorité que dans son agressivité ou dans son chaos, c’en est impressionnant), de la batterie qui sait cogner sans retenue (quels martèlements au milieu de « The Beautiful Dead », sur « Struggle » ou « Age Of Greed » !). D’ailleurs, ce qui démontre bien l’esprit de ce skeud, c’est qu’il est le seul de toute la discographie du groupe à ne pas avoir été remasterisé.

D'emblée le message est clair : « Money Is Not Our God », l'argent n'est pas notre dieu. On n'y va pas par quatre chemins, mais droit au but. Au passage, on distribue des bourres-pifs de tous les côtés. Jaz, pour exorciser ce titre qui contient le mot « money », pour se purifier la bouche par laquelle va sortir le mot honni, se racle la gorge et crache d'entrée de jeu (« Exorcism » sur l'album suivant ne sera rien d’autre que son digne successeur dans l’esprit et dans la rage), puis il affirme bien son refrain, qu'il nous invitera à reprendre : « repeat after me : money is not our god ! ». Plein de rage, Jaz n'entend pas en rester là et « Age Of Greed », dans une veine très « Pssyche » et qui commence par une réclame, place la barre encore plus haut : il s'agit-là d'un titre punk, violent, qui nous entraîne irrésistiblement avec lui dans sa rage, un titre dénonciateur de notre monde vendu aux businessmen, un morceau dans lequel Jaz nous hurle qu'il ressent de la haine et nous exhorte à ne pas avoir peur de montrer la nôtre ! Tiens, tiens... N'est-ce pas plus tard sur le titre « Exorcism » qu'une telle invitation sera renouvelée (« Let it rise ! » nous ordonnera Coleman) ?

Bien entendu, Jaz est toujours aussi barré qu’avant et il souffle sur ce disque encore un vent occulte et malsain, tel « The Beautiful Dead » qui débute à la manière d’une cérémonie incantatoire, ou ces bruits métalliques qu’on peut entendre sur « North Of The Border » telles des lames acérées attendant leur victime. Ce « North Of The Border » est d’ailleurs un titre qui possède un rendu bien indus (on sent aussi le noise rock un peu partout dans l'album), et s’il était apparu sur un album de GODFLESH on n’aurait rien trouvé à y redire.

Toutefois, Jaz a du mal à se départir totalement de sa période plus inspirée new-wave, et KILLING JOKE nous offrira quelques moments plus calmes nous renvoyant plutôt aux ambiances de ses productions précédentes, comme le long pont sur « Extremities », ou le morceau « Inside The Termite Mound » dans lequel Jaz compare les cités humaines à de vastes termitières au sein desquelles nous ne serions que des acteurs anonymes et programmés. Toutefois, même ces temps plus reposés contiennent la noirceur et la crasse de cet album... tout comme le superbe et plus tribal « Solitude », ou le génial « Slipstream », un des meilleurs morceaux de l'album, qui mélange réminiscences de la période new-wave et rythmique tribale.

Extremities, Dirt And Various Repressed Emotions est donc un album féroce qui exprime une rage d'une manière authentique et sans artifices. Une œuvre tout simplement géniale, aux compositions complexes, noires, acérées, vivantes, chaotiques et organiques. On ne peut que s’agenouiller devant un tel pamphlet, devant le retour de ce KILLING JOKE que l’on aime profondément et qui allume de nouveau le bûcher (oui je fais référence au clip de « Money Is Not Our God »). En ce sens certains le préfèreront au Pandemonium qui suivra, pourtant tout aussi excellent, mais peut-être surchargé au goût de quelques fans, et qui noie sa rage dans un style moins personnel, plus générique dira-t-on. Extremities... a pour lui, il est vrai, d’être plus naturel et brute de décoffrage, moins synthétique, même s'il semble un peu exagéré et caricatural dans son message. Deux approches différentes pour exprimer une contestation qui, quant à elle, reste toujours sincère sur le fond.

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- Jaz Coleman (chant, claviers)
- Kevin 'geordie' Walker (guitares)
- Paul Raven (basse)
- Martin Atkins (batterie)


1. Money Is Not Our God
2. Age Of Greed
3. The Beautiful Dead
4. Extremities
5. Intravenous
6. Inside The Termite Mound
7. Solitude
8. North Of The Border
9. Slipstream
10. Kaliyuga
11. Struggle



             



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