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Peter GABRIEL - Ii (1978)
Par MARCO STIVELL le 30 Décembre 2011          Consultée 2491 fois

En 1978, Peter GABRIEL ne connaîtra pas le succès retentissant de son premier album solo, avec ce II assez sous-estimé, aussi appelé Scratch en raison de sa pochette. Le chanteur manque toujours cruellement de confiance en lui, et insatisfait de son expérience avec toute cette clique d'américains, il fait en sorte qu'elle (y compris le producteur Bob Ezrin) appartienne au passé une fois la première tournée achevée. Il ne garde auprès de lui que Larry Fast et Tony Levin, ce dernier étant encore une présence indispensable pour lui de nos jours. Mais un acteur majeur, assez sous-jacent lors du précédent projet, va ressortir complètement pour ce deuxième disque : Robert Fripp. Peter cherchant à se raccrocher à lui pour la réalisation totale, il en fait son protecteur et producteur. Une expérience très difficile : la nature particulière de Fripp va être plus "subie" qu'autre chose, le guitariste va durant les séances de travail pousser le chanteur dans ses derniers retranchements, et cet album sera accouché dans la douleur. Au point d'ailleurs que le rôle de Fripp ira en s'amenuisant durant les deux années qui suivront, jusqu'à disparaître totalement à l'orée des années 80.

II, ou Scratch donc (toujours pas de nom à l'origine, et pochette auto-flagellante, nouveau signe évident de cette réticence maladive), est incontestablement l’album le plus rock de Peter, et le premier à mettre particulièrement en valeur une certaine volonté de modernité. Larry Fast et son Synergy sont plus présents, bien que là encore Peter ait nécessité de le mêler à la présence de deux autres claviéristes (alternés) plus "traditionnels" : Bayete, et surtout Roy Bittan qui a été emprunté au E Street Band. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien quelque part si certains morceaux de ce deuxième album sonnent plus proche du travail de Bruce Springsteen et de son groupe mythique... Le saxo ténor rageur de ce fou furieux (également body-buildeur à ses heures, futur sideman de Tina Turner) qu'est Timmy Cappello sur "Home Sweet Home" et, surtout (sacrée surprise !) sur "Perspective" est aussi une composante essentielle de ce rapprochement. On le confondrait presque avec Clarence "Big Man" Clemons... A la guitare, si Robert Fripp n'est pas aussi "noyé" que dans le précédent album, une grande charge de travail est attribuée au mordant (et très habile) Sid McGinnis, issu du milieu punk. Pour faire un parallèle anachronique, on le retrouvera ainsi que Roy Bittan en musiciens additionnels de Dire Straits pour son Making Movies, également l'album le plus rock de sa discographie ! Quant à Peter, il hésite, sur les titres les plus rock ("On the Air", "Animal Magic", "Perspective"), comme les plus pop ("D.I.Y.", "A Wonderful Day in a One-Way World") ou les plus bizarres ("Exposure", "White Shadow"), entre un chant un peu délirant avec beaucoup de falsetto, et un autre carrément hargneux. Rarement il emploiera la voix chaude et grave qu'on lui a toujours connue...

Pour reprendre une phrase de mon ami Seb (the EOAIAO man), il est vrai que Peter a le don d’écrire des chansons insaisissables, et ce II en est la preuve la plus formelle et définitive. C’est aussi le plus méconnu de sa carrière solo, son diamant noir en quelque sorte. Et pour cause, il n'y a pas de "Solsbury Hill" porteur, pourtant, quel album ! Bien sûr il demande de nombreuses écoutes avant d’être décemment apprécié, digéré, à l'image de titres comme la ballade "Indigo" tellement dure à comprendre que même après des centaines d'écoutes, je me demande encore où Peter a voulu en venir dans son propos. C'est le genre de chanson qui évolue sans cesse, sans qu'une quelconque idée (à part peut-être l'intro) ne vous frappe autant que dans un bon tube. Mais ce n'est pas mauvais, loin s'en faut. De même, "Flotsam and Jetsam", courte et pas si aboutie que ça non plus, réemploie l'idées des flûtes à bec harmonisées de "Indigo" et "Exposure".

Ca commence très fort avec "On the Air", un rock aussi puissant et mordant que ne l’était "Slowburn". Les synthés de maître Larry Fast sont bien marqués et Robert Fripp fait gronder sa guitare. On enchaîne (très bien) avec "D.I.Y.", seul tube potentiel de l’album. Peter sait aussi calmer le jeu dans tout cela, avec "Mother of Violence", une petite perle de finesse avec piano, guitare acoustique et pedal-steel. Citons encore le refrain bien sympathique (comme la chanson entière) de "A Wonderful Day in a One-Way World". Mais mon coup de cœur personnel va à "White Shadow", une rencontre avec la mort en allégorie et une musique bien spéciale, vibrante et planante avec en prime un super solo (évidemment échevelé) de Robert Fripp. Dans le genre spécial, on ne peut pas manquer non plus "Exposure", sur lequel Peter s’use littéralement les cordes vocales. Répétitif, mais exercice louable de par ses expérimentations (les flûtes à bec sur les Frippertronics et le Chapman Stick, miam). Fripp en sera tellement content qu’il le reprendra à son compte pour son premier album solo un peu plus tard.

Certes tout n'est pas parfait, la deuxième face contient ce "Home Sweet Home" assez sombre et alourdi sur le final notamment, et d'autres chansons moins marquantes. Par ailleurs, le son global (concocté par Robert Fripp, pour rappel) manque de relief et les chansons (rock en particulier) peuvent en pâtir. Un album qui souffre de l’oubli, d’avoir été bien peu interprété en live et jamais mis en valeur sur les compilations, mais qui mérite d‘être redécouvert.

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   MARCO STIVELL

 
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- Peter Gabriel (chant)
- Jerry Marotta (batterie)
- Timmy Cappello (saxophone)
- Robert Fripp (guitare)
- Tony Levin (basse)
- Larry Fast (claviers)


1. On The Air
2. D.i.y.
3. Mother Of Violence
4. A Wonderful Day In A One-way World
5. White Shadow
6. Indigo
7. Animal Magic
8. Exposure
9. Flotsam And Jetsam
10. Perspective
11. Home Sweet Home



             



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