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- Membre : Mother Earth

Tracy NELSON - Life Don't Miss Nobody (2023)
Par LE KINGBEE le 20 Novembre 2023          Consultée 478 fois

Douze ans que Tracy NELSON n’avait pas enregistré un album sous son nom. L’ancienne chanteuse de MOTHER EARTH n’avait pas totalement disparu des écrans radars, invitée par ci par là à venir pousser la chansonnette sur un titre d’artistes désireux de la remettre en selle. Ces dernières années, Tracy participait à l’aventure Blue Broads, une formation à géométrie variable comprenant ses amies Angela STREHLI, Dorothy Morrison, Annie Sampson. Elle poursuivra son parcours chantant épisodiquement au sein des Bel Airs avant de rejoindre le Chamber Blues de Corky Siegel en 2021 à raison d’une quinzaine de concerts annuels, tout en rejoignant une ou deux fois par an Irma THOMAS et Marcia Ball pour des concerts réunions caritatifs.

L’annonce de Life Don’t Miss Nobody avait de quoi faire saliver les fans. Si durant près de six décennies, la chanteuse a navigué entre Blues, Country Soul et Country Rock, elle se range désormais dans le domaine de l’Americana, au même titre que Lucinda WILLIAMS.

La pochette toute simple à l’image de son quotidien (un ranch, un mari, des chiens) ne donne aucune indication sur son contenu. Si la couvrante la montre assise sur un canapé en cuir passé de mode, le visuel dorsal nous rassure quelque peu, Tracy est devant son pick-up dans lequel trône un chien, la seconde passion de la chanteuse après la musique. Seule ombre au tableau, le titre ambigu traduisible par La vie ne manque à personne, ou La vie n’épargne personne (au choix) laisse une impression de chant du cygne.

Après un examen rapide du contenu, on est surpris de n’entrevoir que deux petites compositions parmi les 13 pistes ("Hard Time" est présent en deux versions). En fait, alors qu’elle aurait pu mettre à profit cette décennie quasi sabbatique pour nous offrir de nouvelles chansons, Tracy Nelson privilégie ici une sorte d’album réunion en regroupant diverses personnalités qui ont jalonné son parcours musical.

Enregistré à Nashville au Bell Tone Studios de Roger Alan Nichols (Steven TYLER, Larkin Poe) , un "touche à tout", compositeur, multiinstrumentiste, ingé-son et coproducteur pour l’occasion, cet opus propose du beau linge au niveau accompagnement avec une pléthore de requins de studios : les claviéristes Kevin McKendree (ex Buddy Guy, Brian SETSER, Tom PRINCIPATO) et Jim Pugh (Robert CRAY, BB KING) et trois fidèles équipiers avec le bassiste contrebassiste Byron House (ex Robert PLANT, Buddy Miller), le batteur John Gardner (ex Ricky SKAGGS, Taylor SWIFT) et le guitariste Mike Henderson* (fondateur des Bluebloods).
On retrouve également une foule d’invités dont certains semblent être venus à bride abattue. Derrière un épais canevas allant du Honky Tonk au Hillbilly avec des incursions dans le Blues et le Country Rock, Tracy Nelson nous propose ici une sorte de panorama de ses spécificités, une rétrospective qui hélas semble présager d'un chant du cygne.

De par la diversité de son répertoire et l’éclectisme des invités, plusieurs pistes s’orientent vers la Country (au sens large). En ouverture elle reprend "Strange Things Happening Every Day" un Rag Gospel de Sister Rosetta THARPE, transformé en une combinaison de Western Swing et de Boogie Country aussi enjouée que vintage. Une version selon nous plus digeste que celles de Johnny CASH et Tom JONES. Les frontières entre Country, Soul et Gospel sont parfois plus tenues qu’il n’y parait, "There Is Always One More Time" en est le parfait exemple ; cette ancienne compo de Doc Pomus enregistrée préalablement par Joe COCKER et Irma THOMAS se retrouve transfigurer sous la forme d’un Country Gospel via l’harmonica de Mickey Raphael. Hit d’Hank WILLIAMS, "Honkin’ Tonkin’" est ici chanté par Willie Nelson pour une version entre Western Swing et Honky Tonk avec saupoudrage d’harmonica et d’une pedal steel exaspérante. Si comme moi vous n’êtes pas fan de la voix de l’homme au bandana passé par tous les courants, vous ferez abstraction de cette piste. Enfin elle délivre deux versions de "Hard Times", titre de Stephen Foster composé au milieu du XIXème siècle et popularisé pendant la Guerre de Sécession. Si la première version en droite ligne avec le registre Americana avec accordéon reste chargée de tristesse, la seconde est interprétée en solo, Tracy s’accompagnant d’une guitare 12 cordes, un retour aux sources qui nous renvoie vers son premier disque enregistré avec le talentueux Charlie Musselwhite.

