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Bettye LAVETTE - I've Got My Own Hell To Raise (2005)
Par LE KINGBEE le 4 Février 2017          Consultée 448 fois

On ne reviendra par sur le parcours ni sur la carrière de cette immense chanteuse (voir chronique de la compilation « Souvenirs » consacrée à ses faces Atlantic et à un album Atco mis en boîte à Muscle Shoals). Rappelons simplement que Bettye LaVette possède l’un des plus beaux organes vocaux de la planète et ce depuis un demi-siècle. On peut simplement se demander pourquoi l’Industrie du Disque a entreposé au placard un tel potentiel ? Une preuve de plus que ladite Industrie marchait sur la tête depuis des lustres.

Honteusement sous-enregistrée, Bettye LaVette avait fait un petit retour en 2000 avec « Let Me Down Easy », un album Live édité par un petit label hollandais. Deux ans plus tard, la dame enregistrait « A Woman Like Me » publié cette fois par Blues Express, album poliment salué par la presse spécialisée. Ce nouvel opus paru sous la houlette de John Henry, producteur avisé ayant précédemment couvé des personnalités aussi différentes que Me'Shell NdegéOcello, Solomon Burke, Allen Toussaint, Aaron Neville ou Elvis Costello, risque de surprendre quelque peu l’amateur de Soul Sixties. Nul doute que le chevronné producteur ait été impressionné par diverses prestations incendiaires de la chanteuse pour l’embaucher aussi sec.

On est bien loin ici des productions Motown (label sur lequel elle avait enregistré le décevant et surproduit « Tell Me A Lie »), Atlantic, Stax, Hi et consorts. En fait, la chanteuse semble prendre un malin plaisir en offrant à son public un parfait contre-pied. Car ici c’est un album de songwriters, toutes féminines, que l’on a entre les mains (ou les oreilles).
Dépositaire d’un chant rauque, sans concession, parmi les plus bruts de la Deep Soul Sixties et assurément parmi les plus sensuels voire érotiques, Bettye Lavette n’a jamais aussi bien chanté à presque 60 balais. Alors que souvent les voix, à l’image des fleurs, se flétrissent ou se ternissent avec l’âge, LaVette monte en gamme, une exception rare. A contre-pied, vous disais-je plus haut, mais aussi gonflée à bloc et ne doutant de rien, la chanteuse ouvre l’album avec « I Do Not Want What I Haven’t Got » chanté a cappella. Croyez-moi, après avoir plus ou moins été mise en fond de cale pendant près de 25 ans, il fallait en avoir dans le ventre pour débuter un album par une chanson a cappella en 2005. Pour l’anecdote, ce titre d’ouverture est la reprise d’une chanson de Sinead O’CONNOR figurant en fermeture sur l’album du même nom, sauf qu'ici toutes les effluves irish et celtiques sont gommées au profit d’une sonorité qu’on croirait sortie tout droit d’un studio miteux d’Alabama ou d’une paroisse méthodiste perdue au milieu des champs de coton.
On le dit souvent, le second morceau est généralement le morceau phare d’un album, ne me demandez pas pourquoi, c’est comme ça ! Et « Joy » confirme cet adage. Bettye reprend là une composition d’une autre chanteuse à la voix rauque, Lucinda WILLIAMS, figurant sur le légendaire « Car Wheels On A Gravel Road ». Si la version originale valait son pesant d’or, l’interprétation de LaVette nous immerge en pleine Deep Soul, la chanteuse nous expédie à grands coups de bottes dans le cul dans l’univers de certaines sessions Fame. Le timbre déclamatoire entre désespoir et joie happe carrément l’auditeur : « I don’t want you anymore – Cause you took my joy… ». Faut voir comment ça envoie, sans parler des guitares cradingues de Doyle Bramhall II (un requin de studio surcôté) et Chris Bruce (ex David Sandborn, Ted Hawkins, Holmes Brothers ou George Clinton). Le genre de morceau qui pourrait rendre marteau le premier sourd venu.

Vous l’aurez sûrement compris à la lecture de ces lignes, « I’ve Got My Own Hell To Raise » est un album crossover. On ne retrouve que des reprises inusitées, Bettye Lavette ayant choisi de reprendre des compositions de consœurs dont les textes lui « parlaient ». LaVette excelle aussi dans le domaine des ballades Country Soul : « Down To Zero », une excellente ballade folk de Joan Armatrading, est délivrée dans une version assez proche de l’originale, la puissance, la conviction et l’émotion de l’Américaine créant une tension supérieure au chant contre alto de l’Anglaise. Autre bon moment avec « On The Surface », une ballade rébarbative de Rosanne Cash qui avait pourtant intégré les classements et ici magnifiée. Il suffit parfois de peu de chose, un coup de slide, une voix, des arrangements. Sans avoir l’air d’y toucher, Betty LaVette apporte un zeste de gospel à « How Am I Different » une ballade Americana d’Aimee Mann, le petit plus suffisant pour transformer un morceau. Les amateurs de ballade romantique et dépouillée pourront se satisfaire avec « Just Say No » où la chanteuse se fait plus tendre, juste accompagnée d’une guitare acoustique. « Only Time Will Tell Me » tranche avec les rythmes des différentes ballades, les guitares se font plus funky et la voix prend de l’ampleur. Même quand elle se contente de murmurer ou de susurrer, la chanteuse parvient à toucher l’âme de l’auditeur le plus insensible comme en atteste « Just Say So », une chanson de Catherine Ann Maciejewski composée spécialement pour l’album.

Bien sûr, tout n’est pas bon. Reprendre « Little Sparrow », une purge de ballade appalachienne de Dolly Parton, n’était pas une sinécure. Etait-il nécessaire de s’attaquer à ce morceau ? Bettye LaVette veut tellement bien faire qu’elle exagère les traits de cette ballade qui nous donne plus envie de nous pendre que de l’écouter avec plaisir. L’album se clôt avec « Sleep To Dream », une ballade de la chanteuse de Rock Alternatif Fiona Aapple, d’où est tiré le titre de l’album. « Don't come around - I got my own hell to raise» dans laquelle Bettye LaVette met toute son énergie.

C’est à la suite de cet album que Bettye LaVette est redécouverte par le public lambda, décrochant en parallèle un statut de Diva de la Soul mille fois mérité. On ne peut s’empêcher de penser que certaines petites strophes de ces différentes chansons sont des réponses en forme de pied de nez en direction de l’Industrie du Disque qui l’a si longtemps ignorée. L’album de la consécration pour cette chanteuse devenue depuis un Star de la musique noire.

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- Bettye Lavette (chant)
- Chris Bruce (guitare)
- Doyle Bramhall Ii (guitare)
- Paul Bryan (basse)
- Earl Harvin (batterie)
- David Piltch (contrebasse 2-10)
- Niki Haris (chœurs)
- Valerie Watson (chœurs)


1. I Do Not Want What I Haven't Got.
2. Joy.
3. Down To Zero.
4. The High Road.
5. On The Surface.
6. Just Say So.
7. Little Sparrow.
8. How Am I Different.
9. Only Time Will Tell Me.
10. Sleep To Dream.



             



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