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Marketa IRGLOVA - Muna (2014)
Par GEGERS le 20 Octobre 2014          Consultée 1542 fois

Il arrive que les mots dépassent la pensée. Une phrase assassine, prononcée un peu trop vite, un reproche, fait sans en mesurer les conséquences. L'inverse est beaucoup plus rare. Lorsque la pensée devient « innommable », qu'elle ne pourrait être décrite par un quelconque vocabulaire, aussi précis fût-il, c'est que le moment est grand, et à chérir. L'indescriptible, vous lui faites face lorsque vous observez un coucher de soleil sur les sommets de Chartreuse, lorsque vous tentez de suivre ce petit bateau, brindille de bois jetée depuis un vieux pont de pierre, dans les méandres d'une rivière d'un calme estival. L'imprononçable, vous le rencontrez lorsque vous posez vos oreilles sur le deuxième album de Marketa IRGLOVA.

Le sublime porte un nom : Muna. « Se souvenir », en langue islandaise. L'Islande, comme une évidence. Visitant le pays une première fois lors d'une tournée de The Swell Season, Marketa tombe, naturellement, sous le charme de cette contrée aux roches rugueuses et bouillonnantes, à la neige imprévisible, qui fouette délicatement sur les falaises abruptes de cette île hors de l'espace et du temps. C'est installée dans ce nouveau pays d'adoption, jeune mère épanouie, que Marketa a écrit en un an à peine les titres qui constituent ce deuxième album d'une richesse époustouflante. Le folk de l'ex-comparse de Glen Hansard est, nécessairement, fortement inspiré par cette terre de glace et de feu. L'album regorge de sonorités inspirées par les paysages nordiques, et utilise ces derniers comme pour mieux les capturer, tenter de les saisir dans leur furtivité : le vent qui illustre le début de « The Leading Bird », on l'imagine aisément mis en boîte sur une des plages de sable noir d'Húsavík. De même que l'Islande offre son lot de soleil et d'intempéries sur une même journée, ce deuxième album de l'artiste souffle le chaud et le froid, mêle les ambiances contradictoires, entrechoque les sentiments. Ce mélange permanent entre accords mineurs et majeurs au sein d'un même morceau se fait porteur d'ambiances disparates, et emmène l'auditeur dans un maëlstrom d'émotions. A la tristesse et la mélancolie d'un piano (que Marketa maîtrise à la perfection) ou d'une ligne mélodique vient soudainement s'opposer un même piano porteur de joie d'espoir, un ensemble de choeurs ou une guitare acoustique. La voix-même de Marketa traverse différents états sur un même morceau, se faisant délicate autant qu'affirmée et puissante, bien plus que par le passé. « Without a map » ou « Time immemorial » sont sans aucun doute les meilleurs exemples de ce voyage dans le voyage, de ce big bang folk des sentiments qui happe et bouleverse.

Muna laisse une très grande place à la spiritualité. La longue nappe « Point of creation » qui ouvre l'album, évoque un cantique. Marketa s'adresse directement à dieu, lui parle, l'interpelle, le traite en égal (« Dieu, je sais que tu m'écoutes »). Ainsi, tout au long de cet album, l'auditeur a l'impression de prendre une certaine hauteur, de tutoyer le divin. Un petit coup d'oeil en bas, et voici que l'on contemple les désastres humains, notamment la guerre (« Time immemorial »), tout comme il apprécie les bonheurs simples d'une nature intacte (« Seasons Change » et ses bruitages d'eau) et prend du recul sur son existence (« Remember who you are »). Si certaines sonorités orientales sont de la partie comme c'était déjà le cas sur Anar (le long et alambiqué « Fortune Teller »), l'essentiel des morceaux repose sur un mélange réussi entre piano et guitare acoustique, agrémenté d'arrangements variés (plus de 27 musiciens ont participé à l'enregistrement) qui offrent à l'album une richesse et une profondeur époustouflantes.

On se perd, entre le ciel, l'Islande et les yeux bleus profonds d'une artiste dont la sensibilité à fleur de peau donne naissance à un chef-d'oeuvre folk contemporain. A la fois désespéré et plein d'espoir, Muna est un album qui se découvre et se redécouvre sans cesse, nous emmène de surprises en surprises (« Gabriel » fait sonner ses trompettes) pour confirmer le tour de force musical que vient de réaliser Marketa IRGLOVA. Tout ici se déguste comme un met rare et exceptionnel, avec d'autant plus de saveur que le précédent opus de l'artiste tchèque datait déjà de trois ans. Une splendeur. Comment cela se traduit-il en Islandais ?

Le clip de "The Leading Bird" : https://www.youtube.com/watch?v=HaTsGAtT_sw

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1. Point Of Creation
2. Time Immemorial
3. The Leading Bird
4. Fortune Teller
5. Without A Map
6. Remember Who You Are
7. Mary
8. Phoenix
9. Seasons Change
10. Gabriel
11. This Right Here



             



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