S’il fallait détacher un titre de l’album pour représenter l’univers de Tracy Nelson, "I Did My Part" pourrait figurer en tête de gondole. Cette compo d’Allen Toussaint, grand artisan de la Soul NOLA, enregistrée dans une version Deep Soul par Irma THOMAS avait fait l’objet d’une reprise par MOTHER EARTH. Là, Tracy retrouve Irma Thomas et Marcia Ball pour une judicieuse relecture, une véritable passerelle entre Soul et Country. Une version courte qui va à l’essentiel et dans laquelle les trois amies ont visiblement pris plaisir à se retrouver. Largement supérieure à la reprise ampoulée de Rita COOLIDGE. Dans une moindre mesure, "Brown Eyed Handsome Man" de Chuck BERRY pourrait lui aussi servir de pont entre Country, Rock et Soul, la guitare de Larry Cheney apporte un soupçon d’exotisme renforcé par la complicité des différentes chanteuses.

Les premières influences Blues de la chanteuse constituent une partie importante de son art. Elle retrouve un ancien compagnon de route avec l’harmoniciste Charlie MUSSELWHITE sur "It Don’t Make Sense", une compo de Willie DIXON. Le phrasé d’harmonica associé au jeu de guitare d’Henderson et à une basse pleine de rondeur nous dresse 5 minutes d’hypnotisme. Du Blues Cosmique à l’état pur. Autre bonne pioche avec "Compared To What", création de Gene McDaniels mise à toutes les sauces (Roberta FLACK, Billy PAUL, Al JARREAU). Là, le saxophone de Terry Hanck apporte une brèche Jazzy et Funky de première force dans laquelle s’engouffre le piano de Steve Conn. Titre mineur de Sonny Boy Williamson, "Your Funeral And My Trial" s’oriente vers le Delta via la guitare à résonateur de Jontavious Willis. Un titre lancinant et poisseux à souhait pour une version plus authentique en comparaison de celle de Joe BONAMASSA, bien trop démonstrative. Nelson remonte dans la machine à explorer le temps avec une immersion dans les années vingt avec "Yonder Come The Blues" de Ma Rainey. La clarinette de Doug Mosher nous plonge dans une atmosphère Rag avec un zest de Hokum.

Deux compos viennent agrémenter l’album : "Life Don’t Miss Nobody", une ballade parfumée d’embruns de Calypso et d’un délicat nappage de cuivres, apporte une touche mélancolique en rupture avec le ton de l’ensemble. Chanté pendant plus de trente secondes à capela, "Where Do You Go (When You Can’t go Home)" nous renvoie entre cantique et Country Gospel, mettant les harmonies vocales à l’honneur.

Comme bien souvent, Tracy Nelson nous livre un album éclectique dans lequel Rock, Blues et diverses branches de la Country viennent s’assembler avec bonheur et authenticité. Les arrangements et l’orchestration demeure de qualité, les invités rendent un bel hommage à leur hôte et semblent tous investis par le biais d’une longue amitié. Le manque de compos et les deux pistes avec Willie Nelson et son harmoniciste Mickey Raphael au jeu trop scolaire coutent un point au disque.

* Mike Henderson nous a quitté le 22 septembre 2023.

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   LE KINGBEE

 
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- Tracy Nelspn (chant, guitare 13, orgue 3)
- Marcia Ball (chant 6-11-12, chœurs 6)
- Irma Thomas (chant 6)
- Willie Nelson (chant 8)
- Terry Hanck (chant 10, saxophone 10)
- Mike Henderson (guitare 1-4-9)
- Larry Cheney (guitare 3-5-7-8-10-12)
- Jontevious Willis (guitare 4)
- Roger Alan Nichols (guitare 6-8-11)
- Mike Johnson (pedal steel 8)
- John Gardner (batterie)
- Byron House (contrebasse 1-3-4-5-7-8-10-12, basse 2-6-9-11)
- Kevin Mckendree (piano 1-2-4-6-9-11-12, chœurs 1)
- Steve Conn (piano 3-5-10, accordéon 7)
- Jim Pugh (orgue 7-11)
- Mickey Raphael (harmonica 2-8)
- Charlie Musselwhite (harmonica 9)
- Mike Dysinger (congas 3)
- Warner Jack (saxophone 3-6)
- Dominique Caster (saxophone 3-6)
- Chose Carpenter (trompette 3, saxophone 6)
- Gabriel Collings (trompette 6)
- Doug Mosher (clarinette 5)
- Diane Davidson (chœurs 2-7-11-12)
- Vickie Carrico (chœurs 2-7-11-12)
- Reba Russell (chœurs 2-11-12, chant 12)
- Isaac Ferguson Dillard (chœurs 2-9-11)


1. Strange Things Happening Every Day
2. There Is Always One More Time
3. Life Don’t Miss Nobody
4. Your Funeral And My Trial
5. Yonder Come The Blues
6. I Did My Part
7. Hard Times
8. Honky Tonkin’
9. It Don’t Make Sense
10. Compared To What
11. Where Do You Go (when You Can’t Go Home)
12. Brown Eyed Handsome Man
13. Hard Times



             



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