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AMON DÜÜL II - Only Human (1978)
Par AIGLE BLANC le 24 Octobre 2019          Consultée 628 fois

Avant d'entrer dans l'espace dévolu à cette chronique, il ne vous a pas échappé que la note attribuée au douzième album d'AMON DÜÜL II ne dépasse pas 1/5. Il me suffirait donc de lâcher un "Cet album est la nullité incarnée." et ainsi me croire acquitté de ma dette de chroniqueur. Rien ne serait plus facile, vous en conviendrez. Je n'ai presque jamais jusqu'à présent sanctionné l'écoute d'un disque d'une note si terrible. Le plus difficile maintenant reste à faire : essayer de décrire l'album en exposant son programme et en le resituant dans le contexte de la carrière du groupe germanique. La tâche s'annonce d'autant plus ardue que la musique déployée dans les 7 titres constituant Only Human défie l'entendement par son caractère insaisissable et éclectique. On aimerait penser qu'il s'agit d'un pied-de-nez du groupe, du produit d'une farce iconoclaste, sauf que rien n'est moins sûr. Les 4 membres réunis ici (depuis l'opus précédent Almost Alive, 1977, le guitariste John Weinzierl a quitté à juste titre le navire) mettent toute leur énergie et leur talent instrumental au service d'un ratage absolu pour lequel on ne sait qui vraiment incriminer.
Paradoxalement, cela s'accompagne d'une très solide exécution des instrumentistes que rien ne semble effrayer, et surtout pas le ridicule où ils s'enfoncent franchement. Ce n'est pas un album complexé ; les musiciens assument sans trembler les titres qu'ils jouent et interprètent. On ne peut donc pas leur reprocher une approche tiède de leur musique et, comme ce sont tous de bons musiciens, l'ensemble conserve malgré tout une fière allure.

Comment décrire ou définir Only Human, sinon à l'aune de l'album précédent, Almost Alive, qui proposait peu ou prou, avec une équipe quasiment identique, une pop-prog-rock peu inventive mais par moments plutôt bien troussée quoique peu convaincante sur la durée ? Or, c'est un fossé qui les sépare du point de vue musical. Là où l'opus précédent mettait la barre sur les soli du guitariste John Weinzierl, celui-ci opte pour une approche chorale, les musiciens jouant ensemble sans qu'un seul d'entre eux ne cherche vraiment à se mettre en avant, à l'exception du batteur Peter Leopold qui, dans le dernier titre "Ruby Lane", se laisse aller une seule fois à un solo virtuose malheureusement trop similaire à celui qu'il exécutait dans le titre conclusif du précédent album. Le problème est que cette densité de la matière sonore offre souvent l'impression d'une mélasse indigeste particulièrement sensible dans "Kurt Morgan" où l'embrouillamini des instruments se voit aggravé par les parties vocales confuses de Stefan Zauner passées au crible d'une production surchargée faite en dépit du bon sens. Comme Almost Alive, cet album souffre aussi de l'indigence du chant assumé alternativement d'un titre à l'autre par les 4 membres du groupe, ce qui en accentue le sentiment d'impersonnalité.
Bien que les critiques aient la manie quelquefois discutable de vouloir à tout prix classer la musique selon le genre ou le style, ils doivent se sentir bien démunis avec Only Human. S'agit-il de rock ? Oui... un peu par moments. De World ? Oui aussi à travers l'emploi des choeurs et violons orientaux de "Kismet", peut-être le titre le plus convaincant ou du moins celui où la démarche du groupe semble la plus lisible, malgré le chant incertain de Chris Karrer, tandis que l'oriental "Pharao" sombre dans le n'importe quoi à cause d'une production qu'on pourrait qualifier de psychédélique si ce terme ne sonnait pas aussi respectable aux oreilles des adeptes de SPIRIT. S'agit-il alors de pop ? Encore un peu là aussi, même si les adeptes auraient de quoi crier au scandale s'il écoutaient l'album dans son intégralité. De rock progressif alors ? C'est moins flagrant qu'auparavant, même si quelques échos parcourent l'album en filigrane. Le groupe semble se confronter à tous les genres, y compris au flamenco présent au milieu du titre protéiforme "Spaniards and Spacemen", lors d'un passage des plus étonnants dont la gratuité a de quoi laisser pantois. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce morceau progresse dans une liberté totale qui passerait presque pour géniale tant le rock progressif y succède sans queue ni tête au mauvais disco. Dans un souci apparemment louable de renouveler son inspiration, le groupe semble plus égaré et confus que réellement aventureux.

"Inspiration", le gros mot est enfin lâché : voici ce qui fait le plus défaut à cet opus. L'inspiration répond aux abonnés absents, même si plusieurs écoutes répétées tendraient à aiguiller l'auditeur vers ce que les musiciens ont réellement voulu faire ici. Le plus déstabilisant pour votre serviteur demeure l'impression rare mais persistante de laideur. La musique n'est pas faite pour être laide. Elle peut choquer, mettre mal à l'aise, surprendre, laisser perplexe, mais en aucun cas un artiste ne recherche la laideur, même et y compris quand c'est le thème de sa démarche. Only Human sonne d'une laideur repoussante à mes oreilles. Je n'aime pas le rap auquel je reste irrémédiablement insensible, mais je ne vais pas jusqu'à le qualifier de "laid". C'est juste une affaire de goût et de sensibilité personnels. Mais ici, la laideur s'explique peut-être par l'échec des compositions qui jamais n'emportent l'auditeur, ne parviennent jamais à trouver une cohérence interne qui, à défaut de séduire, aiderait à proposer quelque chose de tangible.

Voici donc un album à oublier d'urgence. Mieux encore : il est préférable de n'en même pas commencer l'écoute.

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   AIGLE BLANC

 
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- Peter Leopold (batterie, percussions)
- Klaus Ebert (chant, guitare, basse)
- Chris Karrer (chant, guitare, harmonica, violon, saxophone)
- Stefan Zauner (chant, claviers, synthétiseur)


1. Another Morning
2. Don't Turn Too Stone
3. Kirk Morgan
4. Spaniards & Spacemen
5. Kismet
6. Pharao
7. Ruby Lane



             



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