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- Style : Sweet Smoke, Agitation Free
- Membre : Hawkwind, Popol Vuh, Amon Düül
- Style + Membre : Embryo

AMON DÜÜL II - Phallus Dei (1969)
Par JOVIAL le 28 Novembre 2011          Consultée 1728 fois

Printemps 1968. Il fait très chaud en Allemagne. Les étudiants passent leurs derniers examens … ou au contraire descendent manifester dans les rues. Comme en France, et même dans le reste de l’Europe, la contestation gronde. La jeunesse allemande, qui n’a pas connu le temps de la croix gammée, refuse de s’intégrer à cette société reconstruite par leurs parents. Société ultra-consommatrice, stricte et protestante, amnésique et hypocrite, non, les jeunes Allemands veulent autre chose. C’est ainsi que germent les premiers collectifs d’art politique, qui commencent à comprendre, sur le modèle du Flower Power et du mouvement psychédélique californien, que le meilleur moyen de s’exprimer reste encore et toujours la musique. Le Zodiac Free Art Lab de Conrad Schnitzler et Hans-Joachim Roedelius à Berlin n’avait duré que quelques mois mais son écho fut assez rettentissant pour que s’impose un idiome musical particulier à l’Allemagne, résolument tourné vers l’expérimentation, l’électronique et le psychédélisme sous toutes ses formes. À Cologne, les anarchistes de Floh de Cologne sortent Vietnam, dont vous pouvez facilement imaginer le sujet. À Munich, le petit collectif d’Amon Düül propose déjà un rock psychotrope à demi-politisé, disposant très vite de sa petite renommée locale. Mais dans un groupe composé de musiciens confirmés et de joueurs de bongos amateurs, les tensions ne pouvaient être qu’inévitables. Fin 1968, la scission est prononcée et la faction dissidente s’en va former un deuxième Amon Düül, simplement nommé AMON DÜÜL II, qui, comme vous le savez déjà, rencontrera bientôt un succès bien plus important que son grand frère, et ce dès la sortie de son premier disque, Phallus Dei.

À l’instar de sa pochette, ce qui me frappe le plus dans cet album, c’est le côté mystique qui en ressort. On a l’impression d’écouter quelque chose d’interdit, une musique sans âge, orientale et ésotérique, un rituel auquel on ne devrait pas assister, à la fois transcendant et dérangeant. AMON DÜÜL II fait de son auditeur un voyageur, qui ne sait jamais à quoi s’attendre. Ainsi, « Phallus Dei », le morceau éponyme, commence par une longue plongée dans les abysses de l’imagination humaine. Des cris et des sons inconnus nous immergent immédiatement dans un univers inquiétant, presque étouffant, à la limite du réel. Et puis d’un coup, une basse et des percussions orientales nous relèvent la tête de cette eau moribonde. Cette fois-ci, nous sommes entraînés dans une transe frénétique, qu’AMON DÜÜL II étaye à son gré de digressions plus « allemandes », violons au poing, ou au contraire de rituels africains, à grands renforts de bongos guerriers, pour au final nous achever dans une outro indescriptible, monolithique et cosmique à la fois. Vous l’aurez compris, ce morceau-titre est un des tous premiers chefs d’œuvre du groupe allemand. Occupant à l’origine toute la seconde face, il laisse donc la première à quatre autres morceaux, moins connus mais très loin d’être, eux aussi, anecdotiques. « Kanaan » nous embarque dans une longue procession sous la lune d’un désert mystérieux, dont les tourbillons de sables incessants nous donnent le tournis. Le chant en allemand et les vocalises de Renate Knaup renforcent à chaque instant cette sensation de lointain, de romantisme antique et décadent, une des marques de fabrique d’ailleurs de Phallus Dei, que l’on retrouve plus tard sur « Henriette Krötenschwanz ». Cette dernière voit toutefois le groupe évoluer dans un style plus « majestueux », en partie grâce à la magnifique voix de Knaup, qui surjoue volontairement afin de donner un aspect un peu plus fêlé par rapport aux autres instruments, pour une fois plus terre-à-terre. Avec « Dem Guten, Schönen, Wahren » au contraire, AMON DÜÜL II revient dans son univers le plus glauque, empoisonné par la guitare de Weinzierl et le chant androgyne de Karrer, pour un résultat assez impressionnant, parfois à la limite du macabre. « Luzifers Ghilom » enfin, feignant de repartir dans la veine que son prédécesseur, se montre beaucoup plus entraînante, malgré un final d’une beauté dramatique presque caricaturale, qui contraste nettement avec le reste du morceau, plus tribal et au final plus « rock ».

S’il reste parfois difficile à avaler, tant sa richesse et son univers reste difficile à appréhender au premier abord, ce Phallus de Dieu (c’est bien la bonne traduction), est quand même une sacrée merveille. Il n’y a vraiment rien à déplorer, si ce n’est quelques longueurs sur « Luzifers Ghilom » et « Dem Guten, Schönen, Wahren », ainsi que sa relative difficulté d’accès, surtout lorsqu’il s’agit de notre première rencontre avec AMON DÜÜL II. Mais quoiqu’il en soit, même aujourd’hui, Phallus Dei est un album hallucinant (et halluciné), toujours prompt à surprendre les sens de son auditeur. Difficile de croire qu’il s’agit seulement du premier effort d’un groupe dont la plupart des membres n’avait à l’époque qu’entre 20 et 22 ans. Un mystère pour moi en tous cas … Dernière note enfin, optez de préférence pour la version remasterisée sortie chez Revisited Records en 2006, car elle contient, en plus d’un son ma foi excellent, deux bonus totalement inédits : l’érotique « TouchMaPhal », excellente en tout point, ainsi que l’étouffante, mais incroyable, « I Want The Sun To Shine » et son ambiance africaine, qui méritent que l’on s’y attarde quelque temps, et qui, malheureusement aurait pu très bien s’intégrer à l’album original …

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- Dieter Serfas (batterie/percussions)
- Peter Leopold (batterie)
- Shrat (bongos/violon/chant)
- Renate Knaup (chant/tambourin)
- John Weinzierl (guitare/basse)
- Chris Karrer (violon/guitare/chant)
- Falk Rogner (claviers)
- Dave Anderson (basse)
- Holger Trülzch (percussions)
- Christian Borchard (vibraphone)


1. Kanaan
2. Dem Guten, Schönen, Wahren
3. Luzifers Ghilom
4. Henriette Krötenschwanz
5. Phallus Dei
6. Bonus 2006 :
7. Touchmaphal
8. I Want The Sun To Shine



             



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