Recherche avancée       Liste groupes



      
MUSIC-HALL  |  STUDIO

Commentaires (2)
L' auteur
Acheter Cet Album
 

 

- Style : Franz Ferdinand, The Zombies , The Beatles , The Madcaps
- Membre : Ray Davies

The KINKS - Everybody's In Show-biz - Everybody's A Star (1972)
Par AIGLE BLANC le 9 Septembre 2016          Consultée 1794 fois

Après 7 ans de bons et loyaux services chez leur label initial Pye Records (de 1964 à 1970), les KINKS ont signé un nouveau contrat chez RCA. Force est de constater que les 6 albums qui en découlent de 1971 à 1975 ont surpris et déçu jusqu'à leurs fans de base au point que la presse rock européenne s'accorde pour reconnaître l'échec artistique de cette période considérée comme la pire de leur longue carrière.
Débutée avec Muswell Hillbilies et conclue avec Schoolboys in disgrace, la discographie des KINKS, durant la première moitié des années 70, a entraîné une douce mais inexorable "disgrace" de la bande à Ray Davies.

Comment expliquer un tel désaveu commercial en Europe alors que jusqu'à l'album Arthur (or the decline and fall of the British Empire) sorti en 1968 les KINKS jouissaient d'une excellente réputation qui en faisait les dignes contemporains des BEATLES, des ROLLING STONES et des WHO ?

Le seul qui doive en porter la responsabilité demeure incontestablement Ray Davis. Pensez-vous que le succès déclinant de son groupe en Europe l'ait contrarié ? Que nenni ! Ray Davis n'avait dès cette époque les yeux tournés que vers le marché américain, seul public outre Atlantique à n'avoir pas contribué au succès mondial des KINKS entre 1964 et 1970.
En effet, les KINKS avaient été aux USA interdits de tournées durant leurs années de formation initiales à cause d'un arrêté national qui en avait pris acte. Quand la période de la British Invasion avait sévi sur le continent américain, contribuant au succès planétaire des groupes anglais (BEATLES, ROLLING STONES, THE WHO), le groupe de Ray Davis devait se contenter de partir à la conquête de l'Inde et de l'Australie qui ne faisaient pas à cette époque la pluie et le beau temps de l'histoire du rock.
Profondément vexé que son groupe ait été ainsi évincé de la course au succès mondial, Ray Davis s'était juré de prendre sa revanche dès que possible.

Et cette revanche, il l'a entamée dès l'année 1969 où il a réussi à annuler l'embargo dont son groupe était victime. Dès lors, pour lui, seul leader des KINKS devant l'éternel (au grand dam de son frère Dave qui en a tant souffert), le marché américain devenait l'unique ambition, l'exclusif "cheval de bataille" à mener envers et contre tous. Des tournées, les KINKS en ont fait aux USA avec une frénésie qu'expliquent 7 années de frustration et d'injustice. Ray Davis a réussi, grâce à un réseau de relations solide mais aussi grâce à son incroyable ténacité, à emballer un contrat béton avec le label RCA.
Le vent finissant par tourner, les Américains redécouvrent l'héritage rock des KINKS. Mais n'allez pas croire que Sir Davis soit un passéiste, contrairement à l'image qui lui colle à la peau depuis l'album The Kinks are the village green preservation society (1968). Il n'entend pas vivre sur ses acquis. C'est lui qui écrit et compose tout le répertoire de son groupe et il sait très bien que s'il cesse ses activités artistiques, s'il retire aux KINKS ce qui constitue leur carburant (autrement dit les chansons elles-mêmes), le groupe est mort. Alors, pas de secret, pas d'alernative possible : Ray Davis doit continuer à écrire et composer de nouvelles chansons.
Sauf que la scène pop-rock anglaise le déçoit profondément à cette époque. Ne vivant plus dans son pays natal, il devient un résident américain qui s'imprègne d'une culture si différente de la sienne, une culture qui le fait rêver depuis son enfance nourrie au jazz, à la Soul et au Music-Hall.
Voilà, le mot est lâché : Ray Davis abandonne le rock garage et la pop ciselée qui l'ont rendu célèbre et oriente sa musique vers une sorte de pastiche de Music-Hall à forte teneur ironique. Dorénavant, il élabore des albums concept. Everybody's in show biz s'apparente ainsi à la bande originale d'un opéra cabaret. Et quoi de mieux qu'un concert-théâtre pour faire vivre les personnages de cette pièce ? Les KINKS en 1972 jouent sur scène comme ALICE COOPER, dans une débauche d'effets scéniques (éclairages, costumes) et en endossant des rôles qu'ils interprètent eux-mêmes tout en assumant leurs partitions respectives. Leur spectacle devient un show grandiose qui parodie, fustige, avec autant de mordant que de tendresse, l'aspiration de toute star rêvant d'embrasser du jour au lendemain le rêve hollywoodien.

