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Tracy NELSON - In The Here And Now (1993)
Par LE KINGBEE le 3 Février 2020          Consultée 377 fois

Tracy NELSON fait partie d’une longue liste de chanteuses blanches tendance hippie tombées très tôt dans la marmite Blues. Native de Madison (Wisconsin) où elle voit le jour fin 1944, Tracy Nelson se passionne pour la musique noire en dévorant les programmes de la WLAC. Adolescente, elle fait ses gammes au sein du Fuller ‘s Wood Singers, enchaîne chez les Fabulous Imitations, un groupe Folk comme il en existe à la pelle. Elle met la musique entre parenthèse pendant deux ans afin de se consacrer à ses études en sciences sociales.
En 1965, Tracy met en boite son premier bébé "Deep Are The Roots" épaulée par l’harmoniciste Charlie MUSSELWHITE pour le label Prestige. A Chicago, Muddy WATERS et Otis SPANN la prennent sous leurs ailes, l’ancienne étudiante rejoint San Francisco où l’herbe est plus verte et l’eau plus bleue. Elle intègre le groupe Mother Earth qui vient de décrocher un contrat avec Mercury avec à la clef quatre disques. Le groupe tourne alors en première partie des grosses vedettes du moment : GRATEFUL DEAD, HENDRIX, JOPLIN, JEFFERSON AIRPLANE.

En 1969, Tracy Nelson décide de s’établir à Nashville, Mother Earth suit sa chanteuse et grave "Make A Joyful Noise". Au total elle enregistrera six disques au sein de Mother Earth avant de voler vers une carrière solo. Entre 1974 et 1980, Tracy grave six albums, "After The Fire Is Gone" chanté en duo avec Willie Nelson lui vaut une nomination au Grammy Award. Durant les années 80, la chanteuse se transforme en auteure et ne se produit plus que sporadiquement ou comme invitée. En 1993, tel le diable surgissant de sa boite, Tracy Nelson fait son retour avec ce onzième opus édité par l’excellent label Rounder.

Enregistré au Sound Emporium, studio très prisé de Nashville (c’est là que Chuck BERRY a gravé son dernier disque, là où défilèrent Al GREEN, Willie Nelson, ou les nouveaux Kenny Chesney et Trisha Yearwood), In The Here And Now peut s’appuyer sur une production bien léchée avec Tommy Goldsmith aux manettes. Guitariste de session pour Hazel Dickens, David Olney ou les Riders In The Sky, compositeur affirmé et producteur attentif, Goldsmith concocte également une solide équipe d’accompagnateurs polyvalents s’articulant entre autre autour de l’organiste Reese WYNANS (ex Captain Beyond, Carole King, Stevie Ray Vaughan) et du guitariste Mike Henderson (déjà entendu avec Guy Clark, Emmylou Harris ou John Hiatt). Si depuis une quinzaine d’années Nelson a beaucoup composé pour les autres, elle ne délivre ici qu’une unique compo avec le mid tempo « Living The Blues » avec l’excellent Gregg Wetzel au piano, tandis qu’Henderson apporte une touche low down avec son harmonica. La chanteuse s’offre un habile répertoire combinant inusités et semi classiques.

Le disque s’ouvre avec verve avec "Every Night Of The Week", un hit mineur de Larry Birdsong repris par Lou Ann Barton. L’orgue et la guitare slide mettent la chanteuse au diapason via une orchestration mitonnée aux petits oignons. Une version qui relègue bien loin celle d’Earl Gaines. "In The Here And Now", une ballade bluesy a été composée spécialement pour l’occasion, les cuivres emmagasinent un peu de chaleur. Gros moment de quiétude et d’épanouissement avec "Motherless Child Blues", un inusité de la guitariste texane Elvie Thomas. La guitare de Gary Nicholson se met en mode urbain sur "When It All Comes Down", une compo de Will Jennings jouée par BB KING au festival de Montreux cette même année. Le morceau a fait le tour du monde, King cassant une corde et imperturbable continuant à gratter comme si ne rien n’était.

