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- Membre : The James Gang , Don Henley

EAGLES - Hotel California (1976)
Par ELLIOTT le 6 Mars 2008          Consultée 11180 fois

Rarement un groupe n’aura autant été associé à un endroit comme les Eagles le sont de la Californie, exception faite des Beach Boys. Ironie du sort, aucun de ses membres n’est originaire de ce qui reste l’état le plus peuplé des Etats-Unis. Et Don Henley, Glenn Frey et consorts ont beau avoir aligné une multitude de tubes et sorti des albums d’excellente facture ("Desperado" et "One of these nights"), deux mots leur sont à jamais associés : Hotel California. Deux mots évocateurs. Pour les uns, ce sera une image (celle d’un crépuscule), une humeur, un moment, pour d’autres un arpège ou un solo, l’un des deux ou trois plus beaux jamais composés.

Depuis "On the border" (1974), le groupe s’est éloigné d’un style country rock qui le caractérisait jusque là. Eloignement confirmé avec "One of these nights", l’année suivante, provoquant notamment le départ de Bernie Leadon, guitariste originel. Henley et Frey se montrent d’une méticulosité limite obsessionnelle quant à l’exercice suivant. L’accouchement est difficile. Les prises se multiplient, les sessions s’éternisent et il n’est pas rare de les voir rebrousser chemin pour tout reprendre à zéro. Pour couronner le tout, les séances d’enregistrement sont entrecoupées par une tournée épuisante durant l’été 76.
Le jeu en valait toutefois la chandelle. En ne laissant rien au hasard, en exploitant le moindre espace, en peaufinant la moindre harmonie, le groupe, aidé par le producteur Bill Szymczyk, sort en décembre son album le plus abouti, que ce soit dans la composition, la structure ou les arrangements.
Rarement un disque n’a autant senti la douce chaleur des soirs d’été. Comment, en effet, ne pas l’imaginer en écoutant "New kid in town", magnifique ballade aux relents FM? Si californienne et pourtant accouchée par un enfant de Detroit, Glenn Frey en l’occurrence… Comment ne pas ressentir la moiteur, si palpable ("sweet summer sweat" sur le morceau titre), qui transparaît de cette pochette mythique montrant la façade légendaire du Beverly Hills Hotel de Los Angeles, immortalisée entre chien et loup à près de vingt mètres au-dessus du sol du Sunset boulevard ?

En chantant la décrépitude de l’Amérique moderne, les Eagles explorent plusieurs horizons musicaux : tantôt rock (les riffs ciselés sinon rugueux de "Life in the fast lane" et de "Victim of love"), parfois country ("Try and love again" dernière contribution de Randy Meisner avant son départ), voire reggae (la rythmique du titre éponyme), le combo se laisse volontiers aller à une certaine mélancolie comme sur le splendide "Wasted time", sa reprise ou encore cette fable fantastique contant le génocide indien qu’est "The last resort" ("They spoke about the red man's way and how they loved the land", "Some rich men came and raped the land"). Considérée à juste titre par Glen Frey comme le meilleur morceau jamais composé par Don Henley, cette mini symphonie clôt un album parfaitement exécuté. L’arrivée de Joe Walsh est, à ce titre, une aubaine pour le quintette. En plus d’être un instrumentiste de talent, l’ex James Gang est bon compositeur comme en témoigne ici son "Pretty maids all in a row". Don Felder reste, quant à lui, l’un des gratteux les plus injustement méconnus au monde et tout le groupe de confirmer que les Eagles comptent parmi les meilleurs vocalistes de la scène rock. Finalement le disque était condamné au succès dès sa gestation.
Loin de présenter la Californie comme un art de vivre, le groupe donne, au travers de celle-ci, un point de vue cynique sur l’humeur de l’Amérique qui fête alors ses 200 ans. Le choix du Beverly Hills Hotel pour la pochette apparaît ainsi fort judicieux. L’endroit est élégant. Des stars de cinéma se mêlent aux touristes et autres anonymes, mais tout n’est que poudre aux yeux et gloire fanée.

Rarement un album, une pochette, une chanson n’auront autant été disséquées. Et puisque nous parlions de poudre, oui, "Hotel California" (le titre - proche du "We Used to Know" de Jethro Tull) parle de la dépendance à la cocaïne. L’image du client qui se laisse attirer par ce qui ressemble fort à un chant des sirènes et sa tentative avortée de quitter les lieux est plutôt parlante. Et non, ce n’est pas une ôde au satanisme même si, à l’instar de la théorie "Paul is dead" chez les Beatles, les interprétations peuvent s’avérer troublantes, à commencer par les paroles : "Then she stood in the doorway" (la prêtresse), "This could be heaven or this could be hell", "There were voices down the corridor" (les fidèles), "some dance to remember, some dance to forget" (la danse est un rituel au cours d’un sabbat), l’impossibilité de quitter la secte ("But you can never leave") et le mystérieux passage avec le captain, le vin et l’année 1969 qui fut interprété comme un aveu d’Anton LaVey, le père de l’Eglise de Satan, expliquant à son "hôte" que cette liqueur (le sang du Christ) n’est plus disponible depuis l’année précitée (rappelons que 69 est, entre autre, l’année des massacres perpétrés par la famille Manson et celle de la naissance de la théorie sur la mort de Mc Cartney).
Passons sur les éventuels et improbables messages à l’envers pour s’arrêter à l’imagerie qui n’est pas en reste. Car que ce soit au recto, au verso ou à l’intérieur de la pochette, les preuves de l’occultisme des Eagles auraient été établies. La bâtisse, serait en fait, l’Eglise de Satan, elle-même et tel Paul Meurisse dans "Les diaboliques", LaVey apparaîtrait au recoin d’une des fenêtres. A l’intérieur, on distingue une silhouette au balcon, les bras tendus comme pour enlacer la foule (Satan et ses fidèles ?). Enfin, il y a cette dernière photo au verso : le hall de l’hôtel vide. Pas de quoi invoquer les forces du mal si ce n’est que l’histoire raconte que le fameux balayeur n’était pas présent sur les lieux lors de la séance photo. Trop tard, Black Sabbath avait déjà piqué l’idée, quelques années auparavant, devant le moulin à eau de Mapledurham.

Des histoires comme celles-ci, l’album n’en avait guère besoin pour entrer dans la légende. Disons simplement qu’elles lui auront donné un petit piquant en plus, même si la musique se suffit à elle-même. Après quatre opus, le groupe a ainsi atteint son zénith. "Nous commençons toujours notre vie sur un crépuscule admirable", écrivait le poète résistant René Char. Pour certains fans de la première heure, déçus par le virage musical amorcé, celle des Aigles s’est achevée un soir de 1976. Mais ceux-là n’ont rien compris. Car en figeant ce crépuscule pour l’éternité, les Eagles se sont assurés l’immortalité. Ni plus ni moins.

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   ELLIOTT

 
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- Don Henley (chant, batterie, percussions, synthés)
- Glenn Frey (chant, guitares, synthés, piano, claviers)
- Don Felder (guitares, slide, pedal steel, chœurs)
- Randy Meisner (basse, guitare acoustique, chant)
- Joe Walsh (guitares, lap steel, synthés, piano, orgue, chant)


1. Hotel California
2. New Kid In Town
3. Life In The Fast Lane
4. Wasted Time
5. Wasted Time (reprise)
6. Victim Of Love
7. Pretty Maids All In A Row
8. Try And Love Again
9. The Last Resort



             



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