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- Style : Sweet Smoke, Agitation Free
- Membre : Hawkwind, Popol Vuh, Amon DÜÜl
- Style + Membre : Embryo

AMON DÜÜL II - Vortex (1981)
Par AIGLE BLANC le 11 Mai 2021          Consultée 249 fois

L'histoire musicale du krautrock nous assène la sempiternelle et immuable vérité : les grands artistes ou groupes de ce courant germanique essentiel, ayant émergé entre la fin des années 60 et l'orée des années 70, ont difficilement négocié le passage délicat à la décennie des 80's. CAN, si prolixe dans sa grande période, n'a plus sorti qu'un album en 1989. KRAFTWERK a bien perdu de sa superbe au cours de la même décennie, ne produisant plus que 2 opus assez controversés, même parmi la communauté de ses fans. Quant à NEU!, la scission consommée entre Michael Rother et Klaus Dinger a signé franchement la mort d'une formation si d'avant-garde jadis.
A ce titre, peut-on trouver meilleur exemple de cette triste réalité que celui d'AMON DÜÜL II dont la discographie débutée à grands fracas, et si originale dans sa radicalité tonale, n'a eu de cesse de se déliter inexorablement, selon une pente douce poursuivie album après album, entre 1974 et 1978 ?
Depuis Pyragony X (1976), le groupe avait sombré dans un rock prog peu inspiré, et surtout d'une banalité affligeante, qu'avaient fini d'enfoncer Almost Alive (1977) et Only Human (1978), deux calamités qui auraient dû signer son testament discographique.

Contre toute attente, c'est un nouvel album, le 13ème, qui nous parvient en 1981, après un silence de plus de deux ans. Il est déjà ardu pour un groupe aguerri de poser un pied dans une décennie naissante, aussi il semble naturel et compréhensible que le fan d'AMON DÜÜL II accueille cette nouvelle offrande, si ce n'est avec déception, du moins bardé d'un fort scepticisme. Quand on connaît a posteriori le discrédit généralisé dont souffre le rock à l'ère des batteries aseptisées, des boîtes à rythme mort-nées et des claviers Korg de Prisunic, on est en droit d'appréhender avec une légère inquiétude le bien-nommé Vortex au patronyme annonciateur de production ultra-chiadée.
Pourtant, si l'opus enregistré au Metro Studio de Munich par Stefan Zauner, membre du groupe depuis 1976, bénéficie du mixage et du mastering haut-de-gamme des Studios Olympia de Munich, et notamment d'un ordinateur statique pourvu de 48 pistes, la production de Jörg Evers, en charge également des guitare, basse et synthétiseur en tant que nouveau membre de la formation, ne fait pas du tout sonner le disque comme ses homologues des 80's. Si vous êtes réfractaire au son kitschissime des années Reagan, vous pouvez par conséquent tendre les deux oreilles sans craindre de voir vos poils se hérisser.

Alors que, malgré leur médiocrité exponentielle, les trois précédents albums avaient vu se stabiliser la nouvelle formule d'AMON DÜÜL II, celle-ci se voit une fois de plus modifiée par le retour inattendu de plusieurs de ses membres fondateurs : la chanteuse Renate Knaup (qui officie toujours au tambourin), Chris Karrer (aux guitare, violon et saxophone), et le synthétiste Falk U. Rogner, auxquels se joint le revenant Daniel Fichelscher (aux guitare, percussion, et batteries) qui avait quitté le groupe en 1972, après les albums Wolf City et Carnival in Babylon. Peter Leopold et Klaus Ebert semblent quant à eux avoir quitté le navire, tandis que leurs confrères Stefan Zauner et John Weinzierl, qui occupaient le devant de la scène lors des 3 opus précédents, se trouvent relégués au rang de simples invités, à l'occasion d'un titre ou deux, comme le bassiste Lothar Meid qui avait disparu pourtant depuis Hijack en 1976.

