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- Membre : Jaz Coleman
- Style + Membre : Ministry, Prong
 

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KILLING JOKE - Killing Joke (1980)
Par STREETCLEANER le 7 Octobre 2009          Consultée 4060 fois

Quand KILLING JOKE (La Blague qui Tue) se forme à la fin des années 70 cela fait déjà quelques mois que le mouvement musical Punk mené, entre-autres, par les RAMONES, SEX PISTOLS, THE DAMNED et THE CLASH a dit l'essentiel (la période d'or étant celle de la seconde moitié des années 70), a atteint son point culminant et commence à s'essouffler. Pour éviter de tourner en rond et de recycler trop longtemps les mêmes recettes il faudra alors se montrer plus inventif, plus novateur, et proposer quelque chose de différent. Sortir du lot, se faire remarquer sans forcément jeter le bébé avec l'eau du bain voilà en gros la problématique posée à ce mouvement musical Punk à l'approche des années 80. C'est dans ce contexte que l'ambitieux combo londonien, dont les figures emblématiques sont Jaz Coleman (chant, programmation) et Geordie (guitare), va réussir à percer grâce à ce premier album. Même si celui-ci arrive après quelques productions antérieures déjà remarquées, dont le fameux single "Turn to Red".

Il faut dire que KILLING JOKE se sent bien dans ses influences Punk. Car oui, c'est bien d'un groupe indéniablement Punk dont il s'agit, que ce soient par les thèmes abordés, par son esprit contestataire ou par son approche musicale typique, notamment ses riffs ou son chant rageur. Mais le groupe veut aussi se démarquer de la masse, veut aller plus loin et réalisera le tour de force de concocter pour ce premier album un son qui lui est déjà propre et le rendra facilement identifiable. Le son KILLING JOKE est déjà là. Et il n'arrive pas par hasard. Le groupe confessait en effet qu'il avait porté beaucoup d'attention à cette recherche sonore si particulière et individuelle. Et c'est le guitariste Geordie qui aura la tâche de porter l'essentiel de cette identité, de ce son "made by KJ". Mais la section rythmique ne sera pas en reste. Elle portera pour sa part la structure très tribale, et donc elle aussi facilement identifiable, de la plupart des morceaux du groupe. Des rythmes tribaux que l'on retrouvera essentiellement dans leurs premiers albums mais qui ne disparaîtront jamais totalement.

L'intention du groupe est à cette époque nettement perceptible. Il cherche à délivrer une musique froide, sale, minimaliste, hypnotique, parfois pré-industrielle (l'électronique de "Requiem" qui ouvre l'album par exemple) avec un chant torturé, voire rageur. L'album s'ouvre d'une manière un peu trompeuse sur "Requiem", un classique du groupe plutôt calme. Mais dès "Wardance" on ne peut oublier que les influences du combo sont bien punk. Sur ce morceau on se trouve en effet en présence d'une voix distordue et revendicatrice, d'un riff crasseux et typique, ainsi que d’un refrain minimaliste repris comme un hymne.

Une génétique Punk bien perceptible. Mais également très tribale. On peut en effet l'affirmer sans prendre beaucoup de risques : le KILLING JOKE tribal et hypnotique est déjà bien présent, et ce dès ses débuts. Il n'y a rien de fortuit là-dedans. Si l'auditeur pouvait avoir un doute sur "Wardance", le titre suivant "Tomorrow's World" ne laissera pas de place au hasard. La batterie se transporte sur un autre continent, dans des contrées reculées pour épouser le rythme régulier du tam-tam. Et la basse n'est pas en reste ! Elle a toute sa place dans le cercle de danse et n'hésite pas à appuyer le côté tribal du combo. Elle est de manière générale régulièrement mise en avant pour devenir un élément à part entière de la formation. La section rythmique dégage donc une ambiance particulièrement mystique, limite psychédélique, voire même chamanique, si l’on peut dire. Une association étrange de paganisme et de punk qui fonctionne pourtant à merveille et qui sera accentuée sur les albums suivants. Voilà une partie des ingrédients de la recette de KILLING JOKE.

