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VIOLENT FEMMES - Hallowed Ground (1984)
Par JOVIAL le 13 Octobre 2013          Consultée 1093 fois

Hallowed Ground est un album qui a bien failli ne jamais voir la lumière du jour. Brian Ritchie et Victor DeLorenzo refusent en effet d’emblée d’en enregistrer le moindre morceau, jugeant les textes proposés par Gordon Gano beaucoup trop religieux. Car ce qui pourrait passer pour de l’ironie au premier abord, sous les contours trompeurs de la voix nasillarde de notre chanteur, ne l’est en réalité pas du tout : Gano, baptiste des plus dévots, ne parle ainsi que de lui, de sa religion, de toute sa relation en propre avec le Christ, qu’il adore et déteste à la fois. Un compromis avec les musiciens est finalement trouvé, Gordon Gano consent à lâcher du lest, mais force est de constater que, malgré tout, Hallowed Ground reste une œuvre où la plume dérive toujours à un moment ou un autre vers les bondieuseries psychosées de son maître. Est-ce mal ? Doit-on craindre un groupe assagi ? Aucunement, car en parallèle Hallowed Ground se veut être un panorama de l’Amérique profonde, l’Amérique des armes à feu, des rednecks à la James Dickey, des pasteurs intégristes, des ghettos noirs de Louisiane et des Amérindiens alcooliques, portrait violent mais nullement parodique d’une société que les VIOLENT FEMMES vomissent et honorent à la fois. Tout naturellement, Hallowed Ground n’est ainsi non plus seulement folk ou punk, mais se nourrit de blues, de jazz, de gospel, de country, toutes ces musiques d’un formidable patrimoine musical américain que nos musiciens reprennent avec aisance, pour accoucher d’un album monumental, sans doute pas aussi génial que le premier car moins percutant, mais définitivement bien plus riche et créatif.

Notre périple débute dans l’Ouest américain encore sauvage, au sein d’une ferme isolée. « Country Death Song » lance l’album sur un rythme entraînant mais subtilement dosé, immédiatement rehaussé par un duo basse/banjo simple mais bougrement efficace, laissant Gordon Gano nous raconter la triste histoire d’un pauvre hère dans le Sud ravagé par la guerre de Sécession, trop pauvre pour parvenir à nourrir sa famille, « n‘ayant rien d‘autre à faire que s‘asseoir et penser ». Et puis boum, stupeur dès la troisième minute. Notre homme vient de jeter sa fille dans un puits, Hallowed Ground nous explose d’entrée à la gueule. Banjo, basse et percussions se déchaînent en un fracas inattendu, une violence salvatrice et jouissive dont nos bien-nommés VIOLENT FEMMES vont régulièrement user sur le reste de l’album. Dès la seconde piste d’ailleurs, l’incisive « I Hear The Rain », courte mais hargneuse à souhait, en remet déjà une couche. Plus loin, c’est l’immense « Black Girls » qui maintient ce même cap, dans un festival de saxophones déchirants (parmi lesquels celui de John Zorn), de guimbardes et de percussions diverses, soutenu par une rythmique sauvage et entraînante, composition à demi-improvisée puisque Gano n’avait demandé qu’une chose à ses musiciens lors de l’enregistrement : « lâchez-vous ! ».

Encore une fois, il me serait bien impossible de parler des VIOLENT FEMMES sans saluer ici la performance de ce diable de Brian Ritchie, bassiste d’une rare inventivité, toujours mordant mais jamais brutal, sachant s’effacer lorsque la composition l’impose et sans aucun doute clé de voûte d’un bon nombre de pistes d’Hallowed Ground. Sur l’excellentissime « Never Tell », le natif de Milwaukee nous balance d’un mur à l’autre de la pièce, le morceau tout entier ne semble n’être qu’un long solo de basse, ce qu’il serait d’ailleurs sans la présence d’un Gordon Gano enragé, qui hurle et gueule comme jamais, et d’une composition brillante, alternant fausses pauses, montées en puissance et détonations d’énergie durant ses sept minutes de pur génie. Résolument, un cap a été franchi avec Hallowed Ground et si celui-ci, comme je le disais plus haut, se révèle moins frontal que son prédécesseur, il est au contraire plus réfléchi, plus varié et ne mise pas l’efficacité de sa musique sur l’immédiateté de la composition, il sait faire attendre l’auditeur pour mieux le prendre au moment propice, comme justement sur « Never Tell » ou « Country Death Song ». Certaines chansons servent d’ailleurs de soupape de sécurité, relâchant la pression avant ou après l’orage, à l’instar de l’enjouée et agréable « Jesus Walking on the Water », très proche à ce propos du morceau d’ouverture, de l‘outro « It’s Gonna Rain », gospel des plus grisants, ou enfin de l‘étonnante « Sweet Misery Blues », petit blues bien piquant et bonne pause entre l’impressionnant « Hallowed Ground » et l’essoufflant « Black Girls ».

Une seul morceau ne trouve finalement pas trop sa place sur ce second disque des VIOLENT FEMMES, à savoir la ballade « I Know It’s True But I’m Sorry to Say », certes émouvante, sorte de « A Wither Sade of Pale » sans Gary Brooker mais avec Gordon Gano, mais qui peine à convaincre sur Hallowed Ground. Malgré ce défaut qui n’en ai pas vraiment un et qui reste évidemment pardonnable, la qualité est donc de nouveau au rendez-vous après un premier album flamboyant. Nos Américains confirment bien que 1983 n’était aucunement un coup de chance mais aussi qu’ils ont été capable de faire évoluer leur musique en s’ouvrant à de nouveaux styles (blues, country, gospel …) et de nouveaux instruments (cuivres, guimbarde, banjo, orgues …). S’il reste certes moins parfait que Violent Femmes, Hallowed Ground comporte en contrepartie, et c’est mon humble avis, les deux meilleurs compos de notre trio du Wisconsin, à savoir « Never Tell » et « Black Girls », absolument éternelles, dont je vous recommande l’écoute dès la fin de cette chronique. Tout comme, allons, le reste du disque de toute façon …

4,5/5

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- Gordon Gano (chant/guitare/violonà)
- Brian Ritchie (basse/...)
- Victor Delorenzo (batterie)
- Guests :
- Mark Van Hecke (piano)
- Tony Trischka (banjo)
- Christina Houghton (autoharpe)
- Peter Balistrieri (chant)
- Cynthia Gano Lewis (chant)
- Drake Scott (cuivres)
- John Zorn (cuivres)
- John Tanner (clarinette)


1. Country Death Song
2. I Hear The Rain
3. Never Tell
4. Jesus Walking On The Water
5. I Know It’s True But I’m Sorry To Say
6. Hallowed Ground
7. Sweet Misery Blues
8. Black Girls
9. It’s Gonna Rain



             



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