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Kim CARNES - Mistaken Identity (1981)
Par MARCO STIVELL le 14 Janvier 2022          Consultée 410 fois

Entre Stevie NICKS et Bonnie TYLER, c'est ainsi qu'on pourrait parfois qualifier ('ranger') Kim CARNES. Elle avait précédé cette dernière en termes de voix rocailleuse, et elle évolue comme la première dans un registre pop et folk-country, en passe de devenir une sommité internationale au cours de l'année 1981. La carrière de NICKS commence à décliner (pour moi elle reste avant tout liée à FLEETWOOD MAC, désolé Erwin), mais son personnage de gypsy-woman continue de marquer les esprits, et les choses vont tourner de même pour Kim CARNES, sa compatriote californienne et ancienne hippie.

Mistaken Identity, son sixième album, est produit par Val Garay, multi-récompensé quatre ans plus tôt pour avoir travaillé avec James TAYLOR, Linda RONSTADT et Neil DIAMOND, mais qu'on a aussi vu auprès de SANTANA, Ringo STARR, Nicolette LARSON. Enregistré au Record One Studio de Los Angeles créé en 1979, il en est le premier grand fait d'armes tout en s'inscrivant parmi les oeuvres iconiques de la pop américaine, très longtemps avant que le lieu ne soit récupéré par les rappeurs. Le disque se classe numéro 1 durant près d'un mois dans le top des tops aux U.S.A. et CARNES ne fera jamais aussi bien.

Luxuriance en termes de son est le maître mot ici. Même en 1981, il y a des restes d'ambiances et de techniques qui ont fait leurs preuves durant les années précédentes, et modernité ne rime pas encore totalement avec froideur. On le constate sur le titre le plus ambitieux de ce nouveau disque varié, à savoir "Draw of the Cards", co-signé par CARNES, son époux Dave Ellingson, Val Garay et le claviériste Bill Cuomo qui trouve enfin l'expression totale de son talent sur ce disque.
Intro brumeuse de synthé programmé et de bongos, rythme en 6/4 (beaucoup moins habituel que le 4/4, idéal binaire), solo de guitare rageuse par Craig Hull et ensuite de saxophone par un Jerry Petersen enfin de retour, fausse accalmie puis crescendo, jam-session sur le final avec rires de sorcière. Ce titre génial, haut-en-couleurs, qui nous présente CARNES sous un jour plus étonnamment 'gypsy' qu'elle ne l'avait jamais laissé paraître, finit single numéro 28 au classement national !

"Mistaken Identity", autre chanson mystérieuse parcourue par un sax plus doux et un piano électrique superbement accordé au chant, n'obtient que la 60ème place, mais on en apprécie tout autant la qualité. La variété des styles, point fort des deux opus précédents, se retrouve ici, de même qu'une recrudescence d'emprunts à d'autres artistes.
"When I'm Away From You", de l'Ecossais Frankie MILLER, fait planer une Kim CARNES désespérée sur un balancement country propice aux guitares, dont le baryton de l'Iowien (aujourd'hui Nashvillois) Josh Leo.
"Hit and Run", au départ de l'immense Jackie DeSHANNON, joue plutôt la carte de la ballade conviviale avec choeurs et ligne d'orgue-synthé, excellente !

Composition originale de CARNES et Ellingson en revanche, avec l'empreinte supplémentaire de Wendy Waldman (du groupe BRYNDLE, également parmi les rares productrices de rock et country), favorise le blues-rock de la West Coast, guitares et saxos mélangés, piano qui mitraille. Avec son ton rétro et lycéen, un tel titre n'aurait pas détonné sur la B.O de Grease !
On retient aussi beaucoup d'inspiration à l'avenant, des soli de saxophone aux incursions inédites de musique de chambre, sur les slows "Still Hold On" et "Miss You Tonite". Ce dernier est particulièrement poignant avec son romantisme nostalgique et crépusculaire, si bien taillé pour la chanteuse.

Finalement, seul le léger "Don't Call It Love", moitié pop moitié disco, apparaît dispensable, malgré une signature du tandem de redoutables auteurs-compositeurs/machine à tubes Tom Snow et Dean Pitchford. Le titre est toutefois repris dès l'année suivante par madame Dusty SPRINGFIELD, avant que Dolly PARTON n'en fasse un hit en 1985, preuve du rayonnement de ce disque essentiel qu'est Mistaken Identity ! Pour dire, mes parents qui écoutaient autre chose avaient dans leur collection deux vinyles purs 'made in California' : Rumours de FLEETWOOD MAC et celui-ci.

Ah c'est vrai, l'âge commence à se faire sentir et j'en ai presque oublié le plat de résistance...

