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- Style : Candi Staton

Bettye LAVETTE - Things Have Changed (2018)
Par LE KINGBEE le 1er Novembre 2018          Consultée 154 fois

Chanteuse honteusement sous enregistrée durant les années 70,80 et 90, Bettye LAVETTE a remis les compteurs à zéro depuis le nouveau millénaire. Effectivement, si la chanteuse a toujours été en activité, se produisant même à Broadway pour gagner son pain, ce n’est véritablement qu’à partir de 2005 qu’elle connaît une seconde jeunesse avec l’enregistrement de « I’ve Got my Own Hell to Raise », album qui lui permet d’accéder du statut de chanteuse oubliée à celui de Diva. Eh oui, de chanteuse de seconde zone on la voit au côté du Président Obama. On peut penser que son successeur ignore jusqu’à son existence.

Depuis 2000, la discothèque de la chanteuse s’est considérablement agrandie avec pas moins de 9 disques oscillant entre Soul, Rock et Americana. Parmi ses œuvres les plus récentes, la chanteuse qui n’a jamais été une grande songwriter s’amuse à reprendre des chansons du répertoire Rock anglais. Elle récidive cette fois-ci en s’attaquant à Bob DYLAN.

Lors d’interviews pour diverses revues américaines, la native du Michigan déclare qu’elle n’est pas fan du grand Bob, mais qu’elle s’est laissée prendre au jeu suite à l’insistance de son amie, la photographe Carol Friedman. Ce projet osé semble avoir conquis très tôt les dirigeants du label Verve, la chanteuse a alors planché sur le répertoire gigantesque du troubadour Zimmerman, avec l’aide de son époux Kevin Wiley.

Verve n’a pas fait les choses à moitié : la firme a fait appel à Steve Jordan, batteur de session, producteur, ingénieur de son réputé ayant fait ses gammes auprès d’artistes aussi variés que Stevie Wonder, The BLUES BROTHERS, John MELLENCAMP, Stevie NICKS, John MAYER TRIO ou plus récemment Robert CRAY, Buddy GUY, Boz SCAGGS, sans oublier un certain Bob DYLAN. Si Jordan se charge de la production et des baguettes et s'il gratte les cordes sur deux morceaux, il a aussi concocté une belle équipe et a réussi à composer avec des noms ronflants qui se mettent totalement au service de la chanteuse. On retrouve ainsi le multi instrumentiste Larry Campbell (ex Joan OSBORNE, Levon HELM, Keith RICHARDS et Bob DYLAN), le bassiste de session Pino Palladino entrevu aux côtés de Joan ARMATRADING, CLAPTON, H.F. THIEFAINE et connu pour avoir succédé à John Entwistle au sein des WHO et enfin l’organiste arrangeur et vétéran Leon Pendarvis (déjà entendu auprès de Maggie BELL, Esther Phillips, Roberta FLACK, CLAPTON ou Buddy GUY). Ces quatre musiciens se connaissent bien et s’apprécient. Ils se sont croisés au sein de leurs innombrables sessions et également au sein de The Verbs, un petit groupe monté par Jordan et sa femme Megan Voss.
A cette petite machine de guerre, plusieurs invités sont venus se greffer selon les besoins, c’est ainsi qu’on retrouve Keith Richards sur deux pistes, l’excellent Trombone SHORTY et Ivan Neville au clavier sur un titre et le jazzman Gil Goldstein aux claviers et à l’accordéon.

Il aurait été facile de piocher dans les titres les plus connus de DYLAN comme : « Blowind in the Wind », « Like a Rolling Stone », « Masters of War », « Mr. Tambourine Man », « Knockin’ on Heaven’s Door », « All Along The Watchtower », « The Mighty Quinn », « Hurricane », « Don't Think Twice it's Alright » ou « Just Like a Woman » ⃰. Mais Betty Lavette a accordé son attention aux textes tout en privilégiant des titres peu connus.
Hormis « The Times They Are A-Changin’ », repris par les Seekers, les BYRDS, Nina SIMONE, SIMON & GARFUNKEL et plein d’autres et dans une moindre mesure « It Ain’t me Babe » et « Mama, you Been on my Mind » popularisés tous deux par Johnny CASH sur le disque « Orange Blossom Special », la chanteuse reprend à sa sauce des morceaux peu connus du troubadour au chapeau. Il faut dire que DYLAN a énormément enregistré.

