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Pierre BACHELET - Decouvrir L'amerique (1983)
Par AIGLE BLANC le 10 Octobre 2018          Consultée 143 fois

Le quatrième album de Pierre BACHELET, comme ses prédécesseurs, ne porte pas de titre particulier, mais comme il est nécessaire de les différencier, il a été communément décidé qu'on les appellerait respectivement L'Atlantique (1975), Elle est d'ailleurs (1980), Les corons (1982) -du titre des chansons les plus célèbres éditées en 45-tours). Si l'opus de 1983 porte aujourd'hui le titre Découvrir l'Amérique, c'est bien parce que sa sixième piste s'inscrit parmi les plus grandes réussites de Pierre BACHELET. Et pourtant, à l'époque, ce sont d'autres chansons sur lesquelles a misé Polydor en guise de singles, ce qui donne un avant-goût du peu de clairvoyance de la maison de disques en terme de qualité musicale.

C'est à partir de l'album Elle est d'ailleurs qu'a débuté la collaboration de Pierre BACHELET et de Jean-Pierre Lang, le second offrant au premier les mots les plus justes pour traduire ses émotions et sa pensée personnelle. Avec Les corons, le chanteur ayant compris qu'il avait trouvé en J. P. Lang son parolier idéal lui a laissé le soin de lui écrire de beaux textes, lui-même ne se chargeant plus que de la musique. L'opus de 1982 était une jolie réussite que j'invitais à tenter tout néophyte désirant s'initier à l'art et à l'esprit de Pierre BACHELET. L'artiste tenait là une formule à ne surtout pas abandonner. Découvrir l'Amérique, à peine sorti un an plus tard, ne trahit en rien cette jolie formule qu'il décline avec un talent à peu près intact. La production lui confère une couleur rappelant celle de son aîné au point que les deux albums entretiennent des liens fraternels évidents. Bien que les musiciens ne soient pas crédités dans le livret, il est fort à parier qu'il s'agisse de la même équipe que celle des Corons puisque c'est celle que l'on retrouve dans le double album sorti en 1985, le chanteur étant très fidèle.

Ceux que la Variété insupporte n'ont rien à gagner à écouter les disques de Pierre BACHELET. La musique, quoique flatteuse à l'oreille, a toutes les chances de les irriter par sa recherche de la rengaine à travers des refrains populaires. Et les paroles n'ont quant à elles par leur caractère intimiste aucune chance de les toucher. Mais si vous avez l'oreille suffisamment ouverte et à l'écoute du moindre détail, il se peut que l'art du couple BACHELET/Lang ne vous laisse pas forcément de marbre. Ne cherchez pas votre plaisir du côté des arrangements. Musicalement, Pierre BACHELET affectionne la sobriété et confie à ses musiciens le soin de souligner seulement la mélodie devant laquelle ils s'effacent presque constamment. Pour un gourmet des arrangements élégants et raffinés, cela peut être perçu comme un gros point faible. Le secret de ces chansons inimitables réside principalement dans le talent mélodique de P. BACHELET, dans son interprétation toujours juste et dans les paroles de J. P. Lang qui savent mieux que quiconque déployer le spectre humaniste du chanteur.

