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Tiken Jah FAKOLY - Mangercratie (1996)
Par NESTOR le 28 Mai 2018          Consultée 440 fois

Si la Jamaïque est le berceau du reggae, l’Afrique ne pouvait pas rester en marge de ce mouvement intimement lié au continent noir. Que ce soit au regard des liens du mouvement rastafari avec l’Ethiopie ou bien des nombreux messages véhiculés par la figure tutélaire du reggae, Bob MARLEY, qui prônait tout autant l’unité des peuples d’Afrique que le retour aux sources de la pureté et donc à la terre d’origine.
Sa venue au Zimbabwe en avril 1980, à l’occasion de l’indépendance du pays, a été un formidable accélérateur pour le reggae d’Afrique, ce continent qui selon MARLEY devait représenter l’essence et l’avenir de ce genre musical.
Près de 40 plus tard, force est de constater que la Jamaïque n’a pas perdu son hégémonie sur la scène reggae mondiale et que l’Afrique ne lui a pas ravi sa position dominante.
De fait, à part Lucky DUBE en Afrique du Sud, Papa CIDY en Ouganda et DUB COLLOSSUS en Ethiopie, il n’y a guère qu’en Côte d’Ivoire que la scène reggae s’est montrée très active.
Tout d’abord avec Alpha BLONDY, puis plus récemment avec Tiken Jah FAKOLY, KAJEEM et FADAL DEY. Les deux premiers artistes ayant su s’emparer du reggae pour y insuffler une coloration locale en y intégrant leurs propres cultures qui puisent notamment dans les soubresauts liés à la décolonisation.
Alpha BLONDY, en utilisant aussi bien l’anglais que le dioula ou le français dans ses chansons, et en se faisant le porte-drapeau d’une jeunesse en quête de renouveau et de démocratie, est un des pères artistiques et spirituels de son compatriote Tiken Jah KAKOLY.

C’est en 1996 que ce dernier sort son premier album, Mangercratie, dont le titre très terre à terre ne reflète pas les aspirations moins matérielles que ce mot-valise pourrait laisser penser.
Il donne toutefois le ton d’un disque au sein duquel Tiken Jah multiplie les diatribes et les charges contre les injustices qui frappent la majeure partie de la population africaine. Un discours universel axé sur la paix, l’unité et le droit à la dignité.
La fin du règne de Félix HOUPHOUET-BOIGNY est récente et le pays s’enfonce dans une crise ethnico-politique qui va bientôt déboucher sur ce que l’on appellera la crise ivoirienne. L’année précédente, Henri Konan BEDIE est le seul candidat aux élections présidentielles (les autres candidats sont refusés par la Cour suprême ou boycottent l'élection). Une de ses premières réformes vise à ce que seuls les Ivoiriens de souche puissent détenir des terres, et cela dans un pays où le brassage des nationalités est très important.
Le message de Tiken Jah est totalement empreint de cette actualité, lui qui sera obligé quelques années plus tard, de fuir la Côte d’Ivoire, notamment pour sa prise de position sur cette question. Ce sujet étant le thème central de "Le Descendant", et dans une moindre mesure de "Plus Jamais Ça", qui dressent le tableau de la pluralité ethnique ivoirienne, tout en appelant à l’unité.
Au travers d’un reggae qui s’appuie sur des rythmiques très lourdes et chaudes, Tiken Jah FAKOLY propose une musique plutôt alanguie, qui sert de support à des textes intelligents où l'on sent poindre un pessimisme assez surprenant pour un premier album. Ainsi, celui-ci s’ouvre sur un "Delivrance" dans lequel le chanteur apparaît clairement désabusé, comme il le clame dans le refrain : « Au secours, je suis fatigué ».

Avec toujours en fond sonore cette basse sourde et lourde qui assure l’ossature et la puissance des morceaux.
Celle-ci est particulièrement présente sur "Don" et sur "Djeli", un des rares morceaux aux tempi enlevés.
Des cuivres contribuent par moment à étoffer également le son de Tiken Jah ("Plus Jamais Ça", "Le Descendant", "Mangercratie", "Djeli"…).
Et comme par ailleurs le chant, majoritairement en français, tout en s’autorisant quelques incursions en anglais et en dioula, est très clair et servi par une diction efficace, on ne peut que s’incliner devant un premier album d’une telle qualité et d’une telle maturité.
Pour ce premier essai, le sieur FAKOLY rend une carte plus que crédible sur le fond comme sur la forme. Cet album resserré autour de seulement sept titres originaux ne comporte aucune faute de goût. Il n’y a guère que la version dub de "Le Descendant", présentée en dernière position, qui s’avère bien dispensable.
Dommage que cet ultime titre ne soit pas affublé de la mention « bonus » car nous aurions alors pu crier au sans faute.
Une très belle entrée en matière pour un album lumineux.

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   NESTOR

 
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- Tiken Jah Fakoly (chant)
- Olo Païne (basse)
- Coulibaly Abou Marco (basse)
- Lidy, Oliza*, Sophie Farane (choeurs)
- Soro Mamadou (baterrie)
- Yaya De Farafine (percussion)
- Florent Cormillet (saxophone)
- Michel Pinheiro (trombone)
- Habib 1er (trompette)


1. Delivrance
2. Plus Jamais Ça
3. Le Descendant
4. Don
5. Mangercratie
6. Djeli
7. Crazy World
8. Le Descendant (dub)



             



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