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I MUVRINI - Umani (2002)
Par MARCO STIVELL le 23 Mars 2011          Consultée 2822 fois

Avec la sortie de Umani sans cesse repoussée, il était à craindre que, malgré la publication d'un best-of (A Strada, 2000), la régularité chez I MUVRINI en termes de production originale ait touché à sa fin, Leia datant tout de même de 1998 ! Heureusement le voici, il est enfin là ce nouveau bébé. Umani sonne cependant la fin de l'ancienne époque pour le groupe, le chemin entre Jean-François Bernardini et Jean-Bernard Rongiconi, soit les principaux acteurs de la réalisation des albums précédents (depuis 1988), se séparant. Définitivement ou pas, difficile de savoir, toujours est-il que la rupture est là, avec cet album. Régis Gizavo n'est plus qu'un musicien de studio, et le départ de Jean-Bernard après la tournée qui suivra entraînera le remerciement des autres anciens, à savoir Alain Bonnin, Gilles Chabenat ainsi que (temporairement) Loïc Taillebrest. Autant dire que Umani éveille les a priori aisément capables de le qualifier d'album funeste, et pourtant à son écoute, on dirait que le groupe n'a jamais été aussi heureux d'écrire, de produire... Un comble.

Mon rapport avec cet opus est des plus bizarres, en tout cas LE plus bizarre par rapport à toutes les autres grandes productions du groupe. C'est, parmi elles, la dernière que j'ai écoutée. Je ne connaissais que Leia au moment où le clip de "A Jalãlãbãd" passait sur TF1 (eh oui, ils passaient de bonnes choses), et j'ai été profondément déçu. Ce virage world, cette mélodie arabisante... Vraiment pas mon truc, mais je ne l'avais vu qu'une ou deux fois. La première fois que j'ai écouté Umani, longtemps après, j'ai bien cru à un naufrage total, ça commençait mal si l'on peut dire. Le fait est que je n'y avais pas porté beaucoup d'attention. Au moins "A Jalãlãbãd" m'avait semblée meilleure qu'autrefois. Il aura fallu attendre la deuxième fois, on va dire quelques semaines après, et là... Là ça a vraiment été le grand choc !

Umani s'ouvre avec une nappe envoûtante, sur laquelle Jean-François récite un texte en corse, dans lequel on sent une fois de plus son attachement viscéral envers l'Île de Beauté. Il chante peu après, rejoint par des choeurs chaleureux. Chaleureux, c'est bien le mot. "Aspettami" marque l'entrée vers le nouveau millénaire avec un son de rigueur, une petite programmation boîte à rythmes bien employée. Mais il y a surtout cette mélodie belle, pleine d'optimisme, et qui porte en elle tout l'amour du groupe, tout ce qu'il peut donner au monde, on y reviendra. Quoi de plus émouvant que ces choeurs renforcés sur le refrain, puis ces passages à la vielle à roue, aux notes si purement distillées par Gilles Chabenat ? Le fameux tube "A Jalãlãbãd" arrive ensuite, consacré à un sujet plus grave, mais les sons très world-music (Peter Gabriel ne devrait pas renier cet album s'il l'écoutait) empêchent ce morceau de dénoter à côté du reste, d'ailleurs ce n'est pas le seul morceau "sombre". D'autre part, la présence de MC Solaar et des chanteuses Manila et Zarina Fazel reste très sympathique. "A Jalãlãbad" ou l'invention du rap corse, et I MUVRINI n'a pas à en rougir. Nouvelle programmation, et voilà que s'ouvre "Di Quale Si l'Amore", avec une nouvelle nappe d'orfèvre et la belle vielle à roue. Malgré les très nombreuses écoutes, cette intro me donne toujours des frissons, et le restant de la chanson est dans la parfaite continuité, entre mélodie chaleureuse et déclaration d'amour toujours, en comptant toutefois une petite nouveauté avec les choeurs africains (parmi lesquels le nouveau bassiste du groupe, César Anot). Magnifique chanson. Idem pour la suivante, "Erein Eta Joan (Je Sème et je m'en Vais)", qui est aussi proposée comme bonus du disque en duo avec un artiste différent selon la version du disque que l'on a (moi j'ai Luz Casal), porté par une rythmique sautillante et qui s'accorde parfaitement avec le débordement de joie que dégage la chanson. Les choeurs sont très marqués, notamment ceux de Josephina Fernandez et il se dégage un parfum très agréable de cet autre morceau tubesque. Arrive ensuite "E u Tempu Va", plus sombre et solennel, sur lequel on peut entendre un peu l'accordéon de Régis Gizavo, très (trop) rare sur l'album. Encore une pépite où le duo Jean-François/Alain est essentiel. J'ai mis du temps à l'accepter mais elle vaut comme toutes les chansons du disque son pesant d'or. "Diteli", suite logique de "Erein Eta Joan" avec la même rythmique, nous fait elle aussi entendre un peu de cornemuse, avec en prime de superbes choeurs réalisés par Alain et Stéphane Mangiantini. Joyeuse, vraiment belle, "Diteli" est encore un des highlights de Umani. Puis le groupe fait une sympathique escale en Espagne en nous livrant "Vogliu", directement inspirée du flamenco, et titre du disque où l'on entend le mieux la voix de Josephina Fernandez.