Il est évident que certaines chansons transpirent l'authenticité d'un chanteur qui se livre sans esbroufe et avec une pudeur exemplaire à travers les titres à forte teneur autobiographique que sont "Quand on est un canal", qui brosse le portrait de l'homme picard que Pierre BACHELET se souvient d'avoir été dans son enfance, "Découvrir l'Amérique" où le chanteur se remémore sa jeunesse à Calais, et "Embrasse-la" où il rend hommage à sa mère. Cette veine autobiographique ne lui réussit pas toujours. "Embrasse-la" souffre d'un texte assez banal que la mélodie rehausse à peine. Ecrire et chanter un hymne à sa mère n'est pas le plus facile musicalement. Mais quand le parolier trouve l'inspiration, cela donne "Les corons" dans l'album précédent, devenu depuis le plus bel hymne aux mineurs de fond que ne renierait pas un chanteur comme Renaud. Dans ce nouvel opus, le chanteur et son parolier réussissent avec "Quand on est un canal" à brosser le digne portrait de l'homme picard. La chanson bénéficie d'une construction très originale dans son traitement. Tandis que les couplets épousent le point de vue d'un canal, sujet d'écriture pour le moins risqué mais ici transcendé par une inspiration supérieure à la moyenne des textes auxquels nous a habitués la Variété, le refrain quant à lui décrit les caractéristiques de l'homme de Picardie. Pierre BACHELET y distille une très belle mélodie que caressent les apartés trop rares de l'harmonica sensible de Bernard Levitte. La dernière chanson autobiographique, "Découvrir l'Amérique", surpasse tout ce que le duo a pu écrire auparavant. Là encore, la superbe mélodie se voit magnifiée par une construction musicale de toute beauté d'où s'échappe un lyrisme ébouriffant. Tandis qu'à travers les couplets, Pierre BACHELET chante son enfance et sa jeunesse à Calais, le refrain expose avec fracas les rêves de l'enfant qui se voit parcourir les mers comme Christophe Colomb. La dichotomie entre des couplets nostalgiques et terre-à-terre (la morose réalité) et le refrain au souffle épique qui donne vie à l'exaltation des marins en partance à l'époque de la conquête espagnole confère à la chanson une dimension historique absolument bluffante, que décuplent les tambours de Marc Chantereau et la guitare hispanisante de Patrice Tison. En quatre minutes seulement, "Découvrir l'Amérique" nous transporte à l'époque de la colonisation, embruns marins et agitation des matelots sur le navire à la clef, et trouve le temps d'opposer à cette vision du passé le constat d'une triste réalité puisque l'enfant épris d'aventures marines ne devient, une fois adulte, que simple docker à Calais. Le chanteur excelle aussi bien dans les couplets nostalgiques que dans le refrain exalté d'un rêve de voyage et d'aventures où soudain son chant s'accélère jusqu'au vertige. N'ayons pas peur des mots. Cette chanson de variété à forte teneur épique est un chef d'oeuvre injustement méconnu.

La plupart des paroles de J. P. Lang se hissent à la hauteur d'un court-métrage par leur propension au romanesque. Cette caractéristique est parfaitement exprimée par le titre "Mais moi j'ai rien dit" qui dresse la chronique d'un village gangrené par la discrimination et le racisme ordinaires. Une femme débarque dans ce village... et c'est toute la population qui se ligue contre l'étrangère, allant jusqu'à incendier sa maison. Le chanteur trouve le ton juste pour raconter cette histoire, parvenant à exprimer l'hypocrisie, la veulerie et la méchanceté gratuite de cette communauté repliée sur elle-même. La conviction de son chant exacerbe la fusion entre la mélodie et la force du texte, en même temps qu'elle renforce la couleur cinématographique de la chanson. Une autre incontestable réussite.
Malheureusement, quand le parolier est moins inspiré, comme en témoignent "Mais l'aventure" (chronique du retour au foyer de l'être aimée après une incartade adultère), "Quitte-moi" (l'érosion d'un couple qui n'arrive pas à rompre et ne sait plus communiquer), "Prends ton courage" ou "Des nouvelles de vous" (chronique d'un amour manqué), le sens mélodique de Pierre BACHELET ne suffit plus toujours à compenser cette défaillance. Dans "Laisse parler Dieu", le thème banal d'un amour impossible et secret ne se voit rattrapé que par la ferveur d'un refrain faisant intervenir un choeur efficace.

Savoir terminer un album est un talent à ne pas négliger : nos deux compères réussissent avec "On s'aimera, on s'aimera" une ballade profonde et intense évoquant un couple en fin de vie qui passe son temps à attendre la mort. Le refrain, très voisin de celui de "Elle est d'ailleurs", porte la douleur métaphorique des paroles avec une sincérité qui ne saurait laisser indifférent. Dans ce registre, le chanteur excelle sans effort.

Malgré ses atours de variété, cet album distille un charme plus subtil qu'il ne paraît. A condition d'offrir une chance à son duo de créateurs.

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   AIGLE BLANC

 
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- Les Musiciens Ne Sont Pas Crédités.


1. Mais L'aventure
2. Quand On Est Un Canal
3. Quitte-moi
4. Des Nouvelles De Vous
5. Prends Ton Courage
6. Découvrir L'amérique
7. Embrasse-la
8. Laisse Parler Dieu
9. Mais Moi J'ai Rien Dit
10. On S'aimera, On S'aimera



             



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