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Murray HEAD - Between Us (1979)
Par MARCO STIVELL le 16 Septembre 2014          Consultée 824 fois

Une fois passé le raz-de-marée Say It Ain't So, que reste-t-il de Murray HEAD, dans l’inconscient collectif ? Un autre tube, appelé « One Night in Bangkok », publié en 1984, cette fois isolé et dont le chanteur est avant tout l'interprète. Ce qui permet à une palette d'albums modérément large d'être passée sous silence, et de créer une forte sensation de regrets chez l'artiste et l'amateur fidèle, le curieux. Il convient de préciser que des œuvres telles que Between Us, quoique méconnues, rappellent volontiers les raisons pour lesquelles on apprécie Murray HEAD. Sa voix d'abord, ses textes galants d'une grande finesse ou faisant généralement appel à la conscience de chacun sur la manière dont le monde tourne.

Enfin, et ce détail n'est pas le moindre, l'auteur-interprète demeure un compositeur efficace, parfois surprenant. À l'instar de ceux qui se basent sur un matériau simple et des références musicales solides, il sait s'entourer. Say It Ain't So était marqué par la grosse production de Paul Samwell-Smith, l'ex-Yardbirds. Pour Between Us (distribué par Philips), HEAD fait appel à Rupert Hine, architecte aux doigts en or et à qui l'on doit tant de merveilles. Il n'y a qu'à mesurer, pour cette seule année 1979, son travail sur le Sides d'Anthony Phillips, I Can See Your House from Here par Camel, et celui du présent disque, encore différent...

À travers une production feutrée autant que luxueuse, Hine s'emploie à souligner les spécificités de l'artiste concerné. Dans le cas de Murray HEAD, ce que l'on apprécie particulièrement, ce sont les sonorités acoustiques et rêveuses. Pari gagné, dès les premières mesures de l'album et les arpèges brillants de guitare 12 cordes au début de « Los Angeles ». Une peinture faussement lumineuse de la cité des stars et des inégalités, mais qui a de quoi nous transporter (cette basse, ces pianos !), nous émouvoir d'abord grâce à la voix unique de HEAD. « Countryman » décrit la fracture entre l'homme de la ville et celui de la campagne, avec un propos social qui prend une couleur mystique, sur un fond musical nerveux, chose rare sur l'album.

Between Us est imprégné d'un son pop-rock et folk sudiste/californien que l'artiste affectionne et développe de manière encore assez « roots » sur ses premiers albums. « Rubbernecker » revêt carrément des allures reggae et mentionne sarcastiquement ces hommes fiers, qui n'ont jamais rien à se reprocher. C'est l'occasion d'une véritable récréation musicale, où s'illustrent Bob Weston et John G. Perry, comme partout ailleurs sur le disque. À l'inverse, « Sorry, I Love You » est déchirant à l'image de son chant, déstabilisant comme l'amour éperdu dans la rupture inévitable. Les arrangements de cordes contemporains, pour une ambiance soul, évoquent Randy Newman. Dans une veine plus légère et fleur bleue, « How Many Ways » se pose en single de l'album, ponctué d'un solo de guitare et d'un harmonica égayants.

Plus loin, « Lady I Could Serve You Well » et le moins connu « It's So Hard Singing the Blues Lady » sont également remarquables à ce niveau. Mais c'est surtout « Mademoiselle » qui concentre toutes les émotions. Avec force élégance, Murray HEAD parle des femmes qui dans leur jeunesse ont attisé le regard des hommes et joué avec leurs cœurs, voulu toujours briller, et qui au prix des décennies, se contemplent elles-mêmes tristement désormais. L'influence française, si chère à HEAD, s'invite naturellement. Sa guitare rythmique basique y est survolée par les arpèges de Jim Cregan et les soli du génial Bob Weston, soutenus par la contrebasse et les claviers éthérés. Cette ballade folk est une des merveilles de l'artiste, au niveau d'un « When I'm Yours »...

Between Us est enregistré à la maison du chanteur pendant la naissance de sa seconde fille, Sophie, avec des amis musiciens devant s'adapter à ce contexte particulier ; le titre agit ainsi comme un double clin d'œil. Sachant que beaucoup de ces amis viennent de groupes emblématiques (anciens Caravan, Fleetwood Mac, etc), l'album marque le début d'une longue collaboration avec certains d'entre eux, comme Peter Veitch et surtout, Geoffrey Richardson. L'équipe globale, quoiqu'éphémère, livre ici un très beau travail.

Avec un ou deux singles porteurs et d'excellentes chansons à la renommée variable (« Sorry I Love You », « Good Old Days », « How Many Ways », « Countryman », « Mademoiselle »), ce troisième disque de Murray HEAD se laisse apprécier pour son caractère intime et peaufiné, même si on pourrait regretter l'absence de tempi plus élancés et une fin légèrement moins marquante, bien que sympathique : « Bye, Bye, Bye », autre moment de relâchement pour l'équipe qui devait alors partager cette satisfaction.

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   MARCO STIVELL

 
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- Murray Head (chant, guitare rythmique, harmonium)
- Bob Weston (guitares lead)
- Trevor Morais (batterie)
- John G. Perry (basse)
- Rupert Hine (pianos, synthétiseurs, percussions, harmonica)
- Geoffrey Richardson (guitares, basse, mandoline, banjo)
- Dan Owen (choeurs)
- Mrs. Head & Hine (choeurs)
- Anthony Head (choeurs)
- Pam Keevil, Bob Freeman (choeurs)
- + Peter Veitch (piano, accordéon)
- Chris Laurence (contrebasse)
- Jim Cregan (guitare acoustique)
- Simon Jeffes (orgue)
- Dave Takeno, Andy Mcgee, Peter Oxer, Jan (cordes)
- Gavyn Wright (régie des cordes)


1. Los Angeles
2. How Many Ways
3. Rubbernecker
4. Mademoiselle
5. Sorry, I Love You
6. Countryman
7. It's So Hard Singing The Blues
8. Good Old Days
9. Lady I Could Serve You Well
10. Bye, Bye, Bye



             



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