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- Membre : Harry Nilsson

Randy NEWMAN - 12 Songs (1970)
Par LE BARON le 9 Septembre 2016          Consultée 597 fois

12 Songs. 12 chansons, donc, dont la sobriété est à l'image du titre de l'album. 12 chansons courtes (3 minutes et 15 secondes pour la plus longue), précises, drôlatiques et impitoyables envers les personnages qu'elles font vivre. Randy NEWMAN incarne 12 crétins, du simple abruti au fou dangereux. Le fait qu'il n'écrive qu'à la première personne du singulier rend les choses terriblement vivantes, parce-qu'il est capable d'exprimer jusqu'à leurs pensées, peu profondes, certes, mais fascinantes pour quiconque s'intéresse au genre humain.

Musicalement, c'est également la sobriété qui domine. Les arrangements sont particulièrement épurés, surtout lorsqu'on connaît les talents de compositeur de Randy NEWMAN, qui n'hésitait pas à faire intervenir des cordes ou des cuivres dans son précédent opus. Nous n'entendons ici que quelques guitares, une basse, une batterie, de discrètes percussions, du piano bien sûr. Les orchestrations sont parfois si dépouillées qu'elles semblent sèches. L'effet est voulu est accompagne à merveille ces textes faussement simples, qui portent en eux toute une humanité.

Dans « Let's Burn Down The Cornfield* », un pyromane nous explique, à la faveur de la nuit, son funeste projet. Et pourquoi veut-il le brûler, le champ de maïs ? S'agirait-il de se venger d'un voisin, de monter je ne sais quelle escroquerie ? Nullement, il ne s'agit que du plaisir de l'entendre brûler, et de profiter d'un bon feu en cette nuit si froide. Du pur Randy NEWMAN : pas d'explication rationnelle, mais la mise en musique et en mots de l'urgence intérieure d'un type dont la crétinerie est aussi pleine d'une violence sourde.

Car contrairement à son premier album, celui-ci peut être violent. Et si l'humour est présent partout, il est parfois si noir qu'il en devient dérangeant. « Suzanne » en est une parfaite illustration : loin des gentillesses plus ou moins poétiques de Leonard COHEN (dont Randy NEWMAN connaissait forcément la chanson à l'époque où il écrit son sombre homonyme), nous entendons un individu s'adresser à Suzanne. Il ne la connaît pas encore, mais il a bien l'intention de la rencontrer, et espère qu'elle l'aimera lui aussi. Il va se tapir dans l'ombre et quand il la verra, il lui sautera dessus, et il l'aimera, et il sera toujours derrière elle, où qu'elle aille, et lorsqu'elle ira au cinéma, elle ferait mieux de pas emmener quiconque avec elle, car il sera également là. Franchement, est-ce encore de l'humour ? La chanson délivre ce parfum d'ambiguïté si cher à Randy NEWMAN. Car le texte est particulièrement noir, mais ne vous glace que si vous l'écoutez attentivement. Chanté avec nonchalance, sur une musique très laid-back, on peut parfaitement passer à côté, et ne pas se rendre compte que l'on écoute des horreurs.

Je ne voudrais toutefois pas laisser croire que ce disque est sombre. Il recèle également de ces joyeux morceaux, que Randy NEWMAN chante avec gourmandise. « Mama Told Me Not To Come » est un sommet du genre. Le narrateur, complètement débordé par les évènements auxquels il assiste lors d'une fête (on soupçonne qu'il est défoncé, mais cela n'est pas précisé) ne peut que se le répéter : sa mère lui avait bien dit de ne pas venir !

Autre bijou, « My Old Kentucky Home » est un prémisse de l'album Good Old Boys. NEWMAN, reprenant le titre de l'hymne du Kentucky**, et ses accords, entame son portrait des bouseux du Sud : alcool de contrebande, armes à feu, idiotie congénitale. C'est méchant, mais tordant. Et là aussi, la première personne du singulier permet de tout faire passer. Ce n'est pas qu'une moquerie, puisque l'on partage le bonheur du narrateur au sein de son lamentable foyer.

Tout comme le précédent, cet album est parfaitement maîtrisé. S'il n'a pas encore la perfection de ceux à venir, il confirme que NEWMAN est un excellent auteur-compositeur, avec un univers très personnel. La brièveté des textes, et donc du disque, fait partie de ses grandes qualités. Loin de toute facilité, Randy NEWMAN ramasse toutes ses chansons en de petites merveilles d'une grande intensité. Certes, le propos est parfois un peu raide. Mais ce type d'alcool se boit pur, sans aucune dilution.


*Brûlons le champ de maïs.

** Le Kentucky était situé entre les Nordistes et les Sudistes au début de la guerre de Sécession. D'abord neutre, il a rapidement eu un gouverneur de l'Union, et un autre de la Confédération. Certains de ses habitants, aujourd'hui, se réclament volontiers du « Deep South », comme le Tennessee ou l'Alabama.

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   LE BARON

 
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- Randy Newman (voix, piano)
- Ry Cooder (guitare slide)
- Clarence White (guitare)
- Ron Elliott (guitare)
- Al Mckibbon (basse)
- Lyle Ritz (basse)
- Gene Parsons (batterie)
- Jim Gordon (batterie)
- Roy Harte (percussions)
- Milt Holland (percussions)


- 12 Songs
1. Have You Seen My Baby ?
2. Let's Burn Down The Cornfield
3. Mama Told Me Not To Come
4. Suzanne
5. Lover's Prayer
6. Lucinda
7. Underneath The Harlem Moon
8. Yellow Man
9. Old Kentucky Home
10. Rosemary
11. If You Need Oil
12. Uncle Bob's Midnight Blues



             



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