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- Membre : Harry Nilsson

Randy NEWMAN - Little Criminals (1977)
Par LE BARON le 12 Avril 2017          Consultée 227 fois

Little Criminals, 5ème album studio de Randy NEWMAN, démarre en trombe. NEWMAN sort d’un silence de 3 longues années par une charge hilarante contre les gens de petite taille. Oui, oui, vous avez bien lu : Randy se paye les petits, dont il déclare, avec sa bonhomie habituelle, qu’ils n’ont pas de raison de vivre. On pourra gloser sur un éventuel second, troisième, quatrième degré, mais cela sonne avant tout comme un plaisir de gamin mal élevé. Dire du mal des gens, inventer des clivages dans cette Amérique qui en comporte déjà beaucoup relève de la gourmandise que les aficionados de ce drôle d’énergumène apprécient tant. De nos jours, cela vaudrait sans doute à son auteur une descente en flamme par les vierges effarouchées du politiquement correct. Randy NEWMAN y a pensé, aux bien-pensants, et les fait participer par la voix de Glenn FREY, des EAGLES :« Short people are juste the same as you and I/All men are brothers until the day they die* », nous susurre t-il. Les commentaires ravageurs de NEWMAN qui l’accompagne dynamitent définitivement toute gentillesse, c’est le triomphe du mauvais esprit, et c’est excellent ! Un seul mystère demeure, le fait que ce titre ait eu du succès.

Démarrage en trombe, donc, et preuve immédiate que NEWMAN , fort de ses disques passés, est désormais capable d’aller encore plus loin dans la provocation et l’ironie. Cela ne doit pas masquer le reste. On sait que NEWMAN peut aussi être sérieux à sa façon, et décrire merveilleusement les malmenés de l’existence, les amour manquées, la solitude, l’étrangeté. Tous ces thèmes sont ici déclinés avec brio, et une incroyable maîtrise d’auteur et de compositeur.

« You Can’t Fool The Fat Man » et « Little Criminals » nous font justement plonger dans l’univers de ceux qui restent à côté du « rêve américain », ce grand mensonge. On y croise d’un côté un pauvre type en quête d’un prêt pour payer le loyer, de l’autre des malfrats à la petite semaine préparant un grand coup dont on devine qu’il se terminera mal. Les personnages sont semblables, au fond, ils ne font qu’essayer de s’arranger comme ils peuvent avec l’existence. On se moque d’eux, bien sûr, mais non sans tendresse.

La solitude, le désarroi, on les trouve ailleurs. « Texas Girl At The Funeral Of Her Father », « Old Man On The Farm » pourraient avoir été écrites pour « Good Old Boys », dans sa partie la plus poignante. C’est un véritable sentiment de déréliction que NEWMAN exprime, l’air de rien, avec aussi peu de mots que de notes. Il faut également citer « Baltimore », portrait d’une ville en train de mourir. Chanson très forte, faussement simple, dont les reprises seront nombreuses.

L’étrangeté, voire le malaise, on les retrouvera dans : « In Germany Before The War ». La chanson est belle, et les innocents pourront s’en contenter. Mais lorsque l’on comprend qu’elle est inspirée des méfaits du « Vampire de Düsseldorf** », sinistre tueur d’enfants qui terrorisa la ville allemande à la fin des années 20, on éprouve une sorte de gêne. Ca aussi, c’est du pur NEWMAN, cette façon de jouer avec les sentiments que nous fait éprouver sa musique, nous bousculer en nous faisant partager le désarroi non de la victime, mais de l’assassin.

Ne croyez-pas que NEWMAN se cantonne à un sombre registre ! Le tout est parsemé de bouffonneries très drôles. Country stupide (quelle excellente idée de faire chanter The EAGLES !), lascivité d’une catholique (encore une belle généralité). Ah, il y aussi Sigmund Freud imitant Albert Einstein.

Cela pourrait ressembler à un mélange sans queue ni tête, mais c’est tout le contraire. L’immense talent de Randy NEWMAN, c’est de s’inspirer de tout, mais en maintenant un évident fil conducteur : le dérisoire de nos existences. D’autres que lui en auraient tiré de sombres et fortes pensées, mais NEWMAN est trop élégant pour cela, lui dont l’ironie n’est jamais dénuée d’empathie. Sa musique est à cette image : facile d’accès, mais très travaillée, discrète mais subtile. Randy NEWMAN est un homme rare, précieux, Little Criminals est un album indispensable.

*  Les gens petits sont comme vous et moi / Tous les hommes sont frères jusqu’au jour de leur mort.
** Ce « vampire » inspirera à Fritz Lang un chef d’œuvre : M Le Maudit.

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   LE BARON

 
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- Randy Newman (voix, piano, synthétiseurs)
- Michael Boddicker (synthétiseurs)
- Ralph Grierson (piano)
- Waddy Wachtel (guitare)
- Klaus Voormann (basse)
- Willie Weeks (basse)
- Jim Keltner (batterie)
- Andy Newmark (batterie)
- Rick Marotta (batterie)
- Milt Holland (congas, percussions)
- Glenn Frey (voix)
- J.d. Souther (voix)
- Tim Schmit (voix, guitare)
- Joe Walsh (guitare, guitare slide)
- Ry Cooder (mandoline)


- little Criminals
1. Short People
2. You Can't Fool The Fatman
3. Little Criminals
4. Texas Girl At The Funeral Of Her Father
5. Jolly Coppers On Parade
6. In Germany Before The War
7. Sigmund Freud's Impersonation Of Albert Einstein I
8. Baltimore
9. I'll Be Home
10. Rider In The Rain
11. Kathleen (catholicism Made Easier)
12. Old Man On The Farm



             



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