Mais KILLING JOKE n'est pas seulement un alchimiste de génie. Il est également un explorateur talentueux et curieux qui s'aventure dans des contrées musicales très différentes. Il sait par exemple montrer un autre visage, plus Métal, avec par exemple son riff sur l'instrumental "Bloodsport". Ou sur "The Wait", un titre qui sera repris par METALLICA sur son double CD Garage Inc. ; ce qui n'est pas une coïncidence. En effet, avec son ouverture électronique, sa basse ronflante, son chant rageur, un jeu plus rapide et une guitare mordante, "The Wait" est un morceau parmi les plus rentre-dedans de l'album et l'un des plus efficaces.

D'autres morceaux sont quant à eux peut-être plus difficiles à cerner. C'est le cas de "Complications", un titre pêchu, mais plus rock, plus groovy, qui semble paradoxalement être habité par un esprit New-Wave que l'on découvrira cinq ans plus tard sur l'album Night Time. Peut-être que cela est dû au jeu de basse et à un chant plus mélodique. D'ailleurs, si l’on écoute ce titre sur le live Inside Extremities Mixes Rehearsals and Live de 2007, on pourra obtenir une confirmation de ce sentiment. Ce titre se fond bien parmi ceux de la période plus New-Wave du groupe. Autre titre remarqué : "S.O.36", qui possède un côté martial ainsi que des sonorités et des ambiances qui lorgnent du côté de la scène qu'on appellera plus tard "batcave". Ce morceau de près de sept minutes, froid, presque glacial, et sombre, pourrait être qualifié de gothique ou tout du moins pourrait passer sans choquer sur un des premiers albums de VIRGIN PRUNES par exemple. Malheureusement ce type de compositions sera quelque peu délaissé par la suite et ce titre ne semble donc être ici qu'à titre expérimental.

M'étant procuré l'album remasterisé en 2005 je me dois de préciser que cette réédition contient quelques bonus intéressants. Les heureux possesseurs de cette réédition auront notamment le bonheur d'avoir en prime le fameux et presque indispensable titre "Change", un single de l'époque qui s'est bien placé dans les charts des deux côtés de l'Atlantique. Ce morceau fut souvent joué dans les clubs, ce qui n'est pas surprenant puisqu'il possède une rythmique hypnotique aux effets proche d'une hallucination au LSD.

Finalement, on peut dire que KILLING JOKE nous offre un premier album déjà riche et varié. Même si on sent quelques tâtonnements, nous avons affaire à un KILLING JOKE déjà affirmé. Affirmé, déjà reconnaissable parmi tant d'autres, rageur et sale comme du Punk, froid et sombre comme de la New-Wave, noir, mélancolique et torturé comme du Gothique, tribal et martial comme de la musique industrielle. Comment ne pas percevoir ici toute la richesse de cette première offrande ? Il n'est pas étonnant de constater que de nombreux groupes viendront faire leurs emplettes de ce côté.

Mais ce premier album ne justifie pas à lui seul la renommée du groupe et rate de peu le statut de chef-d'oeuvre (que certains lui accordent), par la faute de quelques titres un peu plus faibles (ou moins remarquables dirons-nous) à l'instar de "Primitive" ou "Tomorrow's World". Toutefois, il contient déjà son lot de classiques indiscutables : "Requiem", "Wardance", "The Wait" ou "Complications". Soit plus de la moitié des titres si l'on prend en compte "Change" qui figure sur la réédition. Voilà qui justifie l'attribution d'une mention très très bien. Sans sourciller.

Note réelle : 4.25/5.

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Toujours en belle forme, merci les gars !


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   (3 chroniques)



- Jaz Coleman (chant, clavier)
- Geordie Walker (guitare)
- Martin Glover (basse)
- Paul Ferguson (batterie)


1. Requiem
2. Wardance
3. Tomorrow's World
4. Bloodsport
5. The Wait
6. Complications
7. S.o.36
8. Primitive
- bonus Tracks Et Version Remasterisée En 2005
9. Change
10. Requiem (single Version)
11. Change (dub/previously Unreleased)
12. Primitive (rough Mix/previously Unreleased)
13. Bloodsport (rough Mix/previously Unreleased)



             



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