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- Membre : Marie-annick Lépine
 

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Les COWBOYS FRINGANTS - Les Antipodes (2019)
Par GEGERS le 9 Octobre 2019          Consultée 311 fois

L’album aurait pu s’appeler l’Amérique Pleure, du nom de son premier morceau, si Jean-François Pauzé n’avait pas jugé ce titre trop sombre pour figurer sur une pochette d’album. Pourtant, c’est bien de larmes dont il s’agit. Pour ce dixième album, constitué de dix chansons, les COWBOYS FRINGANTS ont trouvé un titre parfaitement adapté : Les Antipodes. Deux mots qui symbolisent parfaitement "la polarisation du monde dans lequel on vit", pour reprendre les paroles du leader du groupe, mais qui se voient également bien choisis pour décrire la teneur de ces nouvelles "tounes" qui portent un regard triste et désabusé sur le monde qui nous entoure. Un album "de saison", fait pour l’automne, ses champignons qui peuplent les sous-bois, ses bogues de châtaignes qui s’ouvrent enfin, ses jours qui raccourcissent inéluctablement. L’automne, c’est la saison des COWBOYS FRINGANTS, qui depuis le début de la décennie ont publié tous leurs nouveaux albums (malheureusement trop rares) en octobre. Sur le successeur d’Octobre le bien-nommé (2015), le groupe s’aventure vers de nouveaux territoires, sans trahir ni son passé ni son savoir-faire, et propose des morceaux sur lesquels la tristesse et la mélancolie des textes s’opposent à des arrangements musicaux entraînants, voire dansants. Aux antipodes, en somme.

Satisfait de leur collaboration avec le duo de réalisateurs Gus van Go et Werner F sur Octobre, les COWBOYS remettent le couvert avec la même équipe. Les deux producteurs, qui cette fois sont intervenus dès la phase de conception des morceaux, ont invité le groupe à se repenser, à ne pas hésiter à entremêler les couches d’instruments traditionnels pour un résultat inédit. Sur Les Antipodes, le violon est moins mis en avant, ce qui nous manque. Néanmoins, il est partout, et côtoie accordéon et mandoline dans un joyeux mélange qui sera certainement difficile à restituer sur scène. Ces instruments, qui s’ajoutent à la section rythmique, à la guitare de JF Pauzé et au chant de plus en plus subtil de Karl Tremblay, donnent naissance à de grands morceaux, à défaut peut-être d’un grand album.

Si un album comme L’Expédition, malgré ses textes sombres, se faisait porteur d’espoir, ce n’est pas le cas des Antipodes. L’album, tout du moins sur ses premiers morceaux, raconte ces destins brisés qui constatent que le monde n’est pas beau. Le camionneur désabusé de "L’Amérique pleure", décrit par ses mots simples le devenir sombre d’une humanité qui a perdu la tête. Le texte se fait d’autant plus percutant qu’il est interprété sur une mélodie folk sautillante, une dichotomie parfaitement illustrée par le clip du morceau qui voit des danseurs de country réaliser une chorégraphie en ligne, ne se souciant guère du sens des paroles. ("La question qu’j’me pose tout l’temps : / Mais que feront nos enfants ? / Quand il ne restera rien / Que des ruines et la faim"). Du même acabit, "Les Maisons Toutes Pareilles", qui propose une splendide mélodie à la mandoline pour illustrer un texte évoquant la solitude uniformisée. L’espoir finit par poindre finalement, timidement, sur le texte d’"Ici-bas", dernier volet d’une sorte de triptyque désabusé. Plus moderne dans ses mélodies (JF Pauzé évoque l’influence de COLDPLAY), ce morceau est sans aucun doute un des plus beaux et les plus purs de cette nouvelle offrande des COWBOYS.

Les Antipodes, c’est un peu l’album pour accompagner la vie qui fait faillite, l’existence qui échoue. Sur "Saint-Profond", titre country qui narre les contours d’un village fictif confronté au chômage de masse, il y a une filiation directe avec "Shooters", titre de Que Du Vent. Sous couvert d’humour, il y a une critique de l’abandon des désemparés par les puissants lorsque le boulot se fait la malle, laissant des communautés sans ressources ni avenir. Tango triste, "D’une tristesse" clôt la série de ces morceaux désabusés qui constatent que, malgré toute leur bonne volonté, les humains ne sont pas près de trouver la clé pour inverser la tendance.

A côté de cela, les COWBOYS proposent des morceaux au propos plus léger, continuant par exemple à dresser une liste de portraits tous plus bariolés les uns que les autres. Ces textes, biographies fictives, sont le petit plaisir de JF Pauzé, qui nous narre ici les aventures de "Suzie Prudhomme", jeune femme sans attaches qui pourrait être la petite sœur ou une copine de La Catherine (album L’Expédition). Ce rockabilly endiablé se termine de manière à la fois bordélique et maîtrisée, façon "Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band". La bonne humeur, néanmoins, semble quelque peu forcée, et l’on sent bien que le goût n’y est pas. "Mononc’ André" se rapproche pour sa part de "Mon Grand Père", la tendresse en moins dans cette évocation d’un oncle alcoolique. Parmi les titres plus gais, on retient surtout "La Traversée", une nouvelle chanson à boire qui se rapproche de "Marine Marchande" sur l’album précédent, et dont on apprécie le jusqu’au-boutisme instrumental, qui se traduit par un violon sautillant, une rythmique imparable, des chœurs fédérateurs et un refrain survolté. Un moment de bonheur intense.

S’achevant sur une tendre ballade sortie de quelque vieux carton et fraîchement retravaillée, Les Antipodes est un album que l’on ne saurait classer. C’est sa force, car les COWBOYS surprennent, se renouvellent, tout en restant fidèles à leurs racines. Pour autant, si les morceaux réussis sont nombreux, l’ensemble nous semble néanmoins plus hétéroclite qu’Octobre, et certains morceaux peinent à se faire réellement percutants dans un environnement studio, même si on les imagine fort bien dans un contexte live ("Suzie Prudhomme", "Johnny Pou"). Un album chaudement recommandable et réconfortant dans cette époque où l’être humain pourrait tout lâcher et abandonner face à des défis, notamment environnementaux, insurmontables. Les COWBOYS nous glissent un "tu n’es pas seul" dans l’oreille et, rien que pour cela, Les Antipodes est un album réussi.

3,5/5

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- Karl Tremblay (chant, guimbarde)
- Jf Pauzé (guitares acoustiques, harmonica, choeurs, percussi)
- Jérôme Dupras (basse, choeurs)
- Marie-annick Lépine (violon, violoncelle,)
- Piano, Accordéon, Mandoline)
- Pierre Fortin (batterie, percussions, métallophone)
- Jérôme Dupuis-cloutier (trompette, piano)
- Daniel Lacoste (banjo, mandoline)
- Werner F (guitares électrique et acoustique)
- Gus Van Go (percussions, choeurs)
- Renaud Gratton (trombone)
- Philippe Bouff Ard (saxophone)
- Philippe Legault (tuba)
- Liam O’neil (piano)
- Lévy Bourbonnais (harmonica)
- Marc-andré Brazeau (choeurs)
- Louis-philippe Quesnel (choeurs)


1. L'amérique Pleure
2. Les Maisons Toutes Pareilles
3. Suzie Prudhomme
4. Ici-bas
5. Saint-profond
6. Mononc André
7. La Traversée (de L'atlantique En 1774)
8. D'une Tristesse
9. Johnny Pou
10. Sur Mon épaule



             



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