LE méga-tube "Bette Davis Eyes", qui ouvre l'ensemble, fait que tout le monde peut encore se souvenir de Kim CARNES alors que quarante années viennent de s'écouler depuis. À la base destiné à l'album précédent, il faut croire que l'alignement des planètes s'est vu repoussé, mais pour offrir le meilleur, au bout d'une décennie de carrière !
Et quitte à vendre la mèche, ce titre est... une reprise ! Créditée à l'auteure Donna Weiss et à la chanteuse Jackie DeSHANNON (comme "Hit and Run", souvenez-vous), elle apparaît sur un album de cette dernière datant de 1974, New Arrangement. En dehors des paroles et de la mélodie demeurées telles quelles ou presque en 1981, la version dont certains pouvaient se souvenir était très jazz-swing, bourrée de cuivres, et c'était une pure décision de la maison de disques. DeSHANNON elle-même, déçue de ce choix, avait souhaité, à la base, une version plus rock et une démo existait, la même que Weiss fit écouter à Kim CARNES.
Légèrement retouchée, la nouvelle "Bette Davis Eyes" doit énormément à Bill Cuomo, à Craig Kampf (batterie), à Waddy Watchel, guitariste de renom présent à la lead pour ce seul titre aussi, mais surtout à Bill Cuomo. Quelque chose me laisse toujours rêveur : à quel moment le joueur de synthé a-t-il pu parvenir à trouver les sons sur son Prophet-5 et les notes adéquates pour le résultat que l'on connaît, si éloigné de la version précédente, de son essence même ? On parle du riff de base, et qui ouvre en beauté une décennie faite de lignes pour l'instrument aussi emblématiques qu'ont pu l'être d'autres à la guitare dans le rock, plus rarement de la basse, mais aussi de l'effet de pluie cristalline du refrain, en quelques accords simples.
Du génie, et un véritable coup d'éclat. Kim CARNES elle-même, chantant des paroles très peu en accord avec ses habitudes, assez 'girly' et 'flashy' (she's precocious and she knows just what it takes to make a pro-blush/all the boys thinks she's a spy, she's got Bette Davis eyes!), dédiées à l'actrice sulfureuse Bette Davis, née en 1908 et toujours en vie à l'époque. Entre Bonnie TYLER et Stevie NICKS et plus que jamais ici, sa voix rocailleuse donne l'impression d'une sorcière racontant une histoire jolie, s'émerveillant en pleine locution mélodique (elle le fait aussi sur le susmentionné "Draw of the Cards", deuxième élément de choix du disque).
Que de force dans tout cela, progression mélodique et subtilités (depuis les shakers de l'intro au final planant), voix, synthétiseurs, rythmique basse-batterie, guitare de Watchel aux lignes intelligentes, et notamment lorsqu'elle double le synthé sur le dernier refrain. Le tout dans l'instantané, fait en une seule prise, s'il vous plaît !
Ecriture, ambiance, tout y est, avec cela de précieux que bien peu de tubes pop en général ont l'étoffe d'être qualifiés sans fard et directement de 'magie à l'état pur', déjà à l'époque, alors imaginez de nos jours. À Jackie DeSHANNON la légèreté sexy (et une autre forme de grandeur), à Kim CARNES l'émerveillement, le romantisme en pop-rock tout aussi sensuel.
Cette chanson a tout pour elle, je ne saurais m'en lasser. Donna Weiss travaillera par la suite avec Kim CARNES pour de la création cette fois.
Surtout, ce tube qui trustera la première place pendant deux mois aux U.S.A, sans parler des autres classements dans d'autres pays (Europe, Océanie) et entraînant l'album entier dans son sillage, obtient la bénédiction de la principale intéressée. Bette Davis, 73 ans et d'une toute autre génération, mentionne cette chanson parmi ses préférées jusqu'en 1989, année de son décès, et envoie immédiatement, à l'heure du tube qui l'a 'rajeunie' (de ses propres dires), une lettre de remerciements avec des fleurs à Weiss, DeSHANNON et CARNES !

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   MARCO STIVELL

 
  N/A



- Kim Carnes (chant, piano)
- Bill Cuomo (claviers, synthétiseurs)
- Steve Goldstein (claviers)
- Bryan Garofalo (basse, choeurs)
- Craig Krampf (batterie, choeurs)
- Craig Hull (guitares, choeurs)
- Josh Leo (guitares, mandoline, choeurs)
- M. L. Benoit, Don Francisco (percussions)
- Jerry Peterson (saxophones)
- Waddy Wachtel (guitares, choeurs)
- Danny Kortchmar (guitare acoustique)
- Dave Ellingson, Daniel Moore (choeurs)
- Maxine Willard, Julia Tillman (choeurs)
- Wendy Waldman (choeurs)


1. Bette Davis Eyes
2. Hit And Run
3. Mistaken Identity
4. When I'm Away From You
5. Draw Of The Cards
6. Break The Rules Tonite (out Of School)
7. Still Hold On
8. Don't Call It Love
9. Miss You Tonite
10. My Old Pals



             



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