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- Membre : The Who

Roger DALTREY - Rocks In The Head (1992)
Par MARCO STIVELL le 22 Novembre 2023          Consultée 511 fois

À la pochette, on dirait vraiment un best-of, et pourtant non ! C'est celle du nouvel album solo de Roger DALTREY, Rocks in the Head, paru en 1992, et son dernier avant très longtemps. Aucune tricherie non plus sur la photo de Graham Hughes, artiste irlandais qui s'est ensuite spécialisé dans le journalisme sportif et installé au Canada : elle a bien été prise pour les besoins de l'album, non pas extirpée d'un vieil album photo de DALTREY. Celui-ci, approchant de la cinquantaine, apparaît tout simplement aussi jeune qu'il ne l'était vingt ans plus tôt. Comme son comparse Pete Townshend qui, au début des années 80, avait retrouvé temporairement son look sixties (glabre et cheveux sur l'oreille), en 92, DALTREY retente sa tignasse blonde bouclée jusque sur les épaules qui faisait de lui un Apollon chanteur (voire un messie rock, comme pour le film Tommy) au moment de leurs plus grands succès. Le temps a passé, quelques rides se sont simplement ajoutées, mais pas dans la voix, pas trop. Et après une carrière parallèle en dents de scie, ce disque, au final, pourrait bien être en quelque sorte le 'best' of Roger DALTREY !

Enregistré au Hit Factory de New York, Rocks in the Head sonne effectivement très américain, avec beaucoup de réverbération, un esprit rock aérien de grands espaces très en vogue au début des années 90, lourd et parfois diésel mais heureusement pas trop métallisé. Les guitares acoustiques et électriques arpégées, saupoudrées de nappes de synthétiseurs plus discrètes et élégantes que dans les années 80, sont la marque de fabrique de cet album bleu. Les choeurs aussi, massifs, et Roger DALTREY, bien que toujours accordé à la beauté doucereuse de certaines mélodies, n'a rien perdu en énergie voire en hargne. Sa voix est toujours aussi forte, flamboyante, nous envoie toujours de délicieuses claques au moment où l'on s'y attend le moins, comme au début du tribal "Perfect World" quand il balance la sauce sans crier gare. Il y a néanmoins plus étonnant, comme ce "Time Changed" où la rage à peine contenue tire vers le rap, ce qui n'a rien de dénaturé venant d'un natif de la classe ouvrière anglaise, un chanteur confirmé qui peut très bien faire les choses à sa manière, même si l'expérience n'est pas réitérée.

En outre, au-delà du titre très bon, à sa rythmique trucker batterie-cowbell (très présente ailleurs sur le disque) et à son affrontement de guitares en règle, il y a le final presque improvisé où les derniers mots de DALTREY sont ensevelis par les vagues et cris de mouettes (ah, dire qu'il a presque vingt ans, Quadrophenia !), qui donne à l'ensemble quelque chose de 'live'. Et les moments similaires, eux aussi, sont légion. D'aucuns ont pu juger cela maladroit, inadapté, et certaines chansons peuvent susciter un manque de compréhension face à leur construction, leur progression. "Who's Gonna Walk on Water", qui installe pourtant bel et bien le son de l'album et une solidité rock comparable à celle des WHO, est une fausse introduction, peut-être à cause de son final gospel inattendu. Tout cela n'en est pas moins fort bon, tout comme l'afro-funky "Perfect World", typique de l'emploi du Synclavier au cours de l'album. La "Blues Man's Road" pourrait passer pour le maillon faible à la rigueur, à l'inverse de "Days of Light" réjouissant, au feeling country feu de camp. Quant à "Love Is", toute à son effet trucker et grands espaces, elle offre l'un des plus beaux exemples de DALTREY alternant hargne et sensualité.

Rocks in the Head doit beaucoup au musicien-producteur anglais Gerard McMahon (Jackson BROWNE, KISS etc) dont l'écriture des chansons domine largement, parfois complétée par le chanteur et d'autres, et qui a pris le parti de réunir des musiciens hétéroclites, comme le batteur Thommy Price (Billy IDOL, Joan JETT), le bassiste de jazz Mark Egan (PAT METHENY GROUP), le claviériste Rombert Lamm (CHICAGO), la percussionniste tout-terrain Jody Linscott ou encore la violoncelliste Emily Burridge, spécialisée en world music. Peut-être est-ce là aussi d'où vient l'élégance forte des titres récents, comme le dynamique, chaloupé et solaire "Before My Time is Up", la désabusée "You Can't Call It Love" pétrie d'éléments similaires ou encore la ballade "Mirror Mirror", avec ses superbes nappes et ses trémolos de guitare, sans compter la prestation de l'ange blond, grave cette fois.

À propos d'entité céleste, parmi ce que l'album propose de plus beau, il y a "Everything a Heart Could Ever Want", d'une beauté suave immense, que Roger DALTREY, déjà père de cinq enfants reconnus directement (trois filles 'supplémentaires' déjà adultes le seront par la suite), dédié à Willow, sa petite quatrième, en faisant intervenir Jamie, cinquième enfant, dans les choeurs ! À cette touchante intimité, il faut adjoindre le sommet qu'est "Unforgettable Opera" avec son arpège celtique, sa batterie massive, ses brillantes guitares rythmiques, ses synthés de rêve, sa foule de concert qui débarque au milieu et ses choeurs superbes qui s'élèvent. Un titre puissant et, sans excès, tout à fait digne de conclure le meilleur album solo (note maximale, même si non partagée) du plus grand des chanteurs rock anglais.

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   MARCO STIVELL

 
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- Roger Daltrey (chant, harmonica, guitare)
- Gerard Mcmahon (guitares, claviers, choeurs)
- Ricky Bird (guitares lead, choeurs)
- David Katz (claviers, basse, violon)
- Shaun Solomon (basse)
- Thommy Price (batterie)
- Jody Linscott (percussions)
- John Van Eps (programmation synclavier)
- Marc Egan (basse)
- Pim Jones (guitares)
- David Ruffy (batterie)
- Vinnie Zummo (guitare flamenco)
- Jay Leonhart (contrebasse)
- Robert Lamm (piano)
- Emily Burridge (violoncelle)
- Jamie Daltrey (choeurs)


1. Who's Gonna Walk On Water
2. Before My Time Is Up
3. Times Changed
4. You Can't Call It Love
5. Mirror Mirror
6. Perfect World
7. Love Is
8. Blues Man's Road
9. Everything A Heart Could Ever Want (willow)
10. Days Of Light
11. Unforgettable Opera



             



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