Cette trame thématique commune à chaque piste du disque reflète en réalité le complexe rapport de Ray Davis avec le star system, entre fascination et dédain. A cet égard, ses paroles lucides et désabusées constituent l'essentiel de l'intérêt de l'opus. Elles témoignent aujourd'hui encore d'un regard acéré qui ne manque pas de pertinence compte tenu de l'époque où elles s'inscrivent. Que ce soit "Here comes yet another day", qui décrit le rythme inhumain des tournées inlassables d'un an avec les inconvénients qui en découlent (une vie familiale délaisée, l'obligation d'offrir au public ce qu'il est venu chercher et par conséquent toujours lui sourire, respecter un cahier des charges trépident et éreintant, faire des rencontres condamnées à l'éphémère...), "Unreal reality" où Ray Davis s'interroge sur le degré de réalité qui entoure ce mode de vie fantasmé ; que ce soit "Sitting in my hotel" qui fustige le culte de l'apparence inhérent à la vie d'un rocker à l'arrière d'une limousine avec chauffeur ou à sa fenêtre d'hôtel coupé de la dure réalité du monde, "Motorway" qui démonte le mythe des tournées rock and roll sur les routes, à savoir une nourriture infecte, ou "Look a little on the sunny side" qui décrit avec mordant l'attitude des labels prompts à signer un contrat avec des groupes de rock mais réfractaires à l'idée que ces mêmes artistes fassent évoluer leur musique, l'autobiographie n'est jamais bien loin, à peine déguisée. Ce que Ray Davis dévoile de son propre rapport à l'industrie musicale et du mode de vie rock and roll est passionnant de bout en bout.

Mais des textes intelligents et bien sentis font-ils pour autant un grand album ? Rien n'est moins sûr. Déjà, le style musical qui reprend les atours du Music Hall peut rebuter quiconque n'a pas d'affinités avec cet univers éminemment américain. Sur chaque titre ainsi résonnent de façon ironique, et volontairement kitsch, des apartés de Mike Cotton à la trompette, de John Beecham au trombone et au tuba, d'Alan Holmes et Davy Jones au saxophone baryton et à la clarinette. Cette dimension théâtrale s'avère tellement poussée qu'elle confère à l'opus un parfum de pastiche, certes amusant par moments voire séduisant à d'autres, mais démodé aujourd'hui dans le mauvais sens du terme.
Malgré le talent indéniable de Ray Davis (ses compositions sont toutes très solidement charpentées et sa voix nasillarde convient parfaitement à l'esprit des chansons) qui parvient quelquefois à sauver l'honneur, l'album musicalement n'est jamais bien passionnant en dépit d'une exécution parfaite, notamment celle de John Gosling aux claviers. En revanche, le frère guitariste Dave Davis, pourtant pilier essentiel du son des KINKS, est ici particulièrement sous employé.

L'autre défaut du disque est d'être un double album bancal, mi album studio inédit mi live. La seconde galette est ainsi la captation de deux concerts donnés au Carnegie Hall en 1972 où le groupe avait interprété des chansons extraites principalement des deux opus précédents, Lola versus the powerman... et Muswell Hillbilly. Cette incongruité est le résultat d'un compromis entre Ray Davis et les pontes du label RCA. Le leader des KINKS envisageait d'accompagner l'album studio d'un film qui en aurait été la captation scénique, projet jugé forcément trop ambitieux.

A lire aussi en POP par AIGLE BLANC :


CAT'S EYES
The Duke Of Burgundy (2015)
Bo poppy aux accents néo-classiques : ensorcelant




MAZZY STAR
She Hangs Brightly (1990)
Hope Sandoval, un chant sensuel et langoureux


Marquez et partagez





 
   AIGLE BLANC

 
  N/A



- Ray Davis (guitare, chant)
- Dave Davis (guitare lead, chant)
- Mick Avory (batteries)
- John Dalton (guitare basse)
- John Gosling (claviers)
- Mike Cotton (trompette)
- John Beecham (trombonne, tuba)
- Alan Holmes (saxophone baryton, clarinette, flûte)
- Davy Jones (saxophone baryton, clarinette)


1. Here Comes Yet Another Day
2. Maximum Consumption
3. Unreal Reality
4. Hot Potatoes
5. Sitting In My Hotel
6. Motorway
7. You Don't Know My Name
8. Supersonic Rocket Ship
9. Look A Little On The Sunny Side
10. Celluloid Heroes

1. Top Of The Pops
2. Brainwashed
3. Mr. Wonderful
4. Acute Schizophrenia Paranoia Blues
5. Holiday
6. Muswell Hillbilly
7. Alcohol
8. Banana Boat Song
9. Skin And Bone
10. Baby Face
11. Lola



             



1999 - 2018 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod