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GLENMOR - Vivre (1972)
Par JOVIAL le 23 Septembre 2014          Consultée 838 fois

Suite à une discussion interne à l’équipe de Forces Parallèles et en réaction à certains commentaires de lecteurs, je tenais à remettre les choses à plat avant d’entamer la chronique d’un nouvel album de GLENMOR. Mes chroniques tentent de refléter le plus fidèlement possible l’œuvre de ce dernier, sans prendre parti pour ses idées, ni en formuler une critique. Les commentaires que je peux en faire sont là pour rappeler le contexte historique bien particulier dans lequel GLENMOR a évolué à l’époque, tout cela pour essayer de comprendre au mieux l’engagement dont Milig ar Skañv a toujours fait preuve sur chacun de ses albums. Il est clair que le lecteur ne se fera guère d’illusions sur les conceptions personnelles du chroniqueur en charge d’un artiste tel que GLENMOR, mais celles-ci demeurent strictement privées et ne seront pas étalées ici. Il ne s’agit pas de faire de ces chroniques une tribune pro-bretonne ou indépendantiste, de partir sournoisement en guerre contre la France parisienne et jacobine. Cependant je suis désolé, il est impossible de faire l’impasse sur les propos politiques du chanteur breton. Bien que la grande majorité de ses chansons, et ceci est un aspect souvent occulté, n’ont aucune connotation partisane, il serait absurde d’écarter volontairement le GLENMOR nationaliste breton, sous un prétexte d’un « politiquement correct » hypocrite, sélectif et diffamant. Autant chroniquer Léo Ferré sans dire qu’il était anarchiste …

Ceci devait d’autant plus être dit qu’avec Vivre nous entrons dans la période la plus « militante » chez Milig ar Skañv, qui coïncide avec les débuts d’une radicalisation du mouvement breton faisant notamment suite à la célèbre grève des travailleurs du Joint français, que le chanteur soutiendra sans faille.

C’est d’ailleurs par un « Vivre » rageur que GLENMOR prend leur défense, dès l’entame de ce troisième album. Tout le monde y passe : les bourgeois poètes-bucoliques qui n’ont jamais dépassé la porte de leurs murailles et se targuent d‘être les garants d’une vraie morale tout en se gavant de hanches et de touffes ; les églises qui rançonnent et avilissent leurs fidèles couillons ; les tout-puissants que la République n’a jamais su faire chuter. La Bretagne elle, pour laquelle le pouvoir n’a fait que changer de nom, attend toujours la prise de la Bastille. Un réquisitoire plein de sarcasmes et remarquablement bien écrit, qui fait facilement de « Vivre » l’un des textes les plus engagés de GLENMOR en 1972, sorte de prélude à l’immense « Princes, entendez-bien … » qui viendra l’année suivante. Dans le même registre, « Nous ne ferons pas pleurer Paris » repart en croisade contre les pontes de la capitale française, pour la survie de laquelle des générations entières de « Français » ont été sacrifiées. Pour la première fois, notre barde s’y adresse à l‘ensemble des peuples de l‘Hexagone et non plus aux seuls Bretons, ces « fils de la glèbe » et ces « chiens de main-d’œuvre » enchaînés, exploités, toute cette chair à canon et ces « esclaves » qui, bientôt, feront trembler les bagnes et les remparts de l’État parisien. GLENMOR signe un texte volontairement grandiloquent et frémissant, le poing levé contre ces « fausses républiques » qui font tant de tort aux Bretons, Occitans, Flamands ou Savoyards. Avec « Klemm Breizh-Izel » (« Complainte de la Basse-Bretagne »), Milig chante enfin la mort programmée de la Bretagne aux portes de l’Europe, morceau cette fois-ci peu convaincant, agaçant duo avec Katell à l’instar du tout aussi raté « Les Temps de la Pluie » sur l’album précédent.

Outre ces trois protest songs qui cachent sans doute un peu trop le reste, Vivre est une œuvre pleine de poésie, beaucoup plus personnelle et introspective que les deux précédentes. GLENMOR se remémore ses amours de jeunesse sur la magnifique « Viviana », en signant au passage l’un de ses plus beaux textes en breton. Sa suite en français, la très poignante « Le Temps des Choses », est un monument oublié chez GLENMOR. L’Amour, sujet toujours voulu candide et donc que beaucoup n’ont su dépeindre qu’avec niaiserie, s’exprime ici par des mots simples, ne parle ni de cœur brisé ni de passion démesurée, se rehaussant juste d’une touche d’un symbolisme discret qui rappelle les influences de notre barde, de Jacques Brel au poète René-Guy Cadou. L’Amour encore lorsqu’il imagine la « Prière de Robinson », triste personnage qu’il habite avec humilité, un homme comblé par Dieu sans l’être par Vénus, terriblement seul sur son îlot de tranquillité. L’Amour enfin avec l’amusante « Les Vierges de 60 ans », raillant gentiment les curés et leurs bigotes qui oublient dans la sainte vieillesse tous les souvenirs d’une folle jeunesse au contraire peu chrétienne …

Plus grave, la courte « Vous Donne » retourne aux paysans, cette société besogneuse et pieuse au sein de laquelle notre barde est né et que les caprices de la Terre feront sans cesse douter comme si, à la moindre difficulté, Dieu n’était plus là pour veiller sur elle. Dans un sursaut d’orgueil cependant, GLENMOR préfère passer outre avec « Memento », épicurienne et pourtant tristement réaliste. La chanson est une réflexion à double tranchant : jouir de la Vie autant que possible et se résoudre devant la Mort ? Ou bien abandonner toutes les futilités de la première puisque la seconde est inéluctable ? On pensait connaître la réponse chez GLENMOR pour qui la vie n’avait que deux voies, liberté et jouissance. Il nous révèle donc ici un côté plus tourmenté de sa personne. D‘ailleurs, « Où va ton Univers » nous le confirmerait presque. La question, Milig se l’adresse à lui-même, tel un désespéré, « où serait ton paradis », qu’est-ce que je veux, pourquoi ? GLENMOR cherche une réponse : c’est pour l‘espoir de trouver un jour la paix, un univers propre à chacun, son paradis.

Rarement un album aura aussi bien porté son titre. Vivre, tout un programme. Vivre, être libre, rester insoumis, aimer, besogner, douter, mourir. L’amertume domine sur ce troisième disque, chaque morceau apporte son lot de regrets contre lesquels GLENMOR lutte par la rage, l’humour ou le refuge de l’être aimé. Vivre en est étonnamment cohérent, « Memento » répond à « Vous Donne », « Prière de Robinson » à « Le Temps des Choses », « Vivre » à « Nous ne ferons pas pleurer Paris ». Un disque plus difficile à apprivoiser de par ses couleurs plus sombres aussi, qui n’est toutefois pas loin d’égaler Cet Amour-là. Tout simplement admirable.

4/5

Morceaux choisis : « Vivre », « Viviana », « Le Temps des Choses » et « Les Vierges de 60 Ans ».

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1. Vivre
2. Viviana
3. Le Temps Des Choses
4. Où Va Ton Univers
5. Memento
6. Nous Ne Ferons Pas Pleurer Paris
7. Klemm Breizh-izel
8. Prière D'un Robinson
9. Vous Donne
10. Les Vierges De 60 Ans



             



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