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POP-ROCK  |  COMPILATION

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- Style : Franz Ferdinand, The Zombies , The Beatles , The Madcaps , Howlin' Jaws
- Membre : Ray Davies

The KINKS - The Journey -part 1 (2023)
Par AIGLE BLANC le 3 Juin 2023          Consultée 1043 fois

La sortie -bienvenue- de cette rétrospective qui devrait prochainement, à en croire son titre, accueillir un second volume nous rappelle combien implacable se révèle le verdict du temps qui passe. Qui, parmi les jeunes générations de ces vingt dernières années, se souvient encore du groupe de Ray Davis ? Qui est capable de citer deux ou trois de ses titres de référence ("You Really Got Me", "All Day and All of the Night" et "Waterloo Sunset") ? La question ne se pose pas bien entendu aux générations antérieures, celles des Baby Boomers et de leurs descendants de première et deuxième lignées. Cependant, si je vous demandais de citer sans réfléchir le plus grand groupe de pop/rock issu des sixties, il est fort à parier que vos réponses s'orienteraient du côté des BEATLES ou des ROLLING STONES. Les KINKS, quant à eux, aussi admirés ou respectés soient-ils, restent peu ou prou sur le bord du chemin, demeurant l'éternelle quatrième voire cinquième roue du carrosse.

Un tel constat m'amène à interroger les facteurs qui y conduisent : que manquerait-il aux KINKS pour les rendre égaux aux BEATLES ou aux ROLLING STONES ?
Il va de soi que ce n'est pas une question de talent, le songwriting de Ray Davis n'ayant rien à envier à celui de ses célébrés confrères. Un élement de réponse serait-il à chercher dans les crédits ? Ray Davis signe seul en effet l'écrasante majorité du répertoire des KINKS, là où les BEATLES et les ROLLING STONES bénéficient de la formidable émulation que suscite en leur sein une paire légendaire de songwriters : Lennon/McCartney d'un côté, Jaegger/Richards de l'autre. Ray Davis aurait-il pêché par orgueil ? On peut se demander si son groupe n'aurait pas gagné à accorder plus de place à la créativité du frère guitariste Dave Davis dont les rares chansons ayant obtenu l'approbation de Ray révèlent un talent certain.
D'autre part, quand la discographie des BEATLES s'affirme à la pointe de l'avant-garde en terme d'arrangements et de production, celle des KINKS ne brille pas par un son aussi esthétiquement affirmé et novateur. Là où les origines blues des ROLLING STONES les ont aidés à livrer des albums musicalement cohérents, celles des KINKS (peut-être serait-il préférable de dire celles de Ray Davis) souffrent semble-t-il d'une évolution de carrière marquée par de nombreux soubresauts stylistiques. En effet, quel rapport existe-t-il entre le rock garage des origines (plutôt axé sur des reprises de LITTLE RICHARD, Chuck BERRY ou Bo DIDDLEY) et celui, nettement plus imprégné du punk de la fin des seventies (Low Budget, 1979) et des eighties naissantes (Give the People What They Want, 1981) ? Quel lien logique peut-on relever entre la période dorée des KINKS (1964-1968), délivrant une pop 'so british', célébrant les traditions sociales de l'Angleterre, et les errements de la période 1970-1976 qui ont vu le groupe de Ray Davis sombrer dans un rock de cabaret singeant l'esprit de Broadway, donc délibérément orienté vers les traditions américaines, au point de décontenancer et décevoir les attentes des fans d'origine ? Il est évident que les variations identitaires des KINKS ont contribué à troubler la lisibilité de sa carrière.
Pourtant, on l'a dit, en terme de 'songwriting', Ray Davis n'a pas son égal pour nous livrer sa vision acérée et mordante des travers de la société du spectacle : son ironie justifiée appliquée au délire schizophénique auquel conduit la starification dans le milieu du spectacle (Everybody's In Showbiz, 1972 ; Powerman Lola Versus and the Moneygoround, 1970) ; la sincérité de ses chroniques décrivant le milieu ouvrier populaire (Muswell Hillbilies, 1970) quand ses rivaux ne s'intéressaient alors qu'aux paillettes du psychédélisme en vogue au début des années 70.
N'oublions pas qu'il est difficile de négocier, pour n'importe quelle formation de rock, le passage d'une décennie à l'autre et, d'autant plus, de franchir le cap des dix ans d'existence. Les BEATLES l'ont bien compris, qui ont volontairement jeté l'éponge en 1970. Quant aux ROLLING STONES, si les années 70 leur ont encore plutôt été favorables, que penser des années 80 et 90, souvent indignes de leur inspiration initiale ? Les KINKS n'ont certes pas fait beaucoup de bruit au cours des eighties (à peine 5 albums), et encore moins dans les années 90 (un seul et ultime album, le très mésestimé Phobia, 1993), mais Ray Davis avait su retrouver une part de sa crédibilité en tant que songwriter, terminant la carrière de son groupe sur une note artistique fort honnête et intègre, à défaut d'être novatrice.

