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- Membre : Mother Earth

Tracy NELSON - Victim Of The Blues (2011)
Par LE KINGBEE le 22 Janvier 2023          Consultée 467 fois

Depuis le nouveau millénaire, Tracy NELSON enregistre principalement pour de petits labels indépendants, cela lui permet de garder la main mise sur la direction artistique. Si la chanteuse se produit encore sur scène à raison d’une cinquantaine de concerts par an et si elle joue parfois un rôle de guest sur plusieurs albums, sa discographie ne compte que trois disques dont un Live depuis 2001.

En 2011, Tracy décidait de retourner en studio afin de concocter un nouvel album et autant dire que "Victim Of The Blues" tient un peu du miracle. Alors que les sessions sont pratiquement bouclées, la fermette où elle vit depuis des lustres prend feu. L’incendie laissera des traces irréversibles, Tracy a tout perdu : ses archives, ses effets personnels, un piano familial et deux de ses neuf chiens n’ont pas survécus. Dans son malheur et grâce au concours des pompiers volontaires du Tennessee, le home studio attenant la bâtisse a pu être sauvé. Avec son compagnon Mike Dysinger, un ingé-son producteur ayant collaboré entre autres avec Charlie Feathers, Scotty Moore, Maria Muldaur ou le belge ARNO, Tracy décide aussitôt de se remettre en selle afin de publier son 24ème disque.

Si Nelson a connu une forte popularité durant les années 60 et 70, quand la plupart des maisons de disques et des boîtes de productions pour lesquelles elle était sous contrat voyaient en elle une future Janis JOPLIN ou pour d’autres une nouvelle star de la Country, ses premières influences proviennent du Blues. Bien avant de connaître le succès au sein de MOTHER EARTH, Tracy avait fait équipe avec Charlie MUSSELWHITE, enregistrant au passage un pur album de Blues édité par Prestige Records Deep Are The Roots *. Si à ses débuts, Tracy a écumé les scènes Flower Pop et Acid Rock alors dominées par GRATEFUL DEAD, JEFFERSON AIRPLANE et toute une kyrielle de groupes californiens, l’impact du Blues sur ses diverses productions a toujours été palpable et sous-jacent. Pour la seconde fois de sa carrière, échappant à tout diktat d’une maison de disques, Tracy retranscrit et rend hommage à ce qu’elle entendait à la radio. C’est en effet en écoutant les programmes nocturnes de la WLAC, station de radio basée sur Music Row (Sud-Ouest de Nashville), que Tracy fit ses premières découvertes via les émissions de John Richbourg, Gene Nobles ou Hoss Allen dédiée au Blues et au R&B.

Enregistré à Nashville, Victim of The Blues demeure également une histoire d’amitié. Tracy Nelson fait appel à des musiciens chevronnés, ceux qui l’accompagnent depuis plus d’une quinzaine d’années. C’est ainsi qu’elle retrouve une solide section rythmique avec le bassiste Byron House (ex-Buddy Miller, Julie Miller, Amy Grant), le batteur John Gardner (ex-Al KOOPER, Ricky SCAGGS, Phoebe Snow) et le guitariste Mike Henderson (ex- Lucinda WILLIAMS, Emmylou HARRIS, Guy CLARK). Une équipe chevronnée et soudée aussi à l’aise dans le Blues que dans l’Americana. Pour combler la troupe Jimmy Pugh (ex-Robert CRAY, LITTLE CHARLIE & The NIGHTCATS, Tommy Castro) vient prêter main forte à l’orgue et au piano. Plusieurs amies sont invitées pour participer à la fête, à l’image de Marcia Ball ou d’Angela STREHLI. Une solide troupe de choristes est également conviée aux festivités parmi lesquelles le chanteur de Gospel James Nixon et Reba Russell, tandis que le guitariste George Bradfute (ex-Webb WILDER) profite de sa venue à Nashville pour participer à un titre.