En ouverture, « Things Have Changed », titre figurant au générique de la comédie américaine « Wonder Boy » et récompensé en 2001 d’un Oscar, donne son nom au disque. Chacun décidera de l’ironie d’un tel choix. Faut-il y voir un avertissement sans frais concernant un certain Donald, personnage nettement indigeste, sulfureux et plus dangereux que le canard du même nom ? Lavette se réapproprie carrément le titre et envoie aux pâquerettes la reprise des PERSUASIONS (enfin ce qu’il en reste) figurant sur l’album « Knockin’ on Bob’s Door »®.
Revenons brièvement sur « It Ain’t me Babe » et « Mama, You Been on my Mind ». Nombreux sont ceux qui se sont essayés au premier ; si la popularité du morceau doit beaucoup à Johnny CASH et si on se souvient des interprétations de Joan BAEZ ou du duo Reese Witherspoon/ Joaquin Phoenix dans le film « Walk the Line », on a encore en mémoire quelques niaiseries (Nancy Sinatra, Jan & Dean, Brian FERRY) qui décrédibilisent complètement le titre. La voix rauque de la chanteuse contribue à apporter une ampleur incroyable. D’un morceau voguant entre Country péquenaud et Folk Baba, on arrive à une chanson d’une grande puissance poétique : « Go away from my window – Leave at your own chosen speed ». Le second connaît plusieurs variantes, Mama étant remplacé par Daddy ou Baby selon les envies des interprètes. Accompagné d’une pedal steel, d’une guitare acoustique et d’un harmonium, la chanteuse délivre une version mélancolique et il faut tendre l’oreille pour reconnaître ne serait-ce que quelques bribes du titre original ou celui de CASH.
Deux titres de l’album « Oh Mercy » (à mon sens l’un des trois albums phares du barde du Minnesota) figurent au répertoire de la dame : « Political World » dans une configuration plus funk que l’original et « What Was it you Wanted » dans lequel les percussions presque tribales renforcent la puissance du chant sublimé par la présence d’un trombone de passage et d'une basse bien ronde. C’est bien simple, Willie NELSON qui reprenait jadis le morceau donne l’impression d’être encore en culotte courte.
Peut-être pour faire bonne mesure, Bettye reprend deux chansons figurant dans l’album « Empire Burlesque » : « Seeing the Real You at Last », jusqu’alors jamais repris et dans lequel l’orgue délicat de Goldstein tranche avec une guitare funky. La mandoline et l’harmonium apportent une touche de Folk crépusculaire à « Emotionally Yours », la voix faisant le reste. Une version bien supérieure à celle des O’ Jays qui proposaient un boxon combinant Gospel contemporain et Soul indigeste patinée de R&Bee.

Autre titre repris pour la première fois, « Do Right to Me Baby (Do unto Others) » issu de l’ambigu « Slow Train Coming », album qui n'est pas resté dans les annales avec un DYLAN troublé ou troublant (c’est selon). S’il fallait trouver un bémol à ce disque, cette piste serait la meilleure candidate. La guitare électrique de Jordan devient vite soulante et sans finesse, rappelant d’ancien Drive by Truckers, groupe qui accompagna jadis la chanteuse. On peut se demander si LAVETTE n’a pas choisi ce titre pour son message de tolérance : « Don't wanna judge nobody, don't wanna be judged- Don't wanna touch nobody, don't wanna be touched-Don't wanna hurt nobody, don't wanna be hurt ».

Regardons si les choses changent : Bettye LAVETTE reprend « Don’t Fall Apart on Me Tonight » issu de « Infidels », un disque pour le moins mystique et aux propos discutables. Si Aaron Neville, lui aussi dans une période existentielle assez religieuse, reprenait le titre dans une version sans intérêt, LAVETTE parvient à influer une puissance crépusculaire, changeant le Girl de la première strophe en Baby. Le violon électrique, le violoncelle et l’accordéon confèrent à « Ain’t Talkin’ » une touche nostalgique. Issu de l’album « Modern Times », le titre s’inspirait d’un poème d’Henry Timrod et d’un refrain légèrement pompé à « Highway of Regret », vieux titre Starday des Stanley Brothers. Le titre de fermeture, « Going, Going, Gone » issu de « Planet Waves » est un folk transformé en ballade punky par Richard Hell & The Voidoids et figurant dans le dernier opus du regretté Gregg ALLMAN. La chanteuse bénéficie d’un accompagnement sobre sur lequel elle n’a plus qu’à poser sa voix. Rien à voir avec la version de Maddie Poppe, finaliste 2018 de l’émission télé « American Idol ». Là, nous ne sommes pas sur la même planète.

Les grincheux de tout poil et râleurs systématiques trouveront certainement à redire et nargueront que Bettye LAVETTE ne peut que faire mieux, la moitié des titres du troubadour étant mineurs et mal produits. Il n’empêche que la chanteuse transcende chaque piste par sa voix, un véritable don de Dieu ! On pourra aussi reprocher des tempos parfois répétitifs, une guitare électrique un peu lourde ou des claviers qui brûlent à force de trop mijoter, il n’en demeure pas moins que Bettye LAVETTEe délivre un disque d’une pureté presque éblouissante. Un disque qui n’atteint pas la note maximale en raison du manque total de compositions mais qui vaut bien un 4,5. Existe aux formats vinyle et CD.

⃰ Il s’agit des premiers titres qui me sont venus à l’esprit. Les amateurs de Bob Dylan me pardonneront mes oublis.
® The PERSUASIONS reprenaient dans cet album 8 titres considérés parmi les plus connus de Bob DYLAN.

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   LE KINGBEE

 
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- Bettye Lavette (chant)
- Larry Campbell (guitare, mandoline 10, pedal steel 6-12)
- Keith Richards (guitare 2-3)
- Steve Jordan (guitare 8-11, batterie, percussions)
- Pino Palladino (basse)
- Leon Pendarvis (orgue, piano)
- Trombone Shorty (trombone 9)
- Ivan Neville (piano électrique 9)
- Nioka Workman (violoncelle 7)
- Charisa Dowe-rouse (violon 7)
- Rose Bartu (violon 7)
- Ina Paris (violon alto 7)
- Gil Goldstein (orgue 5-7, accordéon 7, harmonium 6-10, clavecin 7)


1. Things Have Changed
2. It Ainʼt Me Babe
3. Political World
4. Donʼt Fall Apart On Me Tonight
5. Seeing The Real You At Last
6. Mama, You Been On My Mind
7. Ainʼt Talkinʼ
8. The Times They Are A-changinʼ
9. What Was It You Wanted
10. Emotionally Yours
11. Do Right To Me Baby (do Unto Others)
12. Going, Going, Gone



             



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