Bien que la discographie des KINKS soit bombardée de pléthore de Best of tous plus anecdotiques les uns que les autres, la compilation que sort le très bon label BMG se présente plutôt comme une rétrospective sincère, conçue par les KINKS eux-mêmes qui ont sélectionné judicieusement les chansons du programme, en évitant la supprématie des 'Hits' qui gangrènent d'ordinaire ce genre d'exercice (l'immense "Sunny Afternoon" et l'iconique "Lola" manquent par exemples à l'appel) et en s'adonnant à un travail d'analyse éditorial fort appréciable. En effet, chaque titre de cette double-compilation bénéficie, dans le livret, des commentaires intimes des membres du groupe qui se remémorent son contexte. La présence de deux CD autorise une sélection moins commerciale, donc plus authentique, plus aventureuse, couvrant les années 1964-1975, ce que promet la mention 'Part 1' laissant entendre qu'une seconde rétrospective couvrant les années 1976-1994 verra le jour prochainement.
Le recul que lui offrent les années écoulées (rappelons que le dernier album studio des KINKS date de 1993) permet à Ray Davis (80 ans !) de subdiviser le programme élaboré en quatre sections épousant ce qui ressemble à chaque étape de sa vie et de la carrière de son groupe. C'est ainsi que le premier segment (12 titres) rassemble dans un ordre approximativement chronologique les chansons de l'innocence correspondant aux années aventureuses (1964-66) où ses seules préoccupations résidaient en 'la recherche d'une identité affirmée et d'une fille' à aimer. Les chansons du deuxième segment (8 titres) sont marquées par l'ambition croissante du groupe que touchent les premiers succès (1966-69) dont les dérives engendrent dans le même temps 'amertume et nostalgie' de l'innocence qui s'éloigne à grands pas. Dans la troisième section (8 titres), la nostalgie s'accroît à mesure que s'accumulent 'les jours et les nuits des âmes perdues', nourrissant 'le regret des jours heureux' (1968-73). La quatrième partie (8 titres) raconte 'l'éclosion d'un nouveau départ' (1967-75), le regain d'une inspiration retrouvée, mais sans que disparaisse 'la hantise de la quête d'une copine'.
Comme précisé plus haut, ne vous attendez pas à retrouver tous les grands titres que vous aimez, notamment "Set Me Free", "See My Friend", "A Well Respected Man", "Dedicated Follower of Fashion", "Victoria", "Lola", quoique cette rétrospective n'en manque pas en définitive : "You Really Got Me", "All Day and All of the Night", "Who'll Be the Next In Line", "Tired of Waiting For You", "I'm Not Like Everybody Else", "Dead End Street", "Supersonic Rocket Ship", "Where Have All the Good Times Gone", "Waterloo Sunset", "Death of a Clown", "Celluloid Heroes", "Shangri-La"...
La plupart des albums antérieurs à 1977 sont représentés, avec cependant quelques absents, en particulier Muswell Hillbillies (1971) et Soap Opera (1975) ainsi que la B.O du film Percy (1971). On constate tout de même la prédominance des titres composés durant les années soixante, ce qui apparaît légitime, cette période représentant l'âge d'or du groupe, la seule exception restant l'album de 1975, Schoolboys In Disgrace, que couvrent ici étonnamment pas moins de quatre pistes, les bien-nommées "Schoolday", "The Hard Way", "I'm In Disgrace" et "No more Looking Back". Il est évident que cet album en 1975 signait la fin des errances 'cabaret' de la période 1972-1974, Ray Davis retrouvant un regain d'énergie rock d'un goût certes classique mais inusable. Cela démontre si besoin était le peu d'estime que le leader des KINKS porte aujourd'hui à ses propres productions de la première moitié des années 70.
Le programme en définitive est très bien conçu, les titres moins connus méritant le détour grâce à la solidité du songwriting de sir Davis.

Voici une rétrospective encore incomplète (on attend le volume 2) qui remplit son rôle : célébrer l'importance des KINKS dans l'histoire du rock et fournir aux jeunes auditeurs une occasion rêvée d'être initiés à l'une des formations anglaises les plus emblématiques issues des sixties.

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   AIGLE BLANC

 
  N/A



- Ray Davis (chant, guitare rythmique)
- Dave Davis (guitare électrique, chant)
- Mick Avory (batterie)
- Pete Quaife (basse, choeurs)


- cd 1
1. You Really Got Me
2. All Day And All Of The Night
3. It's All Right
4. Who'll Be The Next In Line
5. Tired Of Waiting For You
6. Dandy
7. She's Got Everything
8. Just Can't Go To Sleep
9. Stop Your Sobbing
10. Wait Till The Summer Comes Along
11. So Long
12. I'm Not Like Everybody Else
- cd 2
13. Too Much On My Mind
14. Nothin'in The World Can Stop Me
15. Worryin' 'bout That Girl
16. Days
17. Last Of The Steam-powered Trains
18. Where Have All The Good Times Gone
19. Strangers
20. It's Too Late
21. Sitting In The Midday Sun
22. Waterloo Sunset
23. Australia
24. No More Looking Back
25. Death Of A Clown
26. Celluloid Heroes
27. Act Nice And Gentle
28. This Is Where I Belong
29. Shangri-la



             



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