Tracy NELSON part sur les chapeaux de roues avec "I’ll Be Mine", un titre de Willie DIXON chanté par Howlin’ WOLF au début des sixties. Mitonné à la sauce Pub Rock par DR. FEELGOOD et LITTLE BOB STORY, puis à la sauce texane par Stevie Ray VAUGHAN, là c’est un véritable Rockin’ Blues que nous offre le quintet avec une sonorité vintage tirée du meilleur tonneau. La dualité entre le piano et la guitare étant arbitrée par une rythmique réglée comme une montre suisse. Second titre de DIXON avec le standard "Howlin’ For My Baby" popularisé par le Loup Hurlant. Si la Gibson d’Henderson prend une coloration vintage, le titre vaut surtout par le duel que se livrent Tracy et son amie Angela STREHLI, sans quoi le titre serait anecdotique.
L’ambiance prend une tournure totalement différente avec "Lead a Horse To The Water", une obscure pépite d’Earl Thomas Bridgeman. Le bottleneck de Mike Henderson assombrit volontairement l’atmosphère tandis que l’orgue nous renvoie au froid crépusculaire d’une église poussiéreuse. James Nixon, à l’instar de certains prêcheurs, vient renforcer la puissance des paroles chantée par Tracy. Une petite tuerie entre Gospel et Delta Blues.
La gaieté fait un come-back avec "Shoot Your Baby", un inusité de Jimmy REED interprété ici entre Rockin’ Rag et Blues bastringue. Un titre Vee-Jay resté longtemps inédit dépoussiéré avec justesse. Second emprunt à Jimmy REED avec "I Know It’s A Sin" titre gravé à l’origine en 1958 en compagnie du jazzman Remo Biondi. Toute la connotation Swamp de la version d’origine avec la présence d’un harmonica lancinant se trouve gommée au profit d’une orientation churchy du meilleur effet.
Le combo se montre parfaitement dans son élément dans le registre Rag avec "Victim of The Blues", compo de Ma Rainey, l’une des gloires du Memphis Blues d’avant-guerre. Contrairement à l’original, pas de kazoo, mais on peut apprécier le jeu de banjo de Mike Henderson. Une version qui tranche avec le Folk Blues de Barbara Dane.
Le piano et la guitare particulièrement torturée impulsent un tempo lent à "One More Mile", une compo de Muddy WATERS popularisée par le pianiste Otis SPANN. La cohésion et l’entente entre les différents musiciens est clairement palpable tandis que Nelson s’illustre avec son chant traînant entrecoupé de fulgurance.
Elle rend hommage à Percy Mayfield en s’attaquant à "Stranger In My Own Home Town". L’orgue Hammond et la slide distillent un excellent nappage plein de fantaisie. Une version nettement plus convaincante que celle du King enregistrée en Live à Las Vegas.
Le chant pose des fondations presque religieuses sur "The Love You Save", une pépite de Soul Sudiste de Joe Tex transformée ici en une pièce Country Soul efficace et délicatement alanguie. On pourrait croire que le titre provient des studios FAME de Rick Hall. Une version bien moins bouffie que celle d’Etta JAMES. La paternité de certains titres demeure parfois sujet à polémiques ou controverses.
"Feel So Bad" **, compo du griot Texan Lightnin’ HOPKINS, s’inspire du "I Feel So Good" de Big Bill Bronzy. Si la rythmique se révèle encore une excellente gardienne du temple avec une contrebasse en verve, on savoure la complémentarité entre l’orgue et la guitare.
C’est un petit moment de douceur qui vient clore les débats avec "Without Love", une guimauve fifties chantée par Clyde McPhatter. ELVIS reprendra à son compte le morceau dans une interprétation pleine d’esbroufe avant que l’inoxydable Tom JONES ne parvienne à la faire grimper dans les charts. Deux versions selon nous assez médiocres et sans grand intérêt. Il y a fort à parier que Tracy NELSON reprenne la chanson en hommage à Irma THOMAS, dépositaire d’une reprise fantastique dans l’album Wish Someone Would Care. Encore une fois Tracy NELSON draine diverses influences pour nous entraîner à la croisée du Gospel, de la Soul et de la Country Soul. On a parfois l’impression d’assister à une messe du dimanche dans une église noire du Grand Sud. Un titre puissant et communicatif, même pour le premier mécréant venu.

Avec cet opus, Tracy NELSON n’est pas venue en victime expiatoire, mais prouve qu’elle peut être aussi à l’aise que dans le registre Country Soul. Le répertoire grandement cohérent mélange une poignée de standards à des inusités pertinents. L’accompagnement témoigne d’une connivence évidente portée par une pigmentation vintage. Si Jimmy Pugh aux ivoires et Mike Henderson à la guitare sont remarquables de bout en bout, signalons la qualité de la section rythmique et la présence de chœurs qui impulsent au passage des dérivations astucieuses vers la Soul et le Gospel.


*Réédité au format CD en 2018 par Wounded Bird Records.
**Titre homonyme à ceux de Chuck Willis et Robert Nighthawk.

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   LE KINGBEE

 
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- Tracy Nelson (chant)
- Marcia Ball (chant 3, piano 3)
- Angela Strehli (chant 6)
- James Cowan (chant 11, chœurs)
- Mike Henderson (guitare, banjo 5)
- George Bradfute (guitare 9)
- Byron House (contrebasse, basse)
- John Gardner (batterie)
- Jimmy Pugh (piano, orgue)
- Vicki Carrico (chœurs)
- Reba Russell (chœurs)
- Terry Tucker (chœurs)
- James Nixon (chœurs)
- James Cowan (choeurs, chant 11)


1. You'll Be Mine
2. Lead A Horse To Water
3. Shoot My Baby
4. I Know It's A Sin
5. Victim Of The Blues
6. Howlin' For My Baby
7. One More Mile
8. Stranger In My Own Home Town
9. The Love You Save
10. Feel So Bad
11. Without Love



             



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