On fait une petite pause, toute en douceur avec "Baià". Cette chanson est complètement inattendue au milieu d'un album de pop-variété corse. Longue de sept minutes, dominée par le piano, les nappes et la flûte irlandaise, "Baià" prend le temps de développer une chanson magnifique et rêveuse tout en incluant un pont encore moins espéré tirant sur la musique classique. Wally Badarou a vraiment réalisé un travail somptueux... Ce titre pourrait être considéré comme le meilleur du disque (en tout cas le plus original). Juste après il y a encore une pépite, "Da le Vostre Mane", qui rejoint l'ambiance chaleureuse des "Aspettami", "Di Quale Si l'Amore", "Erein Eta Joan" et "Diteli", mais en plus acoustique, idéalement placée après "Baià", ce qui permet de ne pas repartir de suite sur un morceau trop rythmé. C'est le cas cependant avec "Rifà lu Mondu". Si "A Jalãlãbãd" est la naissance du rap corse, ce nouveau morceau est celle de la techno corse ! Sans un beat aussi lourd cependant, la rythmique a bien cet esprit-là, et l'on ne peut s'empêcher de sourire. C'est loin d'être ridicule, l'effort est tout à fait louable, on y sent une certaine urgence musicale, bien que ce ne soit pas l'un des meilleurs morceaux du disque. "I Belli Ghjorni" nous offre un I MUVRINI plus créatif, avec ce roulement de flûte en intro (Chris Hayward, qui a aussi joué avec mon idole Alan Stivell), et une ambiance assez spéciale, loin d'être sans relief. Les refrains sont particulièrement appréciables, ainsi que les mini-parties instrumentales qui suivent, où la flûte irlandaise suit de très près la vielle à roue. "Un Sognu Pè Campà (Un Rêve Pour Vivre)", duo avec Stéphane Eicher, est un très joli piano-voix, avec là encore un fort message d'amour. Le dernier de ce disque est sur "Umani", qui est d'autant plus émouvant qu'il sonne comme un adieu pour les anciens musiciens et la fin de toute une période : rien de plus déchirant et touchant que ce refrain, "Sò umani, solo umani" par Jean-François, les "Dinù eo" par Alain, et les interventions de la cornemuse sur le final... C'est sublime.

Mais Umani, qui a su se faire attendre, est un album qui a également su tenir ses promesses, aussi bien en tant qu'ouverture que fermeture. Je le considère plus comme fermeture, car c'est pour moi la fin du I MUVRINI de tous les très grands disques. J'ai souvent répété le mot chaleureux au sujet d'Umani dans ma description des chansons, et encore, le dire autant de fois n'est rien. Ce disque est vraiment l'un des albums les plus chaleureux, les plus conviviaux que je connaisse, les I MUVRINI y chantent leur amour pour la Corse, le monde, la musique, bref que de choses positives malgré un ou deux titres plus sombres, mais qui ne dénotent pas.

Je voue une passion aux disques précédents, vous le savez bien. Noi était doté d'une atmopshère et d'une homogénéité sans faille. Curagiu était remarquable par son éclectisme et nous a donné le joyau "Rispondimi Iè". Leia est le premier album du groupe que j'ai connu et rien que pour cela, en plus d'être excellent, il restera un must pour moi. Mais Umani... Umani c'est à la fois un très grand disque comme les trois susdits et à la fois une ambiance inédite, si attractive qu'on ne peut que fondre pour lui. Le meilleur ? Peut-être, c'est à chacun de le décider. Merci Jean-François et Alain, mais aussi Jean-Bernard et tous les autres...

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   MARCO STIVELL

 
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- Jean-françois Bernardini (chant)
- Alain Bernardini (chant)
- Joséphina Fernandez (chant)
- Stéphane Mangiantini (chant)
- Martin Vadella (chant)
- Jean-bernard Rongiconi (guitares)
- Gregorio Sanchez (guitares)
- Cyril Tarquiny (guitares)
- Manu Katché (batterie)
- Roger Biwandu (batterie)
- Pino Palladino (basse)
- César Anot (basse, choeurs)
- Laurent Paris (percussions)
- Vladimir Messaoud (percussions)
- Alain Bonnin (piano, claviers, choeurs)
- Régis Gizavo (accordéon)
- Gilles Chabenat (vielle à roue)
- Loïc Taillebrest (cornemuses, flûtes)
- Chris Hayward (flûte traversière)
- Jean Peylet (clarinette)
- Luciano Luisi (claviers)
- Wally Badarou (claviers, choeurs)
- Soriba Kouyaté (kora)
- Stéphane Eicher (chant)
- Mc Solaar (voix)
- Les Choeurs D'oldarra (choeurs)
- Les Choeurs De Corse Joie (choeurs)
- Zarina Fazl (chant)
- Manila Fazel (chant)
- Bruno Ciocciola (chant)


1. Aspettami
2. A Jalãlãbãd
3. Di Quale Si L'amore
4. Erein Eta Joan (je Sème Et Je M'en Vais)
5. E U Tempu Va
6. Diteli
7. Vogliu
8. Baià
9. Da Le Vostre Mane
10. Rifà Lu Mondu
11. I Belli Ghjorni
12. Un Sognu Pè Campà (un Rêve Pour Vivre)
13. Umani



             



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