Il est évident que cette tentative de refonte vers une version plus authentique d'AMON DÜÜL II souffre d'une certaine incohérence qui infuse dans l'album lui-même, souffrant d'un manque d'homogénéité flagrant. Les huit nouvelles compositions, à force de vouloir respecter le cahier des charges d'une veine pop seule susceptible de rallier les foules, peine à reproduire l'esprit de la grande époque du groupe. Malgré de tels efforts de conformité aux canons F.M alors en vigueur, reconnaissons au groupe son incapacité à livrer le tube qu'il s'acharne pourtant à imposer de diverses manières. Il en va ainsi de "Holy West", titre folk qui se voudrait accrocheur sans jamais réussir à convaincre vraiment, à cause d'une interprétation plutôt banale, le chant de Renate ne provoquant pas la moindre émotion en dépit de son implication vocale et, surtout, en raison de la banalité du jeu de frappe de Daniel Fichelscher, pourtant bon musicien chez POPOL VUH. En dépit de son énergie, "Wings of the Wind" résonne comme un YES du pauvre dont les choeurs d'une lourdeur écoeurante ne permettent pas de faire décoller le titre. Quant à "We are Machine" avec ses voix filtrées (au vocoder ?), il navigue du côté des BEATLES lors du refrain, très pauvre au demeurant, saboté par des arrangements rock désespérément passe-partout, non que les musiciens soient mauvais, mais la greffe ne prend pas, la composition ne trouvant jamais réellement sa cohérence.
A de rares moments, le groupe semble se souvenir de son illustre passé, notamment lors de l'ouverture éponyme, "Vortex", dont la nappe du synthétiseur de Jörg Evers rappelle l'instrumental "Deutsch Nepal" de Wolf City, suffisamment intrigante pour susciter une entrée en matière mystérieuse plutôt prometteuse. Quant à l'intéressant "Das Gestern Ist Das Heute Von Morgen", il constitue une composition solide à laquelle tous les instruments (le chant de Renate, le saxophone racé de Chris Karrer et la basse roborative de Jörg Evers) confèrent une certaine puissance, à défaut de lui offrir l'enrobage d'un chef-d'oeuvre.
Les balades "Mona", au rythme dansant proche du reggae, et la conclusive "Vibes in the Air" évitent au moins la sensiblerie en faisant preuve d'une certaine recherche dans leurs harmonies, s'aventurant même, comme la seconde, dans des digressions doucement progressives.

La moisson au final bien maigre n'aide pas Vortex à remettre à flot le navire AMON DÜÜL II qui ne sortira plus un seul disque le restant de la décennie.
Comme cela se produit rarement, les bonus conséquents de la réédition de 2005 chez Revisited Records rehaussent considérablement le niveau d'ensemble tant ces deux titres, "Whatever" et "(Ras)putin in Der Badewahnne" retrouvent comme par magie la puissance et la folie des origines au point de constituer de belles réussites de krautrock. Les membres du groupe ayant tous collaboré à la composition font regretter de n'avoir pas renouvelé l'expérience plus souvent car, quand ils s'y mettent tous, quelque chose d'assez incroyable se produit, pour peu qu'on soit fan du groupe bien évidemment.

Note de l'album seul : 1,5 / 5
Note de la réédition (bonus compris) : 2,5 / 5

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   AIGLE BLANC

 
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- Renate Aschauer-knaup (chant, tambourin)
- Chris Karrer (guitares, violon, saxophone)
- Jörg Evers (basse, guitare, synthétiseur)
- Daniel Fichelscher (batteries, percussion, guitare)
- Falk O. Rogner (synthétiseur)
- Lothar Meid (basse titres 6, 9 et 10)
- John Weinzierl (guitare titres 7, 9 et 10)
- Stefan Zauner (piano, synthétiseur titres 1 et 8)
- Hans Peter Leopold (e-drums titres 9 et 10)
- Jahn Kahlert (batteries, percussion, choeurs titres 9 et 10)


1. Vortex
2. Holy West
3. Die 7 Fetten Jahre
4. Wings Of The Wind
5. Mona
6. We Are Machine
7. Das Gestern Ist Das Heute Von Morgen
8. Vibes In The Air
9. Bonus Tracks
10. Whatever
11. (ras)putin In Der Badewanne



             



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