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AMON DÜÜL II - Utopia (1973)
Par AIGLE BLANC le 21 Septembre 2017          Consultée 1081 fois

Tous les titres figurant dans cet album ont été enregistrés en juillet 1972, soit durant les sessions de Wolf City, quatrième effort studio d'AMON DÜÜL II. Toutefois, à l'origine, Utopia avait été conçu comme un projet parallèle de Olaf Kübler et de Lothar Meid, respectivement producteur-saxophoniste et bassiste du groupe.

Or, à partir de 1982, l'album se voit rattaché à la discographie d'AMON DÜÜL II, de sorte qu'Utopia, qui était aussi le nom du groupe initial, ne désigne plus que le titre de l'opus. Ce qui peut paraître étrange du point de vue commercial (le nom d'un groupe est remplacé par un autre sur la pochette d'un disque au cours de ses rééditions) devient une évidence à l'écoute de l'album.
En effet, Utopia s'inscrit si bien dans la continuité stylistique de Wolf City qu'il est permis de le considérer comme son proche cousin. Olaf Kübler et Lothar Meid qui apparaissaient quelquefois co-compositeurs dans Wolf City ont forcément imprimé leur marque dans les compositions d'Utopia. De plus, les musiciens auxquels ils ont fait appel pour réaliser leur projet viennent le plus souvent, quoi de plus naturel?, de la galaxie AMON DÜÜL II, que ce soit Renate Knaup au chant dans le titre d'ouverture "What you gonna do", John Weinzierl à la guitare électrique dans "The Wolfman Jack show", Daniel Fichelscher à la batterie dans "The Wolfman Jack show", "Nasi goreng" et "Jazz kiste". On retrouve aussi l'ami Chris Karrer au violon et au saxophone dans "Jazz kiste".
Si l'on accueille bien pour l'occasion quelques nouvelles têtes comme Jim Jackson, pianiste et organiste américain qui officie aussi au sein de EMBRYO, Andy Marx aux guitares électrique et acoustique ou Norman Talbert aux congas, cela ne constitue nullement un écart stylistique par rapport à AMON DÜÜL II.
Il n'est pas interdit par conséquent d'appréhender cet opus comme un véritable album du groupe, c'est en tout cas la liberté que je m'autorise ici.

Wolf City passe pour le dernier bon effort studio d'AMON DÜÜL II. Pour beaucoup d'exégètes de la discographie du groupe, l'année 1972 constituerait le moment de son basculement vers une musique de plus en plus commune, fortement empreinte de folk et de rock certes, mais infiniment moins délirante et percutante qu'à ses origines (approximativement la période de ses trois premiers mythiques opus). Utopia offre une matière similaire à celle de son proche cousin et peut être considéré comme un bon album, à condition de ne pas trop garder en mémoire les débuts du groupe, autrement plus explosifs et radicaux.

Toutefois, Utopia n'évite pas quelques scories que l'on peut ici déplorer. Le chant, et ce n'est une révélation pour personne, est loin d'être le principal atout du groupe. De sorte que lorsque le bassiste Lothar Meid prend en charge les vocaux de la ballade "Alice", son chant souffre de son inexpérience et réduit d'autant plus la portée du titre par ailleurs plutôt intéressant. De même, sa prestation dans "Utopia No 1" n'est sauvée du naufrage que par la production qui noie sa voix dans un nuage d'éther. Rien de transcendant, vous en conviendrez. Si Renate Knaup est une des voix distinctives du son d'AMON DÜÜL II, je ne peux pas pour autant affirmer qu'elle m'ait réellement convaincu à ce poste. Le titre "What you gonna do" reste une bonne chanson du groupe, mais Renate au chant n'y délivre rien de mémorable. Elle se montre bien plus convaincante quand elle délaisse le chant basique et ose des incantations païennes. Dans ces moments-là, et nulle part ailleurs, elle préfigure l'immense Lisa GERRARD. Pas de chance, à Utopia elle ne réserve pas cet aspect de son art vocal. Tant pis.

C'est logiquement avec ses parties instrumentales que le groupe parvient à retenir quelque peu l'attention. A ce titre, si l'on excepte l'ouverture "What you gonna do", la pièce la plus représentative de l'identité d'AMON DÜÜL II serait "The Wolfman Jack show", a priori une pop song des plus classiques, mais sournoisement orchestrée de sorte que la production lui confère des atours psychédéliques hérités de Syd Barret. Le chant de Lothar Meid n'est pas étranger à cette impression de dérive psychique. La guitare acide de John Weinzierl et le saxophone perturbé d'Olaf Kübler enveloppant le titre d'une forme de folie progressive assez convaincante. "Deutsch Nepal", instrumental atmosphérique singulier, annonciateur de DEAD CAN DANCE et contemporain du Aguirre de POPOL VUH, était déjà malheureusement présent dans Wolf City. La version alternative qui nous est proposée ici, d'une durée similaire, fait vraiment doublon avec sa soeur jumelle. Pour l'anecdote, ce titre aurait été composé spécialement pour cet album avant d'atterrir pour on ne sait quelle raison dans le programme de Wolf City. Les choeurs échappés de l'orgue de Jim Jackson y sonnent d'une lourdeur qui présagerait pour un peu le Doom metal, toute proportion gardée. D'autres les rapprocheraient plutôt des ambiances gothico-morbides du grand BLACK SABBATH. Malheureusement, le titre se voit sérieusement égratigné par les horribles interventions vocales de Rolf Zacher qui se la joue Monsieur Loyal de cabaret.
L'avant-dernière piste, "Nasi goreng" explore quant à elle une veine plus progressive avec les piano et basse électriques de Jim Jackson et de Lothar Meid, tandis que les arpèges à la guitare de Siegfried Schwab et le gong d'Olaf Kübler lui confèrent des atours orientalisants. La fin du titre offre une belle osmose entre les guitares, les synthétiseurs, le piano Hammond et le gong. "Jazz kiste", comme son titre le signale, se teinte fortement de jazz-rock, dans une veine proche de celle qui sévit à cette époque aux USA avec Miles DAVIS. C'est correctement exécuté, sans plus.

La moisson reste maigre, convenons-en, d'autant plus venant d'un groupe aussi créatif qu'AMON DÜÜL II qui, après trois opus exceptionnels, se laisse peu à peu gagner par une sorte de torpeur. En perdant beaucoup de sa singularité, le groupe a su séduire un auditoire plus vaste, mais au détriment de sa folie furieuse.
La note réelle penche davantage du côté du 2,5/5, mais étant donné que la suite de la carrière du groupe le voit s'enfoncer dans une impasse artistique toujours plus poussive et incompréhensible, offrons à cet album une note pondérée au demi point supérieur.

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   AIGLE BLANC

 
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- Lothar Meid (basse électrique, chant, mellotron)
- Olaf Kübler (saxophone ténor, flûte, gong, synthétiseur moog)
- Chris Karrer (violon, saxophone soprano)
- Edgar Hoffmann (soprano saxophone wah-wah)
- Jim Jackson (piano, orgue, piano électrique, marimbas)
- Christian Schulze (piano électrique)
- Andy Marx (guitare électrique et acoustique)
- Joe Quick (guitare électrique)
- Siegfried Scwab (guitare électrique)
- John Weinzierl (guitares)
- Daniel Fichelscher (batterie, congas)
- Keith Forsey (batterie)
- George Green Iii (batterie)


1. What You Gonna Do
2. The Wolfman Jack Show
3. Alice
4. Las Vegas
5. Deutsch Nepal
6. Utopia No1
7. Nasi Goreng
8. Jazz Kiste



             



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