Parmi les titres reconnus, la steel guitar d’Henderson modernise juste ce qu’il faut le "Walk Away" popularisé par Mitty COLLIER et Ann PEEBLES, alors que l’orgue nous tisse un enrobage des plus délicat. La rythmique apporte de la souplesse sur "Go Down Sunshine", un vieux rag d’Hociel Thomas♦ remontant aux années 20. Une version modernisée qui rompt avec l’interprétation barbante et maniérée d’Odetta. Elle s’attaque au standard d’Elmore JAMES "It Hurts Me Too" adapté d’une chanson de Tampa Red. Si le titre gravé en avril 57 avec Eddie TAYLOR et Wayne Bennett en accompagnement guitare demeure le titre idéal pour tout apprenti de slide, la version présente version se révèle trop respectueuse, presque scolaire ; la rythmique avec une basse trop présente prend le pas sur le chant et la guitare d’Henderson. On attendait une interprétation plus aventureuse. La chanteuse reprend "Whatever I Am (You Made Me)", une compo de Willie DIXON. Il s’agit là d’un vrai cheval de bataille, Tracy chantait ce titre vingt plus tôt au sein de Mother Earth. Popularisé par l’excellente Koko TAYLOR pour Checker en avril 65, ce titre sombre met en lumière le phrasé d’harmonica de Charlie Musselwhite, ancien complice de Mother Earth. Sous une mélodie poisseuse qui devient vite obsédante, Tracy nous délivre ici une version épurée, bien supérieure à la guimauve pontifiante de Nina SIMONE.

Incursion au cœur des bayous avec "Miss You Like The Devil", hit de Slim HARPO, interprété ici avec des saveurs New Orleans se démarquant des traditionnels carcans. Si l’harmonica est remplacé par des volutes de cuivres, le piano endosse le premier rôle alors que la slide se montre trop sobre à notre goût. Une version qui sort des sentiers battus mais qui ne fait pas oublier la version d’origine ou celles de Lazy LESTER, Ron Hacker ou celle plus récente du tandem Big Jon Atkinson/Bob Corritore. Le disque se clôt avec une belle surprise avec un grand succès de Percy Mayfield "Please Send Me Someone To Love". Si l’original datant de 1950 sonne aujourd’hui daté et sirupeux la ballade bluesy fut l’objet de belles reprises : The Moonglows, Garnet Mimms, Ruth Brown, Solomon BURKE jusqu’à SADE. Après une intro parlée de Bill "Hoss" Allen, célèbre animateur radio de la WLAC, Tracy Nelson s’attaque à cette pépite accompagnée par l’une de ses idoles Irma THOMAS qui reprenait le morceau au milieu des sixties. Si l’orchestration nous renvoie encore vers la Crescent City ce sont la dualité et la juxtaposition des deux timbres de voix qui accrochent l’oreille pour un morceau plein de feeling et de peps.

Excellente chanteuse polyvalente, Tracy Nelson nous délivre ici un bon disque orienté sur le Blues. Pas d’esbroufe, un répertoire judicieux, cohérent avec une production sans surenchère font de ce disque un achat recommandable. Tracy Nelson est toujours en activité, elle se produit souvent dans un rôle de guest. Cette galette parvient à passer les ans sans la moindre ride. Note réelle 3,5.

♦Chanteuse originaire du Texas, Hociel Thomas (aucun lien avec Irma) est la nièce de Sippie Wallace. Excellente contre alto elle a chanté dans les années 20 accompagnée par Louis Armstrong. Après une longue parenthèse, on la retrouve après-guerre dans l’orchestre de Kid Ory et sur des enregistrements pour le label Circle. A la fin des forties, suite à une bagarre avec l’une de ses sœurs, Hociel devient aveugle tandis que la frangine passe l’arme à gauche. Elle ne sera pas condamnée mais rejoindra sa sœur victime d’une crise cardiaque trois ans plus tard.

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- Tracy Nelson (chant)
- Irma Thomas (chant 11)
- Mike Anderson (guitare, harmonica 2)
- Gary Nicholson (guitare 3-7)
- John Gardner (batterie)
- Mike Doster (basse 3-4-5-7-8-9)
- Ron Eoff (basse 1-6-10-11)
- Toni Schulster (basse 2)
- Reese Wynans (orgue, piano)
- Gregg Wetzel (piano 2)
- Crispin Coe (saxophone 3-4-7-10-11)
- Arno Hecht (saxophone 3-4-7-10-11)
- Larry Etkin (trompette 3-4-7-10-11)
- Bob Funk (trombone 3-4-7-10-11)
- Charlie Musselwhite (harmonica 9)
- Nanette Britt (choeurs 2-3)
- Jonell Mosser (choeurs 2-3)
- Pebble Daniel (choeurs 2-3)


1. Every Night Of The Week
2. Living The Blues
3. In The Here And Now
4. Walk Away
5. Go Down Sunshine
6. Motherless Child Blues
7. When It All Comes Down
8. It Hurts Me Too
9. Whatever I Am (you Made Me)
10. Miss You Like The Devil
11. Please Send Me Someone To Love



             



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