Recherche avancée       Liste groupes



      
CELTIQUE-ORIENTAL  |  STUDIO

Commentaires (1)
L' auteur
Acheter Cet Album
 


 

 Quinlan Road (site Officiel) (611)

Loreena MCKENNITT - The Visit (1991)
Par MARCO STIVELL le 2 Avril 2012          Consultée 1398 fois

"Longtemps, j'ai pensé que l'inspiration artistique était en fait une manifestation - un état de grâce, pour ainsi dire, qu'on ne pouvait inviter ou posséder, mais auquel on devait se soumettre et se préparer. Un état empreint de mystère, s'il en est un. Cet enregistrement propose d'éffleurer ce mystère."

Le quatrième album de Loreena McKENNITT est son premier à faire réellement parler de lui à échelle mondiale. Et pour cause, il est important à plus d'un titre. D'abord, à part peut-être pour "Bonny Portmore" qui est une adaptation d'un traditionnel irlandais, c'est le premier où la fée rouquine s'est exclusivement chargée de l'écriture de la musique, à défaut d'écrire tous les textes également. Secundo, et c'est le point le plus facilement remarquable, sur The Visit, Loreena réalise une jonction encore peu testée jusqu'alors (sauf par Peter Gabriel et d'autres, dans un ton différent) entre Ouest et Est, garnissant ses mélodies gris-vertes (les couleurs de l'Irlande, pas sur le drapeau) de quelques balalaïkas (joués par le guitariste Brian Hughes) ou si on pousse plus beaucoup loin, des sitars et tambouras fort bienvenus, donnant une certaine chaleur à cette musique nordique venteuse.

"All Souls Night" est un peu la carte de visite de Loreena. Démarrant sur un ronflement de tamboura ambiant et sec (alors que "Cymbeline" se concluera sur une mélodie de sitar), cette chanson puissante et régénératrice (ce refrain !) est inspirée des "cérémonies" envers les âmes disparues par les vivants, en Irlande comme au Japon. Franchement, et bien que "Samain Night" sur Parallel Dreams était déjà auréolé d'une certaine grâce, Loreena démarre son quatrième album de façon assez spectaculaire, par une ambiance très prenante. "Bonny Portmore" est une chanson traditionnelle hommage au Grand Chêne du château de Portmore en Irlande, et soulève de manière musicale le souci de la reforestation des forêts ancestrales. Plus classique dans sa forme pour du Loreena McKENNITT, l'atmosphère est similaire à celle de Parallel Dreams. "Between the Shadows" est une composition instrumentale de Loreena, une tentative cette fois de rapprocher celtitude et Moyen-Orient, le sous-titre du morceau étant "Persian Shadows".

Puis vient le gros morceau du disque, étalé sur onze bonnes minutes. "The Lady of Shalott" est une adaptation musicale du poème romantique de Alfred Lord Tennyson, contant l'histoire d'une femme obligée de vivre recluse dans une tour, de ne voir l'extérieur qu'à travers un miroir (pas directement donc) et de tisser tout ce qu'elle voit, jusqu'au jour où le reflet de Sir Lancelot s'affiche, et qu'en le regardant directement, elle déclenche une malédiction sous forme de tempête automnale. Elle choisit alors de quitter sa tour et de voguer sur un bateau vers Caamelott pour retrouver Lancelot, mais se dirige en fait vers une mort certaine. Les dames et les chevaliers (dont Lancelot) de Caamelott retrouveront son corps gelé, alors que sur le bateau, il était écrit "La Dame de Shalott" et que se trouvait la tapisserie de l'ancienne captive. Loreena a orné ce texte d'une musique aussi simple que sa personne, se baladant sur quelques accords rêveurs, majeurs, mineurs ou suspendus, des nappes fines et balalaïka caressante. C'est vraiment beau, le seul souci est que c'est répétitif et que même étant habitué aux musiques à "flottements" pour parler vulgairement, je pense que le morceau aurait encore gagné à être enrichi de plus de diversité dans ses parties instrumentales, à l'image de ses lumineuses introduction et conclusion, bien que les ponts soient déjà splendides.

Loreena se demandait souvent comment sonnerait "Greensleeves", la célèbre chanson traditionnelle anglaise (dont une légende populaire dit qu'elle aurait été écrite par le Roi Henry VIII en l'honneur d'Anne Boleyn aux "manches vertes", ce qui n'a jamais réellement prouvé), si elle était chantée par Tom Waits. A l'image de l'homme au chapeau, l'artiste a concocté sa propre version solo dans une interprétation grave, dans ses nappes aussi fines que dramatiques autant que dans la voix, sans doute sa prestation la plus "basse" et l'une de ses plus belles, tout comme cette reprise. "Tango to Evora" est ensuite un premier clin d'oeil à la Méditérranée (la péninsule ibérique plus précisément), avant les expérimentations futures. Loreena ne chante que des "lou lou lou" mais dans un registre très seyant à son expressivité. "Courtyard Lullaby" est une composition en retenue, reprenant quelques éléments d'arrangements étranges que l'on avait eus sur "Greensleeves" (le violoncelle). La force de "The Old Ways" en fait un autre indispensable de cette seconde partie, introduite par une jig irlandaise sophistiquée puis prolongée par une ballade qui se densifie, reprenant même à son point culminant la fameuse jig. Et cette guitare électrique plaintive... Magnifique. Et "Cymbeline", inspirée par un extrait de la pièce de William Shakespeare, se conclue en sérénité contemplative, toujours dans un propos adapté à la sensibilité de Loreena.

Le succès de The Visit sera auréolé de réemplois de chansons comme "Bonny Portmore" pour un volet de Highlander ("Le Sorcier"), ou de "Tango to Evora" par pas moins de trois interprètes, la chanteuse grecque Haris Alexiou ("Nefeli's Tango"), la chanteuse turque Nilüfer ("Cok Uzaklarda") et le chanteur iranien Kourosh Yaghmaei ("Gol-e-Orkideh"). C'est un album plus dense que le précédent, et un disque de transition par rapport à la suite de l'oeuvre.

A lire aussi en MUSIQUES FOLKLORIQUES par MARCO STIVELL :


Denez PRIGENT
Live Holl A-gevret (2002)
Live au festival interceltique de Lorient 2001.




Carlos NUñEZ
Mayo Longo (2000)
Pop-folk galicienne.


Marquez et partagez





 
   MARCO STIVELL

 
  N/A



- Loreena Mckennitt (chant, claviers, harpe celtique, accordéon)
- Brian Hughes (guitares, balalaïka)
- Al Cross (batterie)
- Hugh Marsh (fiddle)
- George Koller (basse, violoncelle, fiddle, tamboura, sitar)
- Anne Bourne (violoncelle)
- Tom Hazlett (basse)
- Rick Lazar (percussions)
- Patrick Hutchinson (cornemuse irlandaise)


1. All Souls Night
2. Bonny Portmore
3. Between The Shadows
4. The Lady Of Shalott
5. Greensleeves
6. Tango To Evora
7. Courtyard Lullaby
8. The Old Ways
9. Cymbeline



             



1999 - 2017 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod