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- Style + Membre : Chaz Jankel & Brenda Jones

Chaz JANKEL - Looking At You (1985)
Par BAKER le 23 Novembre 2018          Consultée 160 fois

S'il est peu pertinent de mettre les gens dans des cases, surtout en matière de musique où le ressenti personnel est presque physique, il y a fort à parier qu'on ne trouvera que deux types d'auditeurs pour ce quatrième album de Chaz JANKEL : ceux qui détesteront parce que c'est trop années 80, et ceux qui avoueront un petit, un gros faible parce que c'est tellement années 80 ! La mutation est en effet assez spectaculaire : sans tout à fait tourner le dos à la funk qui a fait sa récente gloire éphémère, notre sympathique britannique se met à la page et sort ici un album entièrement consacré à la recherche du tube 80s idéal.

Il y a d'abord le son et les arrangements. Principaux vecteurs de boutons allergènes pour ceux qui détesteront ce disque, ils sont soignés à l'extrême. Oh je ne parle pas de bon goût hein, nous sommes en 1985, le Yamaha DX7 règne sur l'univers connu et inconnu, les sons de faux cuivres et de fausses basses sont légion et vous avez des bruitages qui zigouigouitent et bruitbruitittent dans tous les sens, à vous en écoeurer et vous faire ressortir un bon vieux DYLAN de 1963. Mais si vous aimez la surenchère de détails et les chansons méticuleusement architecturées, Looking at You vous procurera un irrépressible petit frisson de plaisir. Mon 33 tours état moyen acheté un euro sur un vieux marché sonne comme un CD 24-bit frais moulu de chez Sony. Cocottes funk, percussions, slaps de basse, c'est propre à en faire passer Brothers in Arms pour un album de garage punk.

Ensuite, vous avez les mélodies. JANKEL, comme d'habitude, tourne un petit peu en rond au sein d'un même disque, ainsi les mêmes scansions se retrouveront d'un couplet sur l'autre, mais quand il fait mouche, ça tape dur : le refrain de "Little Eva" par exemple, si stupide qu'il en devient contagieux ; le couplet chaloupé de "Rhythm in my Life", curieux tant il est simpliste voire naïf mais avec une tournure harmonique qui chope l'auditeur par les deux mollets. Quand la mélodie ne suffit pas, ou quand il la chante moyennement bien ("Tonight's the Night" notamment), il met le paquet sur les arrangements, et vous savez quoi ? Il y met tant de coeur qu'avec un chouïa de mauvaise foi, on se laisse facilement entraîner.

A ce titre, "Hard Music" ouvre l'album de façon spectaculaire pour le moins. C'es vraiment une mise à jour de JANKEL en version 1985, avec une débauche de sons quasi-gavante, une rythmique agressive, percutante, et cerise sur le gâteau une section de cuivres à la Phil COLLINS qui n'est pas venue faire de la figuration. Le morceau final quant à lui en surprendra plus d'un : non, ce ne sera pas l'acoustique "Boy on the Bridge" (par ailleurs plutôt frais), mais un "Love Rhythms" festif, positif, au tempo rapide, avec solo de timbales et de slap bass à réveiller un mort : "style over substance", de façon nette, mais au moins cette surproduction est assumée jusqu'au bout.

Entre ces deux extrémités, de la bleuette tout à fait charmante ("Looking at You"), de la funk un peu plus sombre, fataliste ou du moins inquiète ("Tell me Tell me"), une excellente pop song qui mélange le glacial et la chaleur humaine ("Eastern Light", aux sons cristallins), et puis en plein milieu, un baroud d'honneur, une pierre angulaire d'un genre : "Number One". Immense succès de radio et de club, surtout en France, ce tube légendaire est la quintessence de tout ce qu'on peut reprocher aux années 80 : paroles axées "moi je", riff de gros cuivres synthétiques gras, basse vulgaire, boite à rythme ostensiblement mise en avant, abus de choeurs, mélodie simplette. Pour toutes ces raisons, et la liste n'est pas exhaustive, j'adore ce morceau et ne suis évidemment pas le seul. Curieusement, la version sur album, plus longue, se montre un peu moins intéressante : le format 3m50 coupé à la tronçonneuse lui va comme un gant !

Alors certes, la funk racée des albums précédant est dévoyée, le côté prog du premier disque totalement oublié, JANKEL n'a ici qu'un but : pondre du tube. Et il faut avouer que ça fonctionne pas mal. Tous les titres de ce disque sont mémorables, à l'exception peut-être du dernier qui n'est pas fait pour qu'on s'en souvienne, mais au contraire qu'on ne se souvienne plus de rien (après douze téquilas). Oeuvre à part, "Looking at You" fait partie de ces disques que j'aime car ils sont "commerciaux" mais assumés comme tels et poussés à l'extrême de cette logique : de tout partout, dans tous les sens, en espérant toucher des cibles à droite à gauche. Ca a marché clairement avec "Number One", mais d'autres titres risquent d'accompagner votre petite voix intérieure pendant quelques semaines. Tenez, un test : Little Eva, little i-vahi-vahi-vahiiiva.... Z'êtes foutu. J'utilise souvent le terme de plaisir coupable, mais n'est-il pas ici le plus adéquat ?

Note finale : 3,75/5 si on veut être aussi mathématique que la production

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- Chaz Jankel (chant, choeurs, claviers, prog, guitare, percussio)
- Robby Taylor (claviers, prog)
- Paul Samuelson (prog)
- Zeus B Held (prog)
- Norman Watt-roy (basse)
- Pete Van Hooke (batterie)
- Charley Charles (batterie, percussions)
- Jeff Daly (saxophone)
- Andy Macintosh (saxophone)
- Tim Sanders (saxophone)
- Caroline Lavelle (strings)
- Andy Brown (violon)
- Jonathan Rees (violon)
- Liz Layton (violon)
- Chris Taylor (percussions)
- Martin Ditcham (percussions)
- Kenny Young (choeurs)
- Terry Roberts (choeurs)
- Germaine Johnson (choeurs)
- Tessa Niles (choeurs)


1. Hard Music
2. Tonight's Our Night
3. Rhythm In My Life
4. Little Eva
5. Eastern Light
6. Number One
7. Tel Me, Tell Me
8. Looking At You
9. The Boy On The Bridge
10. Love Rhythms



             



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