Recherche avancée       Liste groupes



      
VARIETE FRANCAISE  |  STUDIO

Commentaires (1)
L' auteur
Acheter Cet Album
 


 

 Site Officiel (445)

Laurent VOULZY - Le Coeur Grenadine (1979)
Par MARCO STIVELL le 21 Mars 2015          Consultée 1391 fois

Lorsque son premier album est publié en 1979, Laurent VOULZY (dont le vrai prénom est Lucien), trente ans déjà bien sonnés, n'est pas un novice. Ce descendant de politiciens guadeloupéens du côté de son père, ayant grandi à Paris a, comme beaucoup d'autres, pris le temps de se faire connaître ; tout le contraire d'une star éphémère en somme. Après avoir été musicien de bal puis chef-d'orchestre de variété, à l'orée de la décennie 70, il publie de nombreux singles qui manqueront de se faire remarquer, comme Jean-Jacques Goldman quelques années plus tard.

Puis c'est la rencontre avec un nouveau jeune premier de la chanson française, Alain SOUCHON, son ami et plus fidèle compagnon musical. Les tubes vont se succéder : « J'ai Dix Ans », « Bidon », « Jamais Content », « Le Bagad de Lann-Bihoué »... SOUCHON signe les textes, et VOULZY, les musiques. La formule s'adapte autrement en 1977 quand c'est VOULZY qui prend le micro et qui pose son nom sur la pochette, pour « Rockollection », avec le succès que l'on sait.

Ce titre est pourtant bien représentatif du talent de VOULZY, un petit génie touche-à-tout, grand mélodiste et pétri de ses amours musicales, au féminin. Le chant en français n'est à la rigueur qu'un prétexte pour continuer sa collaboration avec SOUCHON et se faire mieux connaître à l'échelle du pays de Molière : le message est généralement moins percutant et « littéraire » par rapport aux textes que SOUCHON chante lui-même, les mots sont plus étroitement liés à la musique.

D'autre part, on remarque déjà avec ce premier 33 tours, deux grands axes d'influences pour VOULZY et son oeuvre : un horizontal et un vertical. Ce dernier, parti de Paris, c'est celui qui rejoint les Antilles, son histoire « naturelle », celle de sa famille, et moins du côté de son père qu'il a peu connu que de celui de sa mère, Marie-Louise Voulzy, ancienne chanteuse et danseuse qui l'a élevé, qui parle créole et écoute énormément de musique antillaise. Comment faire une entrée en matière plus personnelle et délicate que « Le Coeur Grenadine », avec sa mélodie aérienne et ensoleillée, sa guitare bluesy, ce cha-cha léger sur lequel plânent ces mots : « J'suis né dans le gris par accident ». Pour sûr, dans son domaine, Laurent VOULZY ne se considérera jamais vraiment Parisien...

C'est qu'en plus, il y a l'autre axe, l'horizontal, qui part aussi de Paris, un billet d'avion qui fait escale à Londres et qui atterit aux USA, en Californie. En gros, la musique qu'il aime depuis l'adolescence et des paroles qui illustrent, les années 60, Beatles en tête mais aussi Rolling Stones, Beach Boys, Them, Bee Gees, etc, comme on le sait depuis « J'ai dix ans », premier succès de SOUCHON calqué musicalement sur Paul McCartney, et bien sûr l'ensemble de « Rockollection ».

Laurent VOULZY, le jeune métis frisé aux lunettes emblématiques, devient ainsi l'un des ambassadeurs de la musique anglo-saxonne « à la française », à contre-courant aussi (rappelons l'époque !), certes très fortement influencé mais conservant cette empreinte qui le rend tout de suite reconnaissable, jusque dans les riffs de guitare. Trop même, parfois, comme c'est le cas sur ce premier disque avec l'intro de « Lucienne Est Américaine », alors que deux ans à peine le séparent du tube de 77... Pas étonnant que ce titre fasse partie des oubliés de VOULZY, plus brouillons (les arrangements de bruits et choeurs), moins efficaces, moins durables, destinés à remplir un 33 tours en sus de quelques bijoux.

Dans le même registre, on peut citer « Hé P'tite Blonde », rock-doo wop de bar (loubard même), et le reggae « En Tini » (« avoir » en créole antillais), aux paroles effectivement musicales mais un peu fourre-tout, mentionnant tout de go les droits des femmes non-respectés et les Parisiens qui viennent draguer aux Antilles. Les arrangements sonnent fortement démodés, et l'ensemble de ces morceaux peu aboutis encore une fois, sans parler de la reprise disco du « Qui Est In, Qui Est Out » de Serge Gainsbourg, rigolote mais à l'intérêt limité. De toute évidence, l'artiste mettra du temps à s'accomplir dans cet exercice du 33 tours, lui qui aime tant la jouer rétro avec sa science du « single face A », indépendant de l'album, comme il le confirmera par la suite.

Restons sur les quelques perles de l'opus, outre « Le Coeur Grenadine », « Grimaud » et sa tendance à l'évasion, sorte de road-movie ensoleillé ambiance Côte-d'Azur, et le feutré « Cocktail Chez Mademoiselle » au long jam final. Les musiciens du disque sont des camarades, Daniel Oillic, Pascal Stive, mais aussi Claude Le Péron et Philippe Grandvoinet qui rejoindront Jean-Jacques Goldman plus tard. « Karin Redinger » propose un swing aussi léger que le ton que prend VOULZY quand ils parle des filles/aux filles, avec tendresse ou autodérision, et dans ce dernier cas, un décalage naturel entre français et anglo-saxons. Globalement sur ce premier essai, le talent est là, mais les meilleures idées viendront avec le temps.

A lire aussi en VARIETE FRANCAISE par MARCO STIVELL :


Gilles SERVAT
Hommage à René Guy Cadou (1980)
Poèmes en musique




Les MUSICIENS DU LYCéE MILLET
2006-07 (2007)
The eagles, diana ross, the chieftains et fauré


Marquez et partagez





 
   MARCO STIVELL

 
  N/A



- Laurent Voulzy (chant, guitares, basse, claviers)
- Ann Calvert (choeurs)
- Claude Le Péron (basse)
- Daniel Oillic (guitares)
- Christian Rohsem (guitares, choeurs)
- Philippe Grandvoinet (claviers)
- Pascal Stive (claviers, choeurs)
- Charles Benaroch (batterie)


1. Le Cœur Grenadine
2. Hé ! P'tite Blonde
3. Karin Redinger
4. Grimaud
5. Lucienne Est Américaine
6. En Tini
7. Cocktail Chez Mademoiselle
8. Qui Est In Qui Est Out



             



1999 - 2017 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod