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Pierre BACHELET - Les Corons (1982)
Par AIGLE BLANC le 3 Décembre 2017          Consultée 167 fois

Quand paraît cet album en 1982, Pierre BACHELET est déjà l'auteur remarqué de musiques de films ayant obtenu un certain succès critique (La victoire en chantant de Jean-Jacques Annaud, 1975) comme populaire (Emmanuelle de Just Jaeckin, 1977). Il a aussi beaucoup oeuvré pour la télévision en signant des jingles d'émissions diverses ( "Les lutins du cirque", "Heureux pingoins", "Rêve d'enfant"), ce qui lui a au moins assuré de bons revenus.
Mais le musicien nourrissait d'autres ambitions commercialement plus aléatoires : il rêvait d'être un chanteur de variété, un vrai chanteur populaire. Et il tenta d'embrasser une carrière solo à deux reprises. Un premier effort studio paru en 1975 lui fit malheureusement rater sa cible en raison d'une erreur d'aiguillage. En effet, Pierre BACHELET s'y croyait à tort l'épigone de Léo FERRE ou de Serge GAINSBOURG. Or, le cynisme ne lui sied pas du tout, question de tempérament sans doute. Après un silence de 5 ans, P. BACHELET a retenté l'expérience en 1980 avec un peu plus de bonheur grâce, notamment, au tube "Elle est d'ailleurs" où apparaissait pour la première fois Jean-Pierre Lang à la signature des textes ainsi qu'à celle de quatre autres chansons. Ce second opus souffrait par ailleurs de fautes de goût dont le chanteur ne pouvait qu'assumer l'unique responsabilité.

Sans doute conscients du fort potentiel de leur collaboration, Pierre BACHELET et Jean-Pierre Lang renouvellent l'expérience en 1982, cette fois à l'échelle d'un album, soit sur 11 nouvelles chansons dont le premier signe la musique et le second les paroles. L'entente entre les deux artistes devient une évidence : la magie opère enfin. L'écriture de Jean-Pierre Lang comprend la sensibilité du chanteur-compositeur jusqu'à l'osmose. P. BACHELET n'est pas du tout un cynique, mais un homme à la sentimentalité délicate, un homme sincère et authentique. Sans être un grand chanteur, il trouve dans sa voix légèrement voilée suffisamment d'accents de vérité pour convaincre un auditoire populaire sensible à l'expression des beaux sentiments.
Que demande-t-on à une chanson populaire? Une mélodie simple et accrocheuse que l'on aime fredonner pour soi? Des paroles sincères qui suscitent une empathie immédiate? Ne cherchez pas plus loin : ce cocktail délicat et humble, nos deux hommes le maîtrisent remarquablement. La réussite tardive de cet album s'exprime avant tout à travers le talent de BACHELET qui n'a pas son égal pour trousser de belles mélodies qui s'impriment dans la tête avec une fluidité invisible. Le chanteur est instinctif : il n'a aucune compétence particulière dans la composition. Ses chansons tiennent sur le fil ténu, mais tellement émouvant, de leurs rengaines qui, à chaque fois, touchent leur cible.

Il se montre convaincant dans ses humeurs subtilement nostalgiques comme dans les douces et attachantes "Donne-moi la main", "Souvenez-vous" et "Les jours heureux". Il réussit évidemment un hymne très sensible à la mémoire des mineurs de fond dans "Les corons", de loin sa chanson la plus célèbre, et à juste titre, devenue l'hymne de ces tragiques travailleurs de l'ombre, au même titre que le fameux Germinal d'Emile Zola. Il surprend son auditoire par la conviction de son chant dans l'intense et fiévreuse "Prisonnier d'un souvenir", l'un des sommets méconnus de l'album. On peut regretter la facilité des arrangements dominés par les claviers de Bernard Levitte, alors que toutes les chansons de l'album auraient mérité un traitement plus acoustique. Le seul titre à s'écarter des sentiers battus, donc le plus audacieux dans ses arrangements, reste l'excellent "Typhon" qui, par ses bruitages, ses synthés, son violoncelle et sa batterie électronique tisse l'arrière-plan idéal pour illustrer cette histoire d'un marin pris au coeur d'un typhon. La chanson y gagne la dimension d'un court-métrage. Cette grande réussite fait regretter que P. BACHELET n'explore pas davantage cette veine qui profite de son expérience cinématographique.

Si le talent du chanteur-compositeur explique que l'on apprécie de revenir vers cet album, les paroles de Jean-Pierre Lang apportent ce supplément d'âme qui rend l'opus si attachant. Qu'il donne la parole aux mineurs ("Les corons"), observe les pensées d'un homme au cours d'une rupture amoureuse ("Ecris-moi"), qu'il évoque le souvenir d'un amour en temps de guerre ("Souvenez-vous"), confronte l'enfance à l'handicap ("Donne-moi la main"), qu'il traduise la brûlure qui consume un homme amoureux mais ne sachant comment aborder l'élue de son coeur ou saisit les derniers instants d'un marin plongé dans un typhon ("Typhon"), son talent fait mouche immanquablement. Ce n'est pas le talent immense d'un génie, mais celui d'un artisan sincère, humble et dévoué, qui distille sa petite musique intérieure si réconfortante auprès du coeur.

Voici un modèle de variété française qui trouve humblement sa place aux côtés de Michel BERGER et de Daniel BALAVOINE. L'album idéal pour découvrir Pierre BACHELET.

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   AIGLE BLANC

 
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- Pierre Bachelet (chant, musique)
- Jean-pierre Lang (paroles)
- Michel Costa (chœurs)
- Georges Costa (chœurs)
- Bernard Levitte (claviers, harmonica)
- Christian Rosen (guitare)
- Guy Mattéoni (piano)
- Lionel Lecreux (batteries)
- Marc Chantereau (percussions)
- Gérard Levavasseur (guitare basse)
- Michel Gaucher (saxophone)
- Pierre Dutour (trompette)


1. Ecris-moi
2. Souvenez-vous
3. Sans Amour
4. Donne-moi La Main
5. Papillon
6. Les Corons
7. Prisonnier D'un Souvenir
8. Escapade
9. Typhon
10. Nos Jours Heureux



             



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