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Pierre BACHELET - Vingt Ans (1987)
Par AIGLE BLANC le 2 Mars 2020          Consultée 826 fois

Après deux ans de silence, et un concert à l'Olympia débouchant sur son premier live Olympia 1986, Pierre BACHELET nous revient discrètement avec un album de nouveau sobrement intitulé par son patronyme, mais communément désigné sous le titre de son single le plus connu, "Vingt ans". L'amplitude démesurée du double-album précédent n'est plus de mise cette fois, le nouvel opus affichant dix titres au compteur, ce qui reste la norme à cette époque du CD encore émergeant, les vinyles ayant l'habitude d'avoisiner les 40 voire timidement 45 minutes. Les nouvelles chansons, signées du binôme talentueux BACHELET/Lang, sans renouveler son inspiration ni son style, lui permettent d'atteindre semble-t-il sa pleine maturité perceptible dans la fermeté des compositions qui ne visent plus obsessionnellement le succès. A l'exception du single "Vingt ans" et de "2001, le pied sur la lune", accrocheurs et addictifs, les autres titres n'ont pas besoin de forcer leurs attributs pour se défendre ni pour exister équitablement au sein de l'ensemble.

Premier 45-tours à paraître logiquement, étant donné son caractère des plus directs, "Vingt ans" introduit l'opus en grande fanfare, sur un rythme sautillant aussi facile qu'efficace qu'entérinent des paroles simples exaltant la nostalgie de la fin des 60's, à l'époque où Pierre BACHELET avait vingt ans. La chanson aborde la nostalgie des souvenirs de jeunesse en évitant le pathos et la sensiblerie. Le rythme endiablé et le texte ne colportant que le sourire des souvenirs heureux nous transportent à l'époque de mai 68, alors que les BEATLES allaient se séparer et la télévision s'allumer dans les foyers au moment du premier pas sur la lune. Ce titre direct et sans fioriture qui ne s'embarrasse d'aucune subtilité remplit sa fonction efficacement : faire se trémousser les quadragénaires par la force d'évocations ressemblant à des bans-titre de journaux. Bien que la structure couplets-refrain soit respectée, les paroles s'en affranchissent astucieusement en ne répétant jamais le refrain. A peine peut-on regretter les arrangements qui auraient gagné à recourir à de vrais cuivres et non à ces claviers-trompettes assez kitsch.

Quant à "2001, le pied sur la lune", il se veut une réponse au succès de 1985, le fameux "En l'an 2001" où BACHELET confiait judicieusement le refrain au choeur des Petits Ecoliers chantants de Bondy. Le chanteur reproduit ici la même formule gagnante en réussissant l'exploit de quasiment égaler le modèle grâce à une mélodie encore une fois irrésistible que soutiennent des claviers à l'intensité croissante et surtout le même choeur d'enfants que précédemment. Les deux chansons se font écho : dans la première, écrite et composée en l'honneur de son fils Quentin, le chanteur essayait d'imaginer à quoi ressemblerait la vie de Quentin en l'an 2001, l'année de ses vingt ans. Le choeur d'enfants qui officiait dans le refrain y donnait une réponse ironique et peu engageante sur l'avenir de l'homme réduit à revenir à la vie préhistorique. "2001, le pied sur la lune" propose cette fois une réponse inversée à la même élucubration. Et le choeur d'enfants lors du refrain décrit les aléas d'une migration sur la lune où les jeunes gens de vingt ans sont partis vivre. Les paroles de Lang y distillent une naïveté pleine de charme, tandis que le chanteur dans les couplets exprime le manque de son fils parti sur la lune, lui-même lui écrivant depuis la terre. Si l'on pousse encore plus loin la filiation, on trouvait déjà les prémices du même thème dans la chanson "Je t'écris de Mars" extraite de l'album Elle est d'ailleurs.

Les titres conservent bien cependant une veine populaire toujours dans le sens noble du terme, c'est-à-dire sans pathos inutile. Pierre BACHELET sait injecter à ses interprétations (souvenons-nous d' "Elle est d'ailleurs", "Découvrir l'Amérique", du "Marionnettiste" et du "No Man's Land") la conviction et l'intensité requises par certains textes : "Destinée" comme son titre l'indique condense en tout juste 3,40 minutes la vie d'un homme de sa naissance à son suicide. Par la force d'une mélodie ascensionnelle affranchie de la structure couplets-refrain, le chanteur déclame avec intensité la liste des brimades et des souffrances qu'inflige souvent la vie à des êtres qui n'ont d'autre choix que d'encaisser les coups... jusqu'à l'irréparable. Les paroles de J-P Lang claquent à chaque phrase courte que BACHELET assène avec une intensité croissante. Malheureusement, la puissance de la chanson se voit amoindrie par des arrangements fades délivrés par des claviers insipides. Toutefois, la fin de tonalité plus orchestrale confère à ce titre toute sa charge mélodramatique, un peu comme un générique de fin défilant sur l'écran, rappel des premières amours du chanteur.

"C'est pour elle", deuxième single extrait de l'album, s'engage dans la meilleure veine de son parolier, jamais aussi bon ni aussi percutant que dans la peinture des sentiments contrariés ou condamnés d'avance. Rappelons-nous le premier succès de BACHELET, le magnifique "Elle est d'ailleurs" qui dépeignait un coup de foudre non partagé et la souffrance qui en résultait. Infiniment plus sombre que son prédécesseur, plus sordide aussi, ce titre au climat bluesy se noie dans l'esprit alcoolisé d'un homme errant de bar en bar, l'image de celle qu'il aime en pure perte accrochée à lui comme une hantise infernale. L'interprétation s'y révèle très convaincante, mais c'est la force du texte ici, particulièrement inspiré, qui emporte l'adhésion : "Dans ce bistrot de passage / y'a que des gens de passage /ça rit, ça gueule ça bricole / ça boit ça joue ça rigole / Oui mais y'a rien derrière les visages / y'a pas d'oreilles de message / Alors je parle à mon verre / qui sait comprendre et se taire / Si je vis c'est pour elle / Tout c'que j'fais tu vois c'est pour elle..." Les claviers cette fois plus discrets servent judicieusement le texte, et notamment cette basse aux notes éparses et assourdies. Si l'on excepte les deux choristes féminines qui ne s'imposaient pas, voici une indéniable réussite, qui renvoie en mineur aux ambiances désespérées de Jacques BREL, chanteur auquel Pierre BACHELET a souvent été vocalement -et physiquement- comparé.

Par ailleurs, le chanteur a l'intelligence aussi d'apposer simplement sa voix sur les paroles justes, pudiques et sincères de Jean-Pierre Lang, n'hésitant pas à l'occasion à se risquer de manière convaincante aux couplets parlés de "Mal à vie", dans la veine du Joe DASSIN de "L'été indien", emportant notre adhésion par la grâce intacte de ses mélodies idoines, sans lourdeur ni surenchère. "Mal à vie" plonge de nouveau dans la veine dramatique de "C'est pour elle" avec en prime une très jolie trompette soufflant un leitmotiv doux-amer des plus appropriés.
C'est cette sobriété paradoxalement qui confère tout son prix au sixième album**, de la trempe de ceux qui infusent imperceptiblement leur charme et leur émotion, jusqu'à atteindre au final une authenticité poignante. On ne déplore cette fois aucune chanson faible ni faute de goût auxquelles a parfois succombé le chanteur, l'opus trouvant un équilibre avantageux entre des chansons facilement mémorisables et d'autres, plus intériorisées, où dominent les paroles, comme la bouleversante "Partis avant d'avoir tout dit", un modèle de pudeur et de délicatesse où J-P Lang évoque avec justesse le suicide des jeunes hommes, étudiants disparus prématurément. La mélodie caresse les paroles en ayant le bon goût de rester à distance du pathos, dans cette zone propre au recueillement quand la douleur reste encore anesthésiée par la stupeur.
"Reviens chez nous" évoque les origines paysannes de Pierre BACHELET dont la famille rurale est prête à accueillir le retour au cas où le monde citadin ne lui conviendrait plus.

Après la semi-réussite du double-album précédent, voici un album solide dont la qualité principale réside dans l'authenticité et l'intégrité qu'il dégage, autant de valeurs que porte en lui Pierre BACHELET, chanteur populaire aussi discret qu'attachant. L'opus se clôt sur une chanson douce-amère comme les affectionne le duo BACHELET/Lang et dans laquelle un clavier et un saxophone doucereux accompagnent le retour d'un homme dans la demeure où il a vécu avec son ex. Il vient y reprendre les affaires qui lui appartenaient et dont se désolidarise celle qu'il a quittée. Il s'agit d'une sorte de court-métrage, bruitages à l'appui, qui s'écoule au son de quelques notes de piano égrainées comme des gouttes de pluie glissant sur une vitre brouillée. Les paroles volontairement elliptiques y suggèrent un désespoir insondable qui se donne des airs d'indifférence trompeurs.

Note réelle : 3.5/5

*le septième album si l'on considère que le double-album précédent est sorti en deux publications distinctes la même année 1985. Ce classement ne tient pas compte des B.O de films de Pierre BACHELET.

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   AIGLE BLANC

 
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- Pierre Bachelet (compositions, chant)
- Jean-pierre Lang (paroles)
- Christian Roshem (guitare)
- Patrice Tison (guitare)
- Bernard Leville (claviers, synthétiseur)
- Guy Mattéoni (claviers)


1. Vingt Ans
2. Mal à Vie
3. Destinée
4. L'amour à Fleur De Peau
5. Reviens Chez Nous
6. Partis Avant D'avoir Tout Dit
7. 2001, Le Pied Sur La Lune
8. L'argument Du Séducteur
9. C'est Pour Elle
10. Tout Se Ressemble, Rien N'est Pareil



             



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