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KRAFTWERK - The Man-machine (1978)
Par MONSIEUR N le 18 Mai 2007          Consultée 14826 fois

Non, ceci n’est pas une chronique sur Isaac ASIMOV. Mais je vais quand même parler de lui.

Isaac ASIMOV est né en 1920. Il est à la science-fiction ce que TOLKIEN est à la fantasy : un pilier du genre (mort). Il est connu notamment grâce à ses deux cycles : le cycle de FONDATION et celui des ROBOTS. Dans ce dernier, il énonce les trois lois de la robotique, auxquelles doivent obligatoirement obéir les robots. Le terme « robot » est apparu la première fois, lui, en 1920, dans la pièce de théâtre « Rossum’s Universal Robots », signée par le Tchèque Karel CAPEK. Le premier titre du LP légendaire « THE MAN-MACHINE » dont la pertinence nous occupe, est « The Robots ». Ah ! On y vient !

Enregistré en 1978 dans le laboratoire de l’entité KRAFTERK, j’ai nommé le studio KLING KLANG, « THE MAN-MACHINE » sort trois ans après « RADIOACTIVITY » (qui est boudé, visage trop expérimental oblige) et un an après « TRANS-EUROPA EXPRESS » (accueilli avec chaleur), soit 58 ans après la création du terme « robot », 36 ans après les lois de la robotique d’ASIMOV, et cinq ans après la naissance de ma sœur (mais franchement, est-ce que ça vous regarde ???). « THE MAN-MACHINE » va connaître un retentissement justifié. Aujourd’hui encore, il est considéré comme l’Everest de la discographie du groupe. Sommet visuel, sommet musical, sommet conceptuel. Et je me permets d’insister sur ce dernier mot. D’ailleurs, je le réécris : conceptuel. Et pis même, comme je suis un véritable guedin, j’en fais mon paragraphe suivant.

L’essence même de KRAFTWERK est dans la mise en son de concepts, que ce soit l’autoroute (« AUTOBAHN »), la radio (« RADIOACTIVITY »), le train (« TRANS-EUROPA EXPRESS »), ou encore le vélo (« TOUR DE FRANCE 2003 »). Ces Allemands (et en particulier les deux hémisphères du cerveau, Ralf Hütter und Florian Schneider) sont passionnés par la technologie en général ; ils le sont plus particulièrement par l’interaction de l’homme avec la machine. Là où « THE MAN-MACHINE » constitue le concept ultime, c’est que la machine concernée est le matériel utilisé pour créer leur musique. Matériel, inutile de le préciser, à la pointe de la technologie de l’époque, KRAFTWERK étant un groupe ouvertement moderniste (ce n’est pas sale).

Mais je me trompe. J’ai utilisé l’expression « créer de la musique ». C’est inapproprié au cas. Un artiste crée. Ralf Hütter ne considère pas qu’il crée, non. « Nous ne sommes ni des artistes, ni des musiciens. Nous sommes des travailleurs ». Eh, dites, au fait, vous savez comment on dit « travailleur » en tchèque (oui oui, la langue de CAPEK) ? Robotnik... Ainsi, lorsque qu’à travers le vocoder se glissent les mots « We Are The Robots », c’est littéralement des membres eux-mêmes dont il est question. Le remplacement, sur scène, par quatre véritables automates lors du morceau « The Robots » ne permet d’ailleurs pas d’en douter.

A noter que KRAFTWERK ne se place absolument pas en critiques d’une société qui se voudrait pervertie par les machines et l’urbanisme. Bien au contraire, la machine est à l’homme ce que le ballon est à Olivier ATTON, c'est-à-dire un ami. Etre originaire d’une ville aussi industrialisée que DÜSSELDORF a peut-être favorisé ce genre d’idéologie. Plus qu’une simple aide pour notre vie quotidienne, le synthétiseur est véritablement le miroir de l’âme. Pour l’anecdote, les quatre amis appellent entre eux leurs synthétiseurs « les miroirs »... Grâce à sa simplicité d’approche, tout le monde peut apprivoiser le synthétiseur. De fait, l’homme n’entretient pas une relation vivant/non vivant, il est man-machine, en totale symbiose avec l’appareil. Quand je vous disais qu’il était question de concept...

Rien n’est laissé au hasard avec KRAFTWERK, et le choix du format vinyle s’avère indispensable, pas seulement parce que cela fait bien dans les soirées prétentieuses, mais aussi et surtout car l’enchaînement des titres a été pensé pour ce format (évidemment, vu la date de sortie...). La structure de l’album est en effet d’une symétrie toute teutonne : le premier titre de chaque face est à chaque fois le plus entraînant, le plus popisant, et donc le plus accessible (« The Model » et sa structure new wavienne). Le deuxième titre traite d’une installation moderne en ralentissant le tempo (le laboratoire de l’espace (« Spacelab ») et les néons éclairant la ville entière (« Neon Lights »)). La conclusion de chaque moitié évoque enfin le rapport homme/technologie, avec, c’est à noter, la probable référence au film de Fritz LANG, « METROPOLIS ».

S’attarder sur le tube « The Model » me permettra de rappeler que si la musique de KRAFTWERK est ici résolument froide, synthétique et répétitive, le groupe a toujours su diffuser dans les interstices de ses glaçons des mélodies vites entêtantes, et par là même ne pas rester cantonné au groupe à concept qu’il aurait pu choisir d’être. A mon sens, cela explique son succès, autant au sein de la répugnante populace ne s’intéressant pas plus que ça à la musique (et qui achetait donc seulement les 45t, c'est-à-dire les débuts de face des vinyls) qu’au sein de la fange d’artistes intellos en mal d’innovations (et qui supportait très bien les 33t, eux).

En bon conceptomane qu’il est, KRAFTWERK a aussi beaucoup travaillé son artwork. Lui aussi, il est tout dévoué à la migration des homards de l’Atlantique. La répétition du mot « machine » est probablement là pour évoquer le côté répétitif de la musique, mais aussi pour exprimer l’idée selon laquelle les hommes ne seraient que des articles de série issus d’un processus de création (oui oui, comme des robots). Cette idée d’universalité humaine est renforcée par la déclinaison du titre de l’album en trois langues : le russe, l’allemand, et le français. Le choix du russe ne peut être le seul fruit du hasard : il rappelle la slave origine du terme « robot » ainsi que la nationalité de toute une tripotée d’artistes futuristes parmi lesquels El Lissitzky, explicitement cité sur la pochette, et l’un des fers de lance du constructivisme, courant artistique résolument tourné vers l’avenir.

Vous le saisîtes à coup sûr, je considère « THE MAN-MACHINE » comme une véritable pièce d’art. Non je n’écrirai pas « chef d’œuvre » car le terme a été trop galvaudé, surtout chez les chroniqueurs de CD... Mais enfin, vous avez compris que le cœur y est, hein ?

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- Ralf Hütter (voix et machines électroniques)
- Florian Schneider (voix et machines électroniques)
- Karl Bartos (percussions électroniques)
- Wolfgang Flur (percussions électroniques)


1. The Robots
2. Spacelab
3. Metropolis
4. The Model
5. Neon Lights
6. The Man-machine



             



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