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- Style : Sweet Smoke, Agitation Free
- Membre : Hawkwind, Popol Vuh, Amon DÜÜl
- Style + Membre : Embryo

AMON DÜÜL II - Vive La Trance (1973)
Par AIGLE BLANC le 26 Septembre 2017          Consultée 1118 fois

Avec le recul que lui offre le temps passé, l'historien du Krautrock peut établir l'âge d'or de ce courant musical allemand dans la première moitié des années 70, soit environ de 1969 à 1975. C'est durant cette période que les formations les plus célèbres du genre ont produit leurs chef-d'oeuvres, que ce soit CAN (Tago Mago, 1971), NEU! (Neu! 1, Neu! 2 et Neu!'75, 1973 à 1975), HARMONIA (Deluxe, 1975), POPOL VUH (Hosiana Mantra, 1972), FAUST (Faust, 1971), TANGERINE DREAM (Rubycon, 1975) et bien sûr le fameux AMON DÜÜL II (Phallus Dei 1969, Yeti, 1970). Passée cette période d'intense créativité et de liberté, ces mêmes groupes n'ont pu échapper, dans leur volonté de toucher un plus large public, à une certaine quoiqu'indéniable normalisation. CAN et TANGERINE DREAM en particulier ont resserré leur discours qu'ils ont enfermé dans un cadre beaucoup plus structuré, perdant de la sorte une part non négligeable de leur pouvoir incantatoire.

AMON DÜÜL II a subi le même sort : à partir de Wolf City (1972), la musique du groupe, sans perdre sa personnalité, a commencé à arrondir ses angles afin de se rendre plus séduisante et de renforcer son confort d'écoute. Grand bien leur en a pris puisque leur popularité a pris un essor important, notamment en Angleterre grâce à John Peel, grand découvreur de talents dont les sessions radiophoniques sont devenues aujourd'hui des références.

A l'origine, AMON DÜÜL II produisait une musique d'une puissance évocatrice incroyable, sorte de bacchanale délivrée dans un esprit festif et décadent où évoluait la trilogie (Phallus Dei, Yeti et Tanz der Lemminge). Le psychédélisme, bien que présent, faisait entendre des accents purement allemands et non anglais. Ce bouillonnement créatif et débordant tous les cadres outrepassait les limites du rock stricto sensu jusqu'à s'élever aux cimes d'une messe incantatoire particulièrement vénéneuse. DEAD CAN DANCE s'en serait-il inspiré ? Hypothèse des plus probables.

Déjà, Utopia (1972) avait montré un groupe assagi, ayant gommé les saillies les plus délirantes de sa musique. L'album n'était pas franchement mauvais, mais il délivrait, plus banalement, un rock psychédélique moins marqué donc plus proche de son cousin britannique. Sorti un an plus tard, Vive la trance (1973) se veut dans la continuité logique de Wolf City et de Utopia, soit un rock psychédélique basique pas mal fichu mais loin d'être transcendant.

Vive la trance contient son lot de moments délirants, les pistes 5 et 6 se battant pour la palme.
"Mozambique" est introduit par des scansions vocales que ponctuent des claquements de doigts, entrée en matière des plus trompeuses car le titre ne sera nullement la Soul qu'il semble annoncer. Brutalement, entrent en scène l'orgue de Falk-Ulrich Rogner, les arpèges guitaristiques de Chris Karrer/John Weinzerl et les vocaux folkeux de Renate Knaup. L'auditeur a à peine le temps de s'installer dans un certain confort d'écoute, lui laissant espérer une chanson folk électrique, qu'un gimmick, réalisé au synthé VCS3 par Falk-Ulrich Rogner, se met à tout fracasser sur son passage, amplifié par les percussions épidermiques de Keith Forsay. Cette ritournelle infernale nous entraîne dès lors dans un tour de manège que rien ne semble devoir arrêter. Impact maximal et grand titre d'AMON DÜÜL II. "Apocalyptic Bore" évolue lui aussi dans les mêmes eaux troubles dominées par des mirages. Les vocaux de Desmond Boner, très approximatifs et pas franchement convaincants, restreignent lors des couplets la chanson sur un terrain folk psychédélique tandis que le refrain, strictement instrumental, voit s'épanouir la guitare inspirée et délirante de John Weinzierl qui tisse des arabesques saturées à coups de larsens et de ronflements nerveux de moteurs.

Le reste de l'album ne démérite pas vraiment et quelques titres s'avèrent suffisamment enlevés pour maintenir non seulement l'intérêt mais aussi la tonalité rock. C'est le cas par exemple de "Dr" et "Trap", chansons rock concises et sans fioritures, assez bien troussées mais sans grande originalité non plus. Dans sa seconde moitié, Vive la Trance délivre des titres acérés qui malheureusement s'avèrent tous bâtis sur le même canevas, à savoir des vocaux qui naviguent entre rock et folk, souvent entonnés en chœur, et des envolées instrumentales parfois percutantes comme dans le final de "Pig Man". Le problème, c'est qu'avec ces pistes, le groupe quitte les territoires teutons qui ont construit sa renommée et garde son visage tourné vers l'Angleterre, voire les USA. Par moment même, on jurerait entendre un titre de VAN DER GRAFF GENERATOR avec les envolées percutantes au saxo de Chris Karrer de "Ladies Mimikry", dernière piste de l'album.

Globalement, ce sont les vocaux qui pêchent le plus et pénalisent l'album. Renate Knaup se prend pour Kate BUSH dans "Jalousie" et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce n'est pas une réussite. Ne faisons pas trop la fine bouche : AMON DÜÜL II ici accomplit encore le minimum syndical, même si la flamme ne semble plus vraiment au rendez-vous.

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   AIGLE BLANC

 
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- John Weinzierl (guitares acoustique et électrique, basse, chant)
- Chris Karrer (guitare électrique, saxophone, violon, chant)
- Peter Leopold (batteries, grand piano)
- Falk-ulrich Rogner (synthétiseur vcs3, orgue, harmonium)
- Renate Knaup (chant)
- Desmond Bonner (chant)
- Robby Heibi (violon, guitare basse, violoncelle, choeur)
- Peter Kramper (grand piano)


1. A Morning Excuse
2. Fly United
3. Jalousie
4. Im Krater Blühn Wieder Die Bäume
5. Mozambique
6. Apocalyptic Bore
7. Dr
8. Trap
9. Pig Man
10. Manana
11. The Ladies